La Chine devient le troisième pays le plus représenté en termes de droits de vote à la Banque Mondiale, après les Etats-Unis et le Japon. Un rééquilibrage salué entre les pays émergents et économies historiques.
La Banque Mondiale a pris en compte le poids des pays dits «en développement et en transition» dans l’économie mondiale, en proposant de relever leurs droits de vote dans l’institution, conformément à la demande en septembre dernier par le G20, de transférer au moins 3% des voix des pays avancés vers les autres.
Les 186 pays actionnaires de la Banque Mondiale se sont mis d’accord, au terme des réunions de printemps avec le Fonds Monétaire International (FMI) à Washington, pour une augmentation de capital – une première depuis 20 ans – de 3,5 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros), en complément de laquelle seuls les pays en développement pourront ajouter 1,6 milliard de dollars qui leur permettra d’augmenter leurs droits de vote.
«L’approbation de ce changement sur les droits de vote est cruciale pour la légitimité de la banque», a souligné le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick.
La Chine fait état d’une hausse moins forte que prévu de sa production industrielle et ses investissements, des données qui suggèrent que la reprise de l’activité de la troisième économie mondiale n’est pas encore très solidement ancrée.
Ceci dit, cette impression de fragilité a été contrebalancée par une hausse mensuelle des exportations, par la bonne tenue des ventes au détail et par les niveaux record des importations de pétrole brut et de minerai de fer.
Pris dans leur ensemble, les indicateurs macro-économiques laissent entrevoir une croissance qui ralentit après un deuxième trimestre vigoureux, sans qu’il y ait lieu de remettre en cause l’objectif d’un PIB en hausse de 8% pour l’ensemble de l’année.
L’économie mondiale, après une récession historique en 2009, devrait se redresser l’année prochaine. Pour la Chine, ce pourrait être l’inverse : la croissance ralentira en 2010. C’est en tout cas ce qu’avancent les économistes de Deutsche Bank, qui estiment que le plan de relance n’aura qu’un effet provisoire sur la demande.
« De nombreuses personnes croient que le gouvernement peut relancer l’économie par n’importe quel moyen. (…) Ceux qui anticipent un nouveau stimulus l’année prochaine, et donc une croissance plus forte, vont être déçus », a expliqué un économiste de la banque germanique, selon Bloomberg.
Le gouvernement chinois devrait en effet être contraint à plus de rigueur fiscale, alors que sa dette risque d’exploser cette année. Le budget 2009 a été bouclé avec l’objectif d’un déficit de 3% du PIB, alors qu’il devrait plutôt dépasser les 5%, selon Deutsche Bank.

La hausse du chômage, consécutive à la crise financière qui frappe l’économie mondiale depuis l’automne 2008, suscite inquiétudes et propositions visant à contrôler le libre-échange. De quoi parle-t-on ? Le libre-échange suppose que la spécialisation des producteurs dans leurs domaines d’excellence permet d’améliorer le bien-être collectif. Plutôt que de produire du blé, du vin et des chaussures, un producteur a intérêt à produire du blé en obtenant de meilleurs rendements et à acheter du vin et des chaussures à d’autres producteurs.
En quoi ce principe de libre-échange serait-il responsable des difficultés économiques actuelles ?
La promotion des échanges fondés sur des avantages comparatifs, sur le plan international, suppose que tous les pays obéissent aux mêmes règles de droit et aux mêmes normes sociales et environnementales. Or, par exemple, les travailleurs chinois subissent des niveaux élevés de pollution et ne bénéficient que d’une protection sociale très réduite en dehors des membres des administrations et des entreprises publiques. Normalement, il faudrait imposer aux produits venant de Chine des taxes compensatoires pour tenir compte de ces éléments. L’Organisation mondiale du Commerce (OMC) a refusé jusqu’ici de prendre en compte ces éléments nouveaux, en dépit de nombreux débats. Il est clair que cette opposition n’est plus tenable. Le commerce international doit intégrer les écarts de normes sociales et environnementales par des taxes compensatoires, ce que le sommet du G20 a soigneusement évité d’aborder.
L’Europe a toujours adopté une vision de très grande ouverture au libre-échange, en sorte qu’elle est aujourd’hui la zone la plus ouverte au monde. Elle n’exige même pas de réciprocité dans l’ouverture aux échanges, c’est-à-dire que les marchés des pays avec lesquels elle commerce soient aussi ouverts que les siens. Il ne faut donc pas imputer au libre-échange ce qui est dû à la politique commerciale européenne, à la fois naïve et laxiste.
Ensuite, la Banque centrale européenne ne mène pas une politique de change offensive. Elle a accepté sans réagir la très forte montée de l’euro de 2005 à l’été 2008. La zone euro est la seule zone monétaire qui n’a pas d’objectifs de change car il n’y a pas d’accord entre les pays membres de la zone sur le niveau approprié du taux de change.
Quant à la France, elle perd des parts de marché massivement depuis 1999, notamment à l’intérieur de la zone euro : ce n’est pas le libre-échange international qui explique ces pertes de parts de marché alors que l’Allemagne a su maintenir les siennes, notamment en augmentant massivement ses exportations vers la France et l’Italie. Les principaux déséquilibres au sein des échanges extérieurs de la France ne sont pas dus au libre-échange mais à des choix européens contestables et à des faiblesses économiques manifestes en France.
Notre pays souffre notamment de n’avoir pas su favoriser le développement de ses petites et moyennes entreprises, en sorte qu’il nous manque aujourd’hui, à population résidente donnée sur le territoire métropolitain, 10.000 entreprises de 500 personnes pour avoir des taux d’activité de la population comparables à ceux des pays dont la croissance à moyen terme est plus équilibrée que la nôtre. Les donneurs d’ordres dans l’industrie et la distribution écrasent leurs propres sous-traitants français alors que les entreprises industrielles allemandes et japonaises protègent les leurs.
Le libre-échange est comme l’eau : on peut nager dessus ou se noyer dedans. Le résultat dépend du nageur et non de l’eau !
Que faire ? Que l’Europe balaie devant sa porte en intégrant la réciprocité dans les échanges et en promouvant l’intégration des coûts environnementaux dans les prix à l’importation. Que la zone euro se dote d’un gouvernement économique cohérent et d’une politique de change pour peser sur les parités entre l’euro, le dollar, le yuan et le yen. Enfin, Il faut que la France réforme les pratiques de son appareil de production et qu’elle réforme sa sphère publique pour en améliorer l’efficacité et baisser le poids des prélèvements sur l’activité productive. Tant que l’Europe et la France n’auront pas de stratégie d’action cohérente avec la nature du monde tel qu’il est, il ne sert à rien d’accuser le libre-échange de maux qui lui sont étrangers.

