Chinecroissance

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Mai-15-2009

La Chine investit et dynamise le Congo

Publié par Pierre dans Chine afrique

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Longtemps à l’abandon, la capitale est aujourd’hui en pleine mutation. Une effervescence liée aux de Pékin, le nouvel allié du .

A , durant des décennies, le temps semblait s’être arrêté. Kin la belle, devenue Kin poubelle, s’enfonçait dans la crasse. Cette fois, le temps s’est mis à galoper, la ville est comme un géant qui se redresse en faisant craquer ses jointures.

Les visiteurs sont frappés par la transformation du boulevard du 30-Juin, cette épine dorsale qui risque désormais de couper la ville en deux : plusieurs ronds-points ont été gommés, les statues érigées par Kabila père et fils [Laurent-Désiré et Joseph Kabila, respectivement présidents de la RDC de 1997 à 2001 et de 2001 à ce jour] attendent des temps meilleurs sur les bas-côtés, la berme centrale sur laquelle se juchaient mendiants ou vendeurs de journaux a été effacée.

Les entrepreneurs privés en profitent

Sur des kilomètres, le boulevard a pris la taille d’une autoroute à quatre voies… pas encore tracées : les voitures accélèrent brusquement pour se lancer dans des courses-poursuites, sans se soucier des piétons éperdus… Dès l’aube, les équipes sont au travail : des ouvriers congolais, dirigés par de petits hommes en chapeau de paille, s’affairent à nettoyer caniveaux. Ils coupent les grands arbres qui offrent leur ombre aux piétons.

Partout dans la ville, les chantiers se multiplient. La puissante société ­chinoise [CREC, une entreprise publique spécialisée dans la rénovation des voies ferrées] a déployé ses engins sur plusieurs grands axes, sur l’avenue du Tourisme, qui longe le fleuve, jusqu’au début des rapides, dans le quartier du camp militaire Kokolo, du mont Ngaliéma [à l’ouest de la ville de ­] et du côté de Chanimétal [société de construction navale]. Des excavatrices géantes sont en action, des caniveaux sont curés ou creusés, des érosions sont enrayées, des fondations de pierre ou de brique sont jetées.

Bientôt, le béton y sera coulé. Célio, qui nous fait visiter la ville, s’émerveille devant l’ampleur des moyens mis en œuvre par les partenaires et devant leur célérité. Il souligne que la main-d’œuvre congolaise est largement sollicitée et correctement payée… L’heure étant à la reconstruction, les privés ne sont pas en reste. Puisque le ciment se trouve désormais en abondance, tous ceux qui en avaient les moyens se sont lancés dans l’immobilier. Dans le quartier résidentiel de la Gombe, de nouveaux immeubles sortent de terre, encore hérissés de fers à béton, des banques s’installent sur le boulevard. La nouvelle bourgeoisie du régime, qui dédaigne Ma Campagne ou Binza, les fiefs des mobutistes d’hier [partisans de Mobutu, président de 1965 à 1997], se taille désormais des lotissements sur mesure, comme Belle Vue ou le Cinquantenaire.

Discrets et efficaces, les ne sont pas seulement actifs dans les grands projets. On les retrouve aussi dans les quartiers populaires. A Yolo-Nord, la famille Minh a ouvert une boutique où, pour quelques dollars, on peut acheter radios, portables, jouets, chaussures à la mode, des produits de consommation qui donnent une illusion d’abondance tout en ­restant à la portée des bourses modestes… “Ces sont bien acceptés, relève Célio, ils vivent avec nous, ont appris le lingala plus vite que le français et fait leur place dans la cité…” Tous ne partagent cependant pas cet enthousiasme. Espérance relève qu’elle a déjà dû racheter quatre fois un nouveau four à micro-ondes et se jure bien que, la prochaine fois, elle ne se laissera plus séduire par les articles trop bon marché proposés par les . Des femmes se plaignent de la nouvelle concurrence que représentent les “petits ” qui vendent pain et légumes mieux que les Congolais.

Les plus modestes victimes des nouveaux riches

Incontestablement, est en ébullition. Ici, Célio montre le carrefour par lequel passera le périphérique qui contournera la ville pour gagner l’aéroport. Là, soulignant que “l’autorité de l’Etat se manifeste enfin”, il explique que des constructions illégales ont été détruites pour faire place à l’agrandissement d’un hôpital. Et devant l’antique gare coloniale, voici les fondations du futur hôtel Rakeen (groupe des Emirats arabes unis), qui brillera de tous ses feux. Pourtant, tout le monde ne se réjouit pas de la frénésie immobilière. Profitant de la faiblesse des autorités, les nouveaux riches s’octroient des passe-droits et expulsent sans pitié les gêneurs : les “déguerpis”, chassés sans indemnisation, se comptent par centaines. Parmi eux, une dizaine de prêtres barnabites qui ont dû évacuer et vider en toute hâte la grande maison achetée il y a cinq ans dans le quartier de Limete et transformée en couvent.

Le père Fabien estime qu’il a été victime d’un véritable déni de justice. “Le demi-frère de l’ancien propriétaire qui nous avait vendu la maison a contesté la vente cinq ans après, porté l’affaire devant un nouveau tribunal et, sans même attendre l’issue de l’appel, il nous a fait déguerpir”, explique-t-il. L’avocat des prêtres expropriés souligne avec amertume que, “derrière cette affaire, il y a des grands du régime, un député, deux directeurs de cabinet… Ils veulent transformer cette maison en hôtel, rien ne les arrête…” Même si les fauves ont changé de pelage politique, Kinshasa reste toujours une jungle…

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