Chaque commentaire posté sur un forum, chaque texte ajouté à un blog est examiné à la loupe, supprimé au moindre écart. Mieux, afin d’orienter les discussions dans un sens favorable aux autorités – ce qu’on appelle ici la « canalisation de l’opinion publique » – les forums sont inondés de commentaires dûment pondus par une armée de petites mains payées à la pièce – ce qui leur vaut le surnom méprisant de « gang des 50 centimes ». Les fournisseurs d’accès, les portails, les moteurs de recherches sont tenus d’expurger leurs contenus de tout ce qui « subvertit le pouvoir d’État et sabote l’unité nationale, incite à la division ethnique, promeut les cultes et diffuse un contenu pornographique, violent ou terroriste ». C’est contre cette obligation d’avoir à faire la police en amont que Google s’est rebellé en janvier. Après avoir essayé pendant quatre ans de respecter les règles imposées par Pékin, le géant californien a préféré se retirer du marché chinois.
Alors que les médias restent muets sur ce vaste déploiement de contrôle, les netizens, eux, ont entrepris de tout déballer. Fonctionnant en réseau, informés presque « en temps réel » des innombrables scandales générés par le monopole du pouvoir, ils suivent également pas à pas les efforts considérables déployés par les autorités pour étouffer la contestation. Même les instructions confidentielles que le Bureau de la Propagande adresse chaque jour aux médias, recommandant de mettre sous le boisseau tel ou tel sujet, fuitent systématiquement sur le Net où ils paraissent sous le titre narquois de « Directives du Ministère de la Vérité », en référence au roman « 1984 » de George Orwell. Ces révélations sont quasi immédiatement effacées, mais d’innombrables netizens mettent à profit ce « quasi » pour propager l’information aux quatre coins de la Toile.
A entendre les internautes engagés dans cette guérilla contre le Goliath gouvernemental, l’avantage n’est pas du côté du géant. « Leur censure leur ressemble, explique le blogueur et journaliste indépendant qui se fait appeler Michael Anti. Elle est lourde, mécanique et datée, ce qui laisse une foule de possibilités pour la contourner ». En face, un groupe de petits David armés de leurs claviers et de leurs réseaux de geeks ultra-câblés, s’affrontent au géant dans l’ivresse du jeu.
Anti, qui fut le premier à envoyer une carte postale au « prisonnier de conscience Guo Baofeng », détaille l’histoire de cette guéguerre où le pouvoir a toujours « deux ou trois ans de retard ». Au début des années 2000, si les sites étaient étroitement surveillés, sur les blogs en revanche un authentique espace de discussion libre prospérait sous le nez des censeurs. « Ils ne s’en sont aperçus qu’en 2005, et réagi en fermant des milliers de blogs. Nous nous sommes alors reportés sur le 2.0, c’est-à-dire les sites de socialisation, qui n’étaient pas dans les radars des autorités ».
Pendant que les blogueurs engagés opèrent ce subtil glissement, la Chine est occupée à élever autour de son cyber-espace un gigantesque pare-feu, la fameuse Great Firewall (GFW), ou Grande Muraille numérique. Bête noire des internautes, la GFW contraint les communications avec l’extérieur à transiter par trois « portes » lourdement surveillées. Un simple filtre à base de mots-clés permet alors de bloquer l’accès à toute page traitant de sujets indésirables. A l’intérieur, le même système de mots-clés supprime automatiquement tout post ou commentaire malvenu.
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