Nvidia livre ses premiers H200 en Chine mais n’attend aucun revenu de ce marché

Nvidia livre ses premiers H200 en Chine mais n’attend aucun revenu de ce marché

Nvidia a confirmé ses premières livraisons de puces H200 en Chine, dans le cadre d’un régime de licences américain approuvé en janvier. Une rupture notable après des mois de blocage total. Pourtant, ces ventes représentent moins de 1 % du chiffre d’affaires data center du groupe. Et pour le troisième trimestre, Nvidia ne table sur aucun revenu computing en provenance de Chine. Derrière cette contradiction se dessine une réalité plus large : la croissance de Nvidia ne dépend plus de Pékin.

En bref

  • Nvidia livre ses premiers H200 en Chine depuis l’accord de licence américain de janvier 2025.
  • Ces ventes représentent moins de 1 % du chiffre d’affaires data center du deuxième trimestre.
  • Le groupe prévoit une croissance de 70 % pour son exercice 2028, limitée par l’offre, non par la demande.
  • Nvidia développe un nouveau modèle de financement circulaire pour soutenir ses clients en infrastructure IA.

Des puces H200 livrées en Chine, mais un impact marginal

Nvidia a expédié ses premières puces H200 vers la Chine. Cette annonce met fin à une période de blocage qui durait depuis plusieurs mois. Le H200 est un processeur de datacenter de haute performance, conçu pour les charges de travail en intelligence artificielle.

Washington avait autorisé les exportations de H200 vers la Chine dès janvier 2025. Mais Pékin avait dans un premier temps freiné les achats, cherchant à promouvoir ses alternatives locales. Ce n’est que le mois dernier que certaines entreprises chinoises d’IA ont été autorisées à en acheter en quantités limitées.

Malgré ce déblocage, les ventes en Chine restent anecdotiques. Elles représentent moins de 1 % des 89 milliards de dollars de revenus data center enregistrés par Nvidia au deuxième trimestre, clos le 26 juillet. Le trimestre précédent, le groupe n’avait livré aucun produit Hopper en Chine.

Chiffres clés

  • 96,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre, en hausse de 106 % sur un an.
  • 108 milliards de dollars : objectif de revenus pour le troisième trimestre.
  • 40,3 milliards de dollars : revenus des clouds IA, clients industriels et entreprises, en hausse de 138 % sur un an.
  • 50 milliards de dollars investis par Nvidia dans des laboratoires d’IA de pointe.
  • Croissance attendue d’environ 70 % pour l’exercice 2028, limitée par les capacités d’approvisionnement.
Contexte

  • Les États-Unis ont progressivement restreint les exportations de puces Nvidia vers la Chine depuis 2022, poussant Pékin à développer ses propres alternatives.
  • Le H200 est la version exportable approuvée par Washington, moins puissante que le H100 utilisé par les clients américains.
  • Nvidia reste sous pression des deux côtés : restrictions américaines à l’export d’un côté, politique industrielle chinoise de substitution de l’autre.
Centre de données en Chine avec des rangées de serveurs allumés
Les datacenters chinois peuvent désormais commander des H200, mais en quantités strictement limitées. (image générée avec IA Gemini)

Une demande mondiale qui dépasse largement les capacités de production

La Chine ne pèse plus sur les prévisions de Nvidia. La preuve : la guidance de 108 milliards de dollars pour le troisième trimestre ne tient compte d’aucun revenu computing venant de Pékin. Le groupe regarde ailleurs, et il a de bonnes raisons de le faire.

Jensen Huang, PDG de Nvidia, a été clair lors de la conférence de résultats. La croissance de 70 % prévue pour l’exercice 2028 est contrainte par l’offre, non par la demande. «La demande non contrainte serait bien supérieure à 70 %», a-t-il déclaré. Le vrai problème de Nvidia, c’est de produire assez vite, pas de trouver des clients.

Huang a aussi précisé que les grands opérateurs de cloud – les «hyperscalers» comme Amazon, Google ou Microsoft – ne représentent qu’environ la moitié de la demande totale. L’autre moitié vient des entreprises, des nouveaux fournisseurs de cloud et des projets d’IA souverains portés par des États.

Amazon Web Services mise sur 2 millions de GPU Nvidia supplémentaires

Nvidia a annoncé une expansion majeure de son partenariat avec Amazon Web Services. AWS va déployer 2 millions de GPU Nvidia supplémentaires, à partir du trimestre en cours et jusqu’au deuxième trimestre de l’exercice 2029. La plateforme cloud d’Amazon utilisera aussi les processeurs Vera de Nvidia, dont certains intégrés aux systèmes Rubin.

La plateforme Vera Rubin est justement le prochain grand moteur de croissance du groupe. Les livraisons de production ont débuté début août. Nvidia indique avoir déjà reçu des commandes de chaque grand hyperscaler, fournisseur de cloud IA et fabricant de systèmes. Vera Rubin devrait représenter environ 20 % des revenus data center dès le troisième trimestre, ce qui en ferait la montée en puissance de produit la plus rapide de l’histoire de Nvidia.

Le modèle de financement circulaire, un pari controversé

Pour soutenir la demande, Nvidia ne se contente plus de vendre des puces. Le groupe adopte un rôle de financeur actif de l’infrastructure IA. C’est un virage stratégique important, et il n’est pas sans risques.

Nvidia a investi près de 50 milliards de dollars dans des laboratoires d’IA de pointe. Il a aussi noué des partenariats avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR pour des plateformes de financement capables de mobiliser plus de 500 milliards de dollars de capitaux tiers pour l’infrastructure IA.

Le modèle concret fonctionne ainsi :

  1. Nvidia garantit un niveau minimum de revenus à un opérateur de cloud IA.
  2. Cette garantie aide l’opérateur à obtenir un financement bancaire.
  3. L’opérateur achète des puces Nvidia avec ce financement.
  4. Nvidia perçoit une part des revenus générés au-delà du seuil garanti.

«Nous sommes payés deux fois : une fois sur la vente du matériel, et une fois sur la part des revenus locatifs», a résumé Colette Kress, directrice financière du groupe. Certains observateurs y voient un «financement circulaire», un terme qui désigne le risque de créer une bulle artificielle en finançant indirectement ses propres ventes. Kress a défendu ce modèle, arguant que ces entreprises font face à une demande réelle et croissante, limitée uniquement par l’accès à l’infrastructure, non par l’absence de clients.

Les marges sous pression malgré des records de revenus

Nvidia enchaîne les records. Le chiffre d’affaires du deuxième trimestre atteint 96,2 milliards de dollars, en hausse de 106 % sur un an. C’est supérieur aux 92,5 milliards que les analystes de Bloomberg anticipaient en moyenne. Le titre a bondi de 4,71 % en séance après-bourse.

Pourtant, la rentabilité commence à subir des pressions. Les prix de la mémoire, qui augmentent fortement, vont peser sur les marges. La marge brute devrait passer de 74 % au troisième trimestre à 71-72 % au quatrième, avant de remonter vers 72-73 % en 2028 avec la répercussion des hausses de prix sur les clients.

L’approvisionnement reste un goulot d’étranglement au moins jusqu’à la fin de l’exercice 2028. Huang a reconnu que le groupe avait sécurisé des capacités importantes, mais qu’il en avait besoin «de beaucoup plus».

Ce qu’il faut retenir

  • Nvidia livre ses premiers H200 en Chine, mais ces ventes restent négligeables pour le groupe.
  • La croissance de 70 % prévue pour 2028 est contrainte par l’offre, pas par la demande.
  • Vera Rubin s’annonce comme la montée en puissance de produit la plus rapide de l’histoire de Nvidia.
  • Le nouveau modèle de financement de l’infrastructure IA soulève des questions sur les risques systémiques.
  • Les marges brutes vont se contracter à court terme sous l’effet de la hausse des prix mémoire.
Vue aérienne d'un campus technologique avec infrastructure de datacenters
La demande mondiale en infrastructure IA dépasse les capacités de production de Nvidia jusqu’en 2028. (image générée avec IA Gemini)

Nvidia sans la Chine : une démonstration de force autant qu’un aveu

Le paradoxe est saisissant. Nvidia peut livrer des puces en Chine, mais choisit de ne pas en tenir compte dans ses prévisions. Ce n’est pas de la modestie – c’est la démonstration que la machine de croissance du groupe tourne désormais sans Pékin. Les hyperscalers américains, les États cherchant une souveraineté numérique et les nouvelles usines d’IA privées absorbent une demande que Nvidia ne peut pas encore pleinement satisfaire. La Chine reste un marché symboliquement important, mais elle n’est plus un levier de croissance pour Nvidia. Au moins pour l’instant.

Et vous, pensez-vous que le modèle de financement circulaire de Nvidia représente un risque systémique pour l’industrie de l’IA ? Donnez votre avis en commentaire.

Sources : South China Morning Post

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Pourquoi Nvidia ne compte-t-il pas les revenus de Chine dans ses prévisions ?
Bien que Nvidia ait livré ses premières puces H200 en Chine, ces ventes représentent moins de 1 % de ses revenus data center. Le groupe exclut donc tout revenu computing chinois de sa guidance trimestrielle, car leur impact sur les résultats globaux est négligeable face à la demande des hyperscalers américains et des projets souverains d’IA dans le reste du monde.
Qu'est-ce que la plateforme Vera Rubin de Nvidia ?
Vera Rubin est la prochaine génération de plateformes de processeurs de Nvidia, destinée aux datacenters IA. Les premières livraisons de production ont débuté début août 2025. Nvidia attend déjà des commandes de tous les grands hyperscalers et prévoit que Vera Rubin représente 20 % de ses revenus data center dès le troisième trimestre.
En quoi consiste le modèle de financement circulaire de Nvidia ?
Nvidia garantit un niveau minimum de revenus à des opérateurs de cloud IA, ce qui leur permet d’obtenir des financements pour acheter des puces Nvidia. En échange, Nvidia perçoit une part des revenus générés au-delà du seuil garanti. Le groupe est ainsi rémunéré deux fois : sur la vente du matériel, puis sur les revenus d’exploitation. Ce modèle est critiqué car il peut s’apparenter à un financement indirect de ses propres ventes.
Pourquoi la Chine avait-elle bloqué les achats de H200 malgré l'autorisation américaine ?
Même après l’approbation américaine des exportations de H200 en janvier 2025, Pékin avait initialement freiné les achats pour soutenir ses propres fabricants de puces et développer des alternatives nationales. Ce n’est que le mois précédant la publication des résultats que certaines entreprises chinoises d’IA ont été autorisées à acquérir des quantités limitées de H200.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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