Alibaba s’allie à Guangdong et SMIC sature ses usines : la Chine accélère sur les semi-conducteurs IA
En l’espace d’une semaine, deux signaux forts sont venus confirmer la même dynamique. Alibaba signe un accord stratégique avec la province la plus riche de Chine, tandis que SMIC, le premier fondeur chinois, envisage d’agrandir ses usines face à une demande en puces liées à l’IA qui dépasse toutes ses prévisions. Ces deux événements révèlent une réalité concrète : la Chine est entrée dans une phase d’accélération industrielle sur les semi-conducteurs, portée par le boom mondial de l’intelligence artificielle.
- Alibaba signe un accord-cadre de coopération stratégique avec la province du Guangdong, centrée sur l’IA, les puces et les services publics numériques.
- SMIC, premier fondeur chinois, envisage d’ajouter des équipements dans ses usines face à une demande en puces IA qui dépasse ses prévisions initiales.
- Le taux d’utilisation des capacités de SMIC atteint 93,7 % au deuxième trimestre, avec un chiffre d’affaires en hausse de 36 % sur un an.
Guangdong mise sur Alibaba pour structurer sa montée en puissance technologique
L’accord a été signé jeudi à Guangzhou, capitale du Guangdong. Il engage Alibaba à renforcer ses investissements dans la puissance de calcul, les modèles d’IA et les services numériques dans la province. Le secrétaire du Parti provincial, Huang Kunming, a appelé l’entreprise à intensifier ses efforts en matière d’innovation et de R&D dans la région.
Le Guangdong n’est pas une province ordinaire. Elle a affiché un PIB de 7 230 milliards de yuans – soit environ 1 070 milliards de dollars – pour le seul premier semestre 2025, faisant d’elle la locomotive économique de la Chine. Son attractivité repose sur un tissu industriel dense, un marché de consommation massif et un écosystème d’innovation déjà bien établi.
Pour Alibaba, ce partenariat s’inscrit dans une présence déjà significative dans la province. La société y exploite un grand centre de calcul intelligent à Shaoguan, alimenté par ses propres puces Zhenwu développées par sa filiale T-Head. Elle y gère aussi un entrepôt logistique à Dongguan, équipé de plus de 100 robots autonomes.
- 7 230 milliards de yuans (1 070 milliards de dollars) : PIB du Guangdong au premier semestre 2025, premier de Chine.
- 93,7 % : taux d’utilisation des capacités de SMIC au deuxième trimestre, contre 93,1 % au premier.
- 3,01 milliards de dollars : chiffre d’affaires de SMIC au deuxième trimestre, en hausse de 36,1 % sur un an.
- 25,3 % : marge brute de SMIC au T2, en forte progression par rapport aux 20,1 % du T1.
- 90 % : part des clients chinois dans le chiffre d’affaires de SMIC au deuxième trimestre.
- Le Guangdong figure dans son 15e plan quinquennal, lancé cette année, avec un objectif clair : renforcer l’autonomie technologique et la coordination urbain-rural.
- SMIC est soumis à des restrictions américaines sur l’accès aux équipements de pointe, ce qui la cantonne aux puces à nœuds matures, mais celles-ci sont désormais au cœur de la demande liée à l’IA.
- Le boom mondial de l’infrastructure IA entraîne des pénuries sur les puces d’accompagnement des processeurs IA, y compris les composants de gestion d’énergie et de modules optiques.

SMIC face à une demande qui échappe à ses propres projections
De son côté, SMIC a publié ses résultats du deuxième trimestre jeudi. Le tableau est sans ambiguïté : la demande dépasse les capacités de production. Le co-PDG Zhao Haijun a déclaré lors de la conférence de résultats que les volumes de nouvelles productions dépassaient largement les prévisions établies en début d’année.
Le fondeur envisage désormais d’installer des équipements supplémentaires dans ses sites existants, là où l’espace le permet. Les détails seront communiqués lors de prochaines annonces. Cette décision semble indiquer que SMIC anticipe une demande structurellement élevée, pas un simple pic conjoncturel.
Les puces concernées ne sont pas les plus sophistiquées. Il s’agit de composants d’accompagnement des serveurs IA et des centres de données : puces logiques, produits de gestion d’énergie, composants pour modules optiques. Les commandes de produits BCD – un type de puce de gestion d’énergie – sont déjà visibles jusqu’à fin 2027.
Un taux d’utilisation à la limite, des prix qui augmentent
SMIC opère désormais proches de sa capacité pratique maximale. Le taux d’utilisation a atteint 93,7 % au deuxième trimestre. La direction a fixé un plafond volontaire à environ 95 %, afin de conserver une marge pour la R&D. Les livraisons de wafers ont progressé de 14,4 % par rapport au trimestre précédent.
Face aux pénuries, SMIC a relevé ses prix sur une partie de ses produits, après négociation avec ses clients. Les puces pour smartphones et les circuits intégrés de pilotage d’affichage n’ont pas été concernés, en raison de la faiblesse persistante de la demande en électronique grand public. De nouvelles hausses sont probables, surtout si ce segment reprend.
Les résultats financiers reflètent cette dynamique. Le chiffre d’affaires du deuxième trimestre atteint 3,01 milliards de dollars, en hausse de 20 % par rapport au trimestre précédent et de 36,1 % sur un an. La marge brute bondit à 25,3 %, contre 20,1 % au premier trimestre. Pour le troisième trimestre, SMIC table sur une croissance de 2 à 4 % du chiffre d’affaires et une marge brute entre 26 % et 28 %.
La Chine comme moteur dominant, loin devant les autres marchés
Les clients chinois représentent environ 90 % du chiffre d’affaires de SMIC au deuxième trimestre. Les États-Unis contribuent à hauteur de 8 %, l’Eurasie à 2 %. La Chine affiche aussi la croissance la plus rapide, à 22 % sur le trimestre. Zhao Haijun l’attribue à trois facteurs : la demande en puces IA, le retour de commandes passées à l’étranger, et la localisation continue des chaînes d’approvisionnement.
Ce dernier point mérite attention. La localisation de la chaîne d’approvisionnement ne semble pas être uniquement un effet des sanctions américaines. Elle peut être lue aussi comme une stratégie industrielle délibérée, accélérée par les tensions géopolitiques mais désormais autonome dans sa logique.
Alibaba, les puces Zhenwu et la logique d’intégration verticale
Le partenariat entre Alibaba et le Guangdong ne se limite pas à des services cloud ou à la promotion de produits locaux sur ses plateformes e-commerce. Il vise explicitement le déploiement de modèles d’IA dans des secteurs industriels concrets : électronique grand public, équipements de fabrication, santé. Huang Kunming a aussi évoqué l’agriculture modernisée, le tourisme rural et les fermes piscicoles offshore.
Ce que cela révèle, c’est une stratégie d’intégration verticale à l’échelle régionale. Alibaba apporte la puissance de calcul – via ses puces Zhenwu – les modèles d’IA et les plateformes de distribution. Le Guangdong apporte les industries à transformer, les données et le marché. Ce modèle ressemble moins à un simple contrat de services numériques qu’à un partenariat de transformation industrielle de long terme.

Une convergence qui dépasse les deux acteurs
Pris ensemble, ces deux événements – l’accord Alibaba-Guangdong et les résultats de SMIC – semblent indiquer un changement de phase. La Chine ne cherche plus seulement à rattraper son retard technologique. Elle construit une infrastructure IA intégrée, avec ses propres puces, ses propres modèles, ses propres fondeurs et ses propres territoires d’expérimentation industrielle.
Les pressions extérieures – restrictions américaines sur les semi-conducteurs, tensions commerciales – ont accéléré cette trajectoire. Mais la dynamique est désormais interne. La demande vient de l’intérieur, les capacités se construisent sur le territoire, et les partenariats se nouent entre acteurs chinois.
- Alibaba s’engage à investir davantage dans l’IA, les puces et les services numériques au Guangdong, province la plus riche de Chine.
- SMIC envisage d’élargir ses capacités de production face à une demande en puces liées à l’IA qui dépasse ses prévisions jusqu’en 2027.
- Le taux d’utilisation de SMIC dépasse 93 % et son chiffre d’affaires a bondi de 36 % sur un an au T2 2025.
- 90 % du chiffre d’affaires de SMIC provient de clients chinois, portés par la localisation de la chaîne d’approvisionnement.
- Ces deux signaux renforcent l’hypothèse d’une stratégie chinoise d’intégration verticale dans la filière IA et semi-conducteurs.
La Chine construit son écosystème IA de l’intérieur
L’accélération est visible à tous les niveaux : les puces, les modèles, les infrastructures de calcul et les partenariats territoriaux. Elle ne résulte plus seulement d’une réponse aux pressions extérieures, mais d’une dynamique industrielle propre, portée par une demande interne croissante et des acteurs nationaux en pleine montée en capacité.
Et vous, pensez-vous que la Chine peut construire une filière IA véritablement autonome d’ici la fin de la décennie ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post – Alibaba / Guangdong, South China Morning Post – SMIC
