Robots en Chine : la course au pratique prend le pas sur le spectacle
Les robots humanoïdes font toujours salle comble dans les salons technologiques chinois. Mais derrière les démonstrations de table tennis ou de combats, une autre réalité émerge : les industriels préfèrent désormais la roue aux deux jambes. Ce changement de cap, observé à la World Robot Conference 2025 de Pékin, révèle une tension profonde entre l’image et l’efficacité.
- La World Robot Conference 2025 de Pékin a mis en avant les robots à roues face aux humanoïdes bipèdes.
- Les industriels privilégient désormais la fiabilité, la charge utile et le retour sur investissement.
- La véritable compétition se déplace vers les logiciels d’IA embarqués, pas les corps mécaniques.
Le spectacle humanoïde ne suffit plus
Au stand bondé d’Unitree Robotics, des robots bipèdes jouaient au ping-pong et s’affrontaient en combat. La foule était au rendez-vous. Mais dans le reste des halls d’exposition, les machines triaient des colis, chargeaient des lignes de production ou déplaçaient des matériaux – souvent sur roues.
Yang Li, ingénieur senior chez la start-up X Square Robot, pose la question directement : « Si les roues font le travail, a-t-on vraiment besoin de deux jambes ? » Pour les utilisateurs industriels, ce qui compte, c’est la charge utile, la fiabilité et le retour sur investissement.
Les chiffres lui donnent raison. Lors d’un test contrôlé d’une heure, le robot WALL-B de X Square Robot a trié 1 816 colis. Le robot bipède Figure 03 de la start-up américaine Figure AI n’en traitait que 1 248 en moyenne sur la même durée. La différence est significative.
- 1 816 colis triés en une heure par le robot WALL-B de X Square Robot.
- 1 248 colis par heure pour le bipède américain Figure 03, soit 31 % de moins.
- 50 % des expéditions de robots en Chine au premier semestre : bipèdes demi-taille.
- 29 % : robots humanoïdes sur roues ; 21 % : bipèdes pleine taille.
- 2,02 milliards de yuans (environ 300 millions de dollars) : budget R&D alloué par Unitree aux modèles d’IA.
- La World Robot Conference se tient chaque année à Pékin et réunit les principaux acteurs mondiaux du secteur.
- La Chine est devenue l’un des marchés robotiques les plus dynamiques au monde, portée par sa base industrielle et ses investissements en IA.
- Unitree Robotics a déposé un dossier d’introduction en bourse à Shanghai, prévoyant de lever 4,2 milliards de yuans.

Les roues gagnent du terrain dans les usines
Chez AI2 Robotics, une autre start-up chinoise, un robot sur roues préparait café et glaces pour les visiteurs du salon. La machine combinait une pince sur un bras et une main dextère sur l’autre, changeant d’outil selon la tâche.
Mo Lei, vice-président d’AI2 Robotics, décrit une évolution claire. Ses robots sont passés d’une seule démonstration à plusieurs missions pour un même client, puis à la réplication de ces tâches chez d’autres clients. Dans les usines, le vrai test est simple : la machine tient-elle huit à seize heures par jour, sans défaillance ?
Les données de Morgan Stanley confirment cette bascule. Les plateformes à roues gagnent rapidement du terrain dans les environnements industriels et commerciaux. Leur plus grande stabilité en fait un choix naturel pour les applications de manipulation et d’IA incarnée.
Le cerveau devient plus important que le corps
La véritable compétition ne se joue plus sur la forme du robot. Elle se joue dans son logiciel. Wang Xingxing, fondateur d’Unitree, l’a dit clairement lors de la conférence : les modèles d’IA sont devenus le premier poste d’investissement de l’entreprise, en capital comme en personnel.
Dans son prospectus d’introduction en bourse, Unitree prévoit d’allouer 2,02 milliards de yuans à la recherche sur les modèles d’IA – soit près de la moitié du montant total envisagé.
Le défi central identifié par Wang est la généralisation. Un robot doit pouvoir accomplir des tâches dans un environnement imprévisible, pas seulement reproduire des gestes scriptés. Cette capacité pourrait être atteinte dans deux à trois ans si les progrès se maintiennent, selon lui.
En parallèle, Unitree a présenté non pas un nouveau robot humanoïde, mais un bras robotique biomimétique à sept axes, le R1, commercialisé à partir de 9 900 yuans, soit environ 1 470 dollars.
La donnée, enjeu stratégique caché
Derrière la mécanique et les algorithmes, un autre enjeu émerge : les données. Lumos Robotics, fabricant de robots, fournit aussi du matériel de collecte de données et des services de traitement. Son fondateur Yu Chao révèle que cette activité représente environ la moitié du chiffre d’affaires de l’entreprise.
Lumos travaille actuellement avec Mitsubishi Electric – l’un de ses investisseurs – sur un projet robotique couvrant l’assemblage, l’emballage, la manutention et l’inspection dans les usines chinoises du groupe japonais. Ce qui compte le plus pour Lumos, ce n’est pas le nombre de robots vendus. C’est l’accès aux données générées dans un vrai environnement de production.
Ce modèle peut être interprété comme un signe que la valeur réelle de la robotique industrielle se déplace progressivement vers les écosystèmes de données, pas uniquement vers le matériel.
Un marché qui reste attaché à l’humanoïde
Ce virage pragmatique ne signifie pas la fin de l’intérêt pour les robots bipèdes. Les humanoïdes demi-taille restent la première catégorie en Chine, avec 50 % des expéditions au premier semestre 2025. Les humanoïdes sur roues arrivent deuxièmes, à 29 %, et les bipèdes pleine taille à 21 %.
L’image du robot humanoïde conserve une forte valeur symbolique et marketing. Mais la dynamique du déploiement réel tire dans une autre direction. Les fabricants qui misent uniquement sur l’apparence humanoïde pourraient se retrouver distancés par ceux qui maîtrisent les logiciels, la fiabilité et les données.
- Les robots à roues progressent rapidement dans l’industrie chinoise, portés par leur stabilité et leur efficacité.
- Les bipèdes restent populaires en termes de ventes, mais les usines préfèrent souvent d’autres formes.
- L’IA embarquée est devenue le principal champ de bataille entre fabricants de robots.
- Les données de production représentent un actif stratégique, parfois plus précieux que le robot lui-même.
- La généralisation – capacité à agir dans des environnements imprévisibles – reste le défi technique majeur.

Efficacité contre esthétique : le vrai choix de la robotique chinoise
La Chine produit des robots qui épatent la galerie. Elle produit aussi des robots qui trient 1 800 colis à l’heure. La question n’est plus de savoir lequel est le plus impressionnant, mais lequel sera adopté en masse. La réponse semble de plus en plus claire : celui qui fonctionne le mieux, quelle que soit sa forme.
Et vous, pensez-vous que les robots humanoïdes ont encore un avenir industriel face aux plateformes sur roues ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post
