World Robot Games à Pékin : des humanoïdes chinois battent Usain Bolt et révèlent un enjeu bien plus grand que le sport
Un robot chinois a battu le record du monde du 100 mètres d’Usain Bolt. L’événement s’est produit lors des World Robot Games, organisés ce week-end à Pékin. Derrière la prouesse sportive se cache une réalité bien plus stratégique : la Chine affirme sa domination dans un secteur que les États-Unis considèrent déjà comme une menace.
- Le robot Tiangong Ultra a couru le 100 m en 9,39 secondes, contre 9,58 secondes pour Bolt.
- Plus de 2 000 robots issus de 16 pays ont participé aux jeux, dont 666 équipes au total.
- Le fabricant chinois Unitree a vu son titre boursier grimper de plus de 460 % récemment.
- Les États-Unis ont interdit l’importation de certains robots humanoïdes chinois.
9,39 secondes : le choc symbolique du 100 mètres
Le record d’Usain Bolt semblait intouchable. Il tient depuis 2009, avec un temps de 9,58 secondes sur 100 mètres. Samedi, lors de la cérémonie d’ouverture des World Robot Games à Pékin, un robot chinois l’a effacé.
Le robot en question s’appelle Tiangong Ultra. C’est un humanoïde rouge, sans tête, développé par la marque de smartphones Honor. Selon la chaîne publique CCTV, il a terminé le sprint en 9,39 secondes. Les médias d’État chinois ont largement relayé l’information.
Ce n’est pas le seul record battu ce week-end. Le lendemain, le même robot a pulvérisé le record mondial du 400 mètres de près de cinq secondes, en terminant en 38,15 secondes. Un résultat qui semble indiquer une progression rapide des capacités locomotrices des humanoïdes chinois.
- 9,39 secondes : temps du robot Tiangong Ultra sur 100 m, contre 9,58 secondes pour Bolt
- 38,15 secondes : nouveau record du 400 m humanoïde, amélioré de près de 5 secondes
- 12,6 m/s : vitesse de pointe du robot Superman d’Unitree
- 2 000+ robots engagés dans les jeux, issus de 16 pays
- 460 % : hausse boursière du fabricant Unitree depuis son entrée à la Bourse de Shanghai
- Les World Robot Games en sont à leur 2e édition. Cette année, 666 équipes représentant 16 pays ont participé avec plus de 2 000 robots.
- La Chine mène un plan national sur 10 ans pour développer les technologies liées aux robots humanoïdes, avec des investissements massifs à la clé.
- Les États-Unis ont récemment interdit l’importation de certains robots humanoïdes fabriqués par des sociétés chinoises considérées comme liées à des intérêts militaires.

Des performances impressionnantes, des chutes aussi
Tous les robots n’ont pas brillé ce week-end. Certains n’ont pas réussi à prendre le départ. D’autres ont parcouru la piste au rythme d’une marche rapide ou se sont effondrés dès le coup de pistolet.
Un humanoïde à coque blanche a couru le 400 mètres en agitant ses bras de gauche à droite, penché dangereusement vers l’avant. Il a tenu debout. Un robot boxeur, lui, a trébuché et s’est affaissé contre les cordes. Des humains sont venus le secourir.
Le public a réagi avec humour. Applaudissements pour les buts maladroits au football, rires pour les chutes. L’atmosphère était celle d’un spectacle autant que d’une compétition.
Un autre modèle sort du lot : le robot Superman du fabricant Unitree. Il court à 12,6 mètres par seconde en pointe. Il peut aussi sauter à 2 mètres de hauteur sans élan, avec ses deux bras et ses deux jambes. Il lui arrive encore de mal négocier un virage à l’entraînement. Mais ses performances restent supérieures à celles de n’importe quel athlète humain.
La Chine investit massivement, et cela se voit
Derrière les épreuves sportives, l’enjeu industriel est considérable. Olivier Stasse, directeur de recherche en robots humanoïdes au CNRS, est formel : « La Chine investit massivement sur un grand plan de 10 ans pour développer les technologies autour des robots humanoïdes. Il y a énormément d’argent qui est investi là-dedans. »
Le fabricant Unitree illustre cette dynamique. Son entrée à la Bourse de Shanghai a été spectaculaire : son titre a grimpé de plus de 460 %. Un signal fort envoyé aux marchés mondiaux.
Les World Robot Games fonctionnent comme une vitrine. Pékin y montre l’état de son avance technologique devant des centaines de spectateurs et des dizaines de pays invités. La patinoire olympique de Pékin, lieu emblématique, renforce la dimension symbolique de l’événement.
Une compétition sportive qui cache un rapport de force technologique
Hou Yali, spectatrice de 72 ans présente dimanche, formule bien la question centrale : « Pour l’instant, il ne s’agit que de course, d’une simple compétition de vitesse. Ce n’est pas un test d’intelligence, ni le recrutement de quelqu’un pour accomplir des tâches ménagères. »
Elle attend autre chose. En tant que retraitée, elle fait appel chaque semaine à des aides humaines pour nettoyer sa maison et préparer ses repas. Elle espère voir un jour des robots remplir ces fonctions. « Avec le développement économique de notre pays, les gens ont plus d’argent à dépenser et pourraient décider d’utiliser des robots », prédit-elle.
Cette attente populaire semble indiquer que les robots humanoïdes ne sont plus perçus en Chine comme une curiosité technologique, mais comme une perspective concrète pour le quotidien.
Les États-Unis répondent par des sanctions
L’avance chinoise ne passe pas inaperçue outre-Atlantique. Les États-Unis ont récemment interdit l’importation de robots humanoïdes produits par certaines sociétés chinoises. La raison invoquée : ces entreprises sont considérées comme des compagnies à vocation militaire.
Cette décision peut être lue comme une reconnaissance implicite du retard américain dans ce domaine. Elle confirme que la compétition autour des robots humanoïdes ne se joue pas seulement dans les stades. Elle se joue aussi dans les salles de conseil et les ministères.
La course au robot humanoïde ressemble, à bien des égards, à la course aux semi-conducteurs. Un secteur d’abord perçu comme industriel, devenu stratégique, puis militarisé dans les discours politiques.
- Le robot Tiangong Ultra a battu le record d’Usain Bolt au 100 m avec 9,39 secondes.
- Le fabricant Unitree a affiché une hausse boursière de plus de 460 % à Shanghai.
- La Chine conduit un plan national de 10 ans pour dominer le secteur des humanoïdes.
- Les États-Unis ont interdit l’importation de certains robots humanoïdes chinois.
- Les attentes des citoyens chinois vont au-delà du sport : ils visent des robots domestiques.

Un week-end de records qui ouvre une décennie de tensions
Les World Robot Games de Pékin resteront dans les mémoires pour leurs performances inédites. Mais ce que révèle vraiment ce week-end dépasse largement le sport. La Chine a montré qu’elle dispose désormais d’une industrie robotique capable de battre des records humains, de séduire les marchés financiers et d’inquiéter Washington. Le robot humanoïde n’est plus un prototype de laboratoire. Il devient un instrument de puissance.
Et vous, pensez-vous que les robots humanoïdes pourraient un jour remplacer des humains dans votre quotidien ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : France 24, Franceinfo
