Semi-conducteurs : la Chine accélère avec 2 milliards de dollars et 6 nouvelles machines en un jour

Semi-conducteurs : la Chine accélère avec 2 milliards de dollars et 6 nouvelles machines en un jour

La Chine franchit une nouvelle étape dans sa course à l’autonomie sur les semi-conducteurs. En une seule journée, le fondeur Hua Hong a annoncé un investissement de 2 milliards de dollars pour une nouvelle usine à Wuxi, pendant que l’équipementier AMEC dévoilait six nouvelles machines de fabrication de puces. Ces deux annonces simultanées révèlent un changement de phase dans la stratégie industrielle chinoise : il ne s’agit plus seulement de rattraper le retard, mais de construire une chaîne de valeur complète, de l’équipement à la production, malgré les sanctions américaines.

En bref

  • Hua Hong investit 2 milliards de dollars dans une troisième usine à Wuxi, avec le soutien du Fonds national pour les circuits intégrés.
  • AMEC présente six nouvelles machines en une journée, accélérant sa transition vers un équipementier polyvalent.
  • Les deux annonces illustrent la même logique : réduire la dépendance aux technologies américaines et japonaises.

Hua Hong double la mise à Wuxi avec l’appui de l’État

Hua Hong Grace Semiconductor, deuxième fondeur chinois, investit 2 milliards de dollars dans la construction d’une nouvelle ligne 12 pouces à Wuxi. Ce projet, baptisé Fab 9B, constitue la troisième installation du groupe dans cette ville du Jiangsu. Une fois opérationnelle, cette usine ajoutera 55 000 wafers par mois à la capacité de production.

Cela représente une hausse d’environ 30 % de la capacité totale de Hua Hong à Wuxi. Le financement repose sur une structure mixte. Hua Hong et sa filiale shanghaïenne apportent respectivement 1 milliard et 1,1 milliard de dollars, pour un total de 2,1 milliards. Des entités publiques, dont le Fonds Hua Xin – véhicule du Fonds national pour les circuits intégrés, surnommé le « Big Fund » – complètent le financement. Le total du projet atteint ainsi 4,2 milliards de dollars.

La construction de Fab 9B a débuté en mars. L’usine se concentrera sur des puces spécialisées : gestion de l’alimentation, microcontrôleurs et centres de données. Ce positionnement n’est pas anodin. Ces composants sont au cœur de l’infrastructure IA qui se déploie massivement en Chine.

Chiffres clés

  • 2 milliards de dollars : apport de Hua Hong pour Fab 9B, sur un projet total de 4,2 milliards.
  • 55 000 wafers par mois : capacité supplémentaire, soit +30 % à Wuxi.
  • 103 % : taux d’utilisation des usines de Hua Hong au deuxième trimestre 2025.
  • +385,9 % : progression du bénéfice net de Hua Hong au T2, à 38,6 millions de dollars.
  • 717,5 millions de dollars : chiffre d’affaires record au T2, en hausse de 26,8 % sur un an.
Contexte

  • Les États-Unis ont imposé des restrictions strictes sur l’exportation d’équipements de pointe vers la Chine, coupant les fondeurs chinois des technologies les plus avancées.
  • La Chine développe depuis plusieurs années un « Big Fund » pour financer l’autonomie dans les semi-conducteurs, avec plusieurs vagues successives d’investissements publics.
  • D’autres grands acteurs chinois comme SMIC, YMTC et ChangXin Memory investissent également massivement pour étendre leurs capacités en 2025.
Wafer de silicium sur machine de fabrication de puces en salle blanche
Les usines chinoises tournaient à plus de 100 % de capacité au deuxième trimestre 2025. (image générée avec IA Gemini)

Des usines saturées qui poussent à l’expansion urgente

La décision de Hua Hong n’est pas un pari sur l’avenir. C’est une réponse à une saturation immédiate. Au deuxième trimestre 2025, ses usines tournaient à 103 % de leurs capacités. Un taux supérieur à 100 % signifie que l’entreprise produit au-delà de sa capacité nominale, souvent au prix d’une pression extrême sur les équipements.

À Wuxi, Hua Hong exploite déjà Fab 7, une usine 12 pouces produisant 95 000 wafers par mois. Fab 9A, un deuxième site en construction, devrait atteindre 83 000 wafers mensuels. L’ajout de Fab 9B renforce encore ce pôle de production.

Le président de Hua Hong, Bai Peng, a déclaré lors d’une présentation en mai que les contrôles américains à l’exportation n’avaient eu «aucun impact» sur les achats d’équipements pour ce nouveau projet. Cette affirmation semble indiquer que la Chine a trouvé des alternatives – ou que les équipements visés restent accessibles pour des puces spécialisées, moins avancées que les puces de pointe.

AMEC : six machines en un jour, un signal stratégique fort

Le même jour, à Wuxi, l’équipementier AMEC présentait six nouvelles machines lors d’une conférence industrielle. Cette annonce groupée marque un tournant dans la stratégie de l’entreprise. AMEC était jusqu’ici connu comme spécialiste de la gravure. Il cherche désormais à couvrir l’ensemble du processus de fabrication.

Parmi les six machines annoncées, quatre sont des systèmes de dépôt de couches minces. Ces outils construisent des couches de matériaux ultrafines sur les wafers, une étape cruciale dans la fabrication de puces. La gamme comprend aussi des équipements de gravure avancée et des machines pour les puces en carbure de silicium, utilisées notamment dans les véhicules électriques et les systèmes d’alimentation.

Ces marchés sont actuellement dominés par des géants américains et japonais : Lam Research, Applied Materials et Tokyo Electron. AMEC cherche à rogner leurs parts de marché en Chine, et les résultats commencent à se voir.

Un rythme de R&D qui s’emballe

AMEC a réduit son cycle de développement de produits. Il est passé de trois à cinq ans à deux ans ou moins. Cette accélération repose sur des investissements massifs en recherche. Au premier semestre 2025, l’entreprise a dépensé 2,04 milliards de yuans – soit environ 303 millions de dollars – en R&D. Cela représente 36,9 % de plus qu’un an plus tôt, et 30,5 % de son chiffre d’affaires total.

L’entreprise compte aujourd’hui plus de 20 nouvelles machines en développement, réparties sur six catégories d’équipements. Son catalogue couvre déjà plus de 30 % des catégories d’équipements de fabrication de semi-conducteurs. L’objectif affiché est d’atteindre 60 % d’ici cinq ans, par développement interne et acquisitions.

D’autres équipementiers chinois accélèrent aussi. Piotech a présenté au moins sept nouvelles machines à Semicon China cette année. Naura Technology Group en a introduit au moins cinq au premier semestre.

La montée en puissance des équipementiers chinois, chiffrée

La progression est mesurable. Selon Bernstein Research, les fournisseurs chinois représentaient environ 31 % du marché des équipements de gravure sèche en Chine en 2025, et 27 % du marché des équipements de dépôt. Ces parts restent inférieures à celles des acteurs étrangers, mais la dynamique est claire.

Goldman Sachs va plus loin dans ses projections. La banque anticipe que les fournisseurs chinois atteindront 38 % des revenus d’équipements de fabrication de puces en Chine d’ici 2028, contre 31 % en 2026. Cette montée en puissance s’accompagne d’un élargissement du périmètre : les Chinois passent des équipements de base vers des outils plus complexes, comme les graveurs à rapport d’aspect élevé ou les systèmes de dépôt en couche atomique.

  • Gravure sèche : technique qui retire des couches de matériau avec précision, sans liquide.
  • Dépôt en couche atomique (ALD) : méthode qui dépose des films ultra-fins couche par couche, utilisée pour les puces les plus avancées.
Ingénieurs inspectant des équipements dans une usine de semi-conducteurs
AMEC accélère sa R&D pour concurrencer les géants américains et japonais de l’équipement. (image générée avec IA Gemini)

Une chaîne de valeur qui se referme sur elle-même

Ce qui rend ces deux annonces particulièrement significatives, c’est leur complémentarité. Hua Hong construit la capacité de production. AMEC fournit les équipements pour remplir ces usines. Les deux entreprises s’appuient sur des financements publics massifs et répondent à la même urgence : une demande en IA qui explose et des sanctions américaines qui imposent de trouver des alternatives locales.

AMEC agrandit aussi ses usines. L’entreprise prévoit de passer de 600 000 à 900 000 mètres carrés d’espace de production dans les cinq prochaines années, avec de nouveaux sites à Shanghai Lingang, Guangzhou et Chengdu.

Ce qu’il faut retenir

  • Hua Hong investit 4,2 milliards de dollars au total dans une nouvelle usine à Wuxi, avec le soutien du Big Fund.
  • Ses usines tournaient à 103 % au T2 2025 : l’expansion est une nécessité immédiate, pas un pari.
  • AMEC dévoile six nouvelles machines en un jour, signe d’une accélération de la R&D sans précédent.
  • Les équipementiers chinois visent 38 % du marché intérieur d’ici 2028, contre 31 % en 2026.
  • La Chine construit une chaîne semi-conducteurs intégrée : des équipements jusqu’à la production finale.

La Chine construit son autonomie puce par puce

Ces deux annonces du même jour à Wuxi ne sont pas des coïncidences. Elles reflètent une stratégie coordonnée entre producteurs, équipementiers et financeurs publics. La demande en IA pousse les fondeurs à saturation. Les sanctions américaines forcent à développer des alternatives locales. Et l’argent public alimente la machine.

La question n’est plus de savoir si la Chine peut construire une industrie semi-conducteurs indépendante, mais à quelle vitesse elle peut combler l’écart technologique qui la sépare encore des leaders mondiaux.

Et vous, pensez-vous que la Chine peut réellement s’affranchir des technologies américaines dans les semi-conducteurs ? Partagez votre analyse en commentaire.

Sources : South China Morning Post – Hua Hong, South China Morning Post – AMEC

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Qu'est-ce que le Big Fund chinois pour les semi-conducteurs ?
Le « Big Fund » (Fonds national pour les circuits intégrés) est un fonds d’investissement public chinois créé pour financer l’industrie des semi-conducteurs. Il a lancé plusieurs vagues de financement et soutient des projets comme celui de Hua Hong à Wuxi via des entités comme le Fonds Hua Xin.
Pourquoi Hua Hong construit-il une nouvelle usine à Wuxi ?
Ses usines existantes tournaient à 103 % de leur capacité au deuxième trimestre 2025. La demande en puces spécialisées pour l’IA et les centres de données est en forte hausse. Hua Hong doit étendre sa production pour répondre à cette demande intérieure explosive.
Que fabrique AMEC et pourquoi ses nouvelles machines sont-elles importantes ?
AMEC conçoit des équipements pour fabriquer des puces. Ses six nouvelles machines couvrent la gravure, le dépôt de couches minces et les puces en carbure de silicium. Ces marchés sont dominés par des entreprises américaines et japonaises. AMEC cherche à remplacer ces acteurs dans les usines chinoises.
Quelle part du marché des équipements de puces les Chinois contrôlent-ils ?
En 2025, les fournisseurs chinois représentaient environ 31 % du marché de la gravure sèche et 27 % du dépôt en Chine. Goldman Sachs prévoit qu’ils atteindront 38 % du marché total des équipements de fabrication de puces en Chine d’ici 2028.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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