Z.ai écrase MiniMax en bourse, Moonshot AI prépare son IPO à Hong Kong
Deux mois après leurs introductions en bourse à Hong Kong, Z.ai et MiniMax affichent des trajectoires financières radicalement opposées. Z.ai a vu son chiffre d’affaires bondir de près de 400 % sur un an, tandis que MiniMax se retrouve sous le feu des critiques des analystes. Pendant ce temps, Moonshot AI prépare sa propre entrée en bourse. La compétition entre les laboratoires d’IA chinois entre dans une phase décisive.
- Z.ai dépasse largement MiniMax sur le chiffre d’affaires et les modèles IA au premier semestre 2026.
- MiniMax est accusé d’avoir utilisé une méthode de calcul discutable pour gonfler son ARR.
- Moonshot AI a déposé discrètement son dossier d’IPO à Hong Kong, avec une valorisation cible de 50 milliards de dollars.
Des trajectoires financières qui divergent dès les premiers résultats
Lorsque Z.ai et MiniMax ont fait leurs débuts à Hong Kong en janvier 2026, les deux firmes promettaient de capter l’explosion de la demande en intelligence artificielle. Les premiers résultats semestriels brisent cette unité de façade.
Z.ai a publié lundi un chiffre d’affaires de 953,9 millions de yuans, soit environ 142 millions de dollars. La croissance atteint 400 % sur un an. MiniMax affiche de son côté 116,6 millions de dollars de revenus, en hausse de 283 %. L’écart est déjà significatif. Mais c’est sur l’ARR – le revenu annuel récurrent, indicateur clé qui projette les abonnements mensuels sur douze mois – que la différence devient saisissante.
- +400 % : croissance du chiffre d’affaires de Z.ai au premier semestre 2026.
- 953,9 millions de yuans (142 M$) : revenus semestriels de Z.ai contre 116,6 M$ pour MiniMax.
- 1,6 milliard de dollars : ARR de Z.ai en août, contre 800 millions pour MiniMax.
- 50 milliards de dollars : valorisation cible de Moonshot AI avant son IPO à Hong Kong.
- 2,8 billions de paramètres : taille du modèle Kimi K3 de Moonshot, le plus grand modèle open-weight au monde.
- Z.ai et MiniMax ont tous deux été introduits en bourse à Hong Kong en janvier 2026, dans un contexte de forte demande pour les actions IA chinoises.
- Le marché des modèles d’IA chinois est de plus en plus concurrentiel, avec des géants comme Alibaba, ByteDance et Tencent qui s’y positionnent également.
- L’ARR (Annual Recurring Revenue) est une métrique standard dans les entreprises SaaS pour évaluer la santé d’un modèle d’abonnement récurrent.

Une méthode de calcul de l’ARR qui sème le doute sur MiniMax
Le fondateur de MiniMax, Yan Junjie, a annoncé un ARR de 800 millions de dollars en août. Mais lors d’un appel privé post-résultats, il a reconnu avoir calculé ce chiffre en multipliant les revenus d’une seule semaine d’août par 52. La méthode interpelle.
Tilly Zhang, analyste chez Gavekal Dragonomics, a qualifié ce calcul de « créatif ». Elle soupçonne que MiniMax a mis en avant un pic de trafic consécutif au lancement de son modèle vidéo H3, le 31 juillet. En appliquant la même méthode à ses propres données, Z.ai aurait obtenu un ARR de 2 milliards de dollars, a précisé son cofondateur Tang Jie.
Cette controverse comptable aggrave un sentiment déjà fragile autour de MiniMax. Les analystes de HSBC ont plus que divisé par deux leur objectif de cours, le ramenant de 760 à 330 dollars de Hong Kong. Ceux de JP Morgan estiment que MiniMax reste en « mode rattrapage » sur le plan technique.
Les performances des modèles creusent encore l’écart
Sur l’indice Artificial Analysis Intelligence, le dernier modèle phare de MiniMax, le M3, obtient un score de 45. Le GLM-5.3 de Z.ai et le Kimi K3 de Moonshot AI atteignent tous les deux 60. L’écart n’est pas anodin : il traduit une différence de positionnement technologique qui intéresse directement les clients enterprise.
CMB International a relevé son objectif de cours sur Z.ai de 32 %, à 1 985 dollars de Hong Kong. La banque salue l’équilibre entre cohérence du modèle, intelligence brute et coût par tâche. Macquarie a de son côté maintenu une vision positive sur Z.ai, mais a abaissé sa cible de 21,5 % à 1 693 dollars de Hong Kong, en raison d’une volatilité de marché plus large. HSBC a aussi abaissé son objectif sur Z.ai, de 1 500 à 1 375 dollars, citant la concurrence comme risque structurel.
Des pertes qui s’alourdissent malgré la croissance
La forte croissance des revenus ne masque pas les pertes. Les deux firmes brûlent d’importantes quantités de cash pour financer leurs modèles et leurs infrastructures de calcul.
- Z.ai : dépenses R&D en hausse de 33,6 % à 2,13 milliards de yuans. Marge brute tombée à 26,4 % contre 50 % un an plus tôt. Perte nette ajustée en hausse de 12,1 % à 1,96 milliard de yuans.
- MiniMax : dépenses R&D plus que doublées à 296,9 millions de dollars. Marge brute améliorée à 17,9 % contre 12,1 %. Perte nette ajustée en bond de 111,2 % à 293 millions de dollars.
Les deux sociétés font aussi face à une pénurie réelle de capacités de calcul. Selon Gavekal, cette contrainte a limité la croissance des revenus et forcé des plans d’investissement massifs dans les centres de données.
Moonshot AI entre dans la course à l’IPO
Pendant que Z.ai et MiniMax digèrent leurs premiers résultats cotés, Moonshot AI avance discrètement. La société a déposé en confidentiel un dossier d’introduction en bourse à Hong Kong. Elle vise une cotation dès le premier trimestre 2027, selon deux sources proches du dossier citées par le South China Morning Post.
Avant cette IPO, Moonshot envisage un dernier tour de financement qui pourrait la valoriser autour de 50 milliards de dollars. C’est une ambition majeure pour une firme encore privée, mais cohérente avec sa montée en puissance technique.
Son modèle Kimi K3, lancé en juillet 2026, est le plus grand modèle open-weight au monde avec 2,8 billions de paramètres. Il surpasse certains modèles d’Anthropic et d’OpenAI sur plusieurs benchmarks. Son prix est aussi 50 % inférieur à celui du modèle 5.6 Sol d’OpenAI et 70 % inférieur à Claude Fable 5 d’Anthropic. Moonshot explore par ailleurs des accords de partage de revenus avec Amazon, Microsoft et Google pour héberger Kimi K3 sur leurs infrastructures cloud.

Une valorisation qui grimpe vite grâce aux abonnements développeurs
L’ARR de Moonshot devrait atteindre 1 milliard de dollars d’ici fin 2026, selon Nomura Securities. C’est le double de l’estimation de mi-année, entre 400 et 500 millions de dollars. Cette progression rapide s’explique en partie par l’adoption croissante de sa plateforme développeur.
Moonshot n’est pas seule à se préparer. DeepSeek, basée à Hangzhou, envisage une cotation sur le marché Star de Shanghai. StepFun, installée à Shanghai, prépare aussi son IPO. La course aux capitaux publics s’accélère dans tout l’écosystème IA chinois.
Face aux géants, les start-up misent sur l’agilité
Les analystes de Bloomberg Intelligence ont averti que ni Z.ai ni MiniMax ne disposent aujourd’hui des ressources pour rivaliser frontalement avec Tencent, ByteDance ou Alibaba. Ces conglomérats combinent puissance de calcul, données et capital à une échelle hors de portée des jeunes pousses.
Mais Alex Liu, analyste chez Bank of America, nuance ce tableau. Il souligne que les deux firmes ont atteint « une échelle commerciale significative » et se différencient par « une exécution plus rapide, une concentration plus forte et une meilleure itération produit ». Ce n’est pas une compétition frontale. C’est un positionnement dans des segments où la vitesse et la spécialisation comptent plus que la taille.
- Z.ai dépasse MiniMax sur tous les indicateurs clés : revenus, ARR, performance des modèles.
- La méthode de calcul de l’ARR par MiniMax suscite des doutes chez les analystes.
- Moonshot AI prépare une IPO à Hong Kong avec une valorisation cible de 50 milliards de dollars.
- Les deux sociétés cotées affichent des pertes croissantes malgré leur forte croissance de revenus.
- La pénurie de capacités de calcul reste un frein structurel commun à toute l’IA chinoise.
L’IA chinoise entre dans une phase de sélection naturelle
Les premières publications de résultats des laboratoires d’IA chinois cotés révèlent une réalité simple : tous les acteurs ne progresseront pas au même rythme. Z.ai semble capitaliser sur une avance technique et commerciale. MiniMax doit restaurer la confiance des investisseurs. Moonshot joue quant à elle la carte de l’open-source et de la compétitivité tarifaire pour s’imposer avant son entrée en bourse. La compétition entre ces trois firmes semble indiquer que le marché IA chinois entre dans une phase de consolidation, où les positions se durcissent.
Et vous, pensez-vous que les start-up IA chinoises peuvent tenir face aux géants tech comme Alibaba ou ByteDance ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post – Z.ai et MiniMax, South China Morning Post – Moonshot AI IPO
