MiniMax triple sa facture Alibaba Cloud : la course aux puces IA s’emballe en Chine
La start-up d’intelligence artificielle MiniMax vient de multiplier par 4 son plafond de dépenses sur Alibaba Cloud, portant l’accord triannuel à 1,2 milliard de dollars. La raison est simple : la société avait déjà consommé deux tiers de son budget cloud à fin juin 2025. Ce chiffre révèle une tension profonde dans l’écosystème IA chinois – entre des besoins de calcul qui explosent et une infrastructure qui peine à suivre.
- MiniMax relève son accord cloud avec Alibaba de 220 %, à 1,2 milliard de dollars sur trois ans.
- La start-up avait épuisé deux tiers de son budget cloud dès fin juin 2025.
- Le chiffre d’affaires du premier semestre a bondi de 283 %, porté par des ventes entreprises en hausse de 700 %.
- MiniMax construit parallèlement sa propre infrastructure de calcul, avec des puces chinoises.
Un budget cloud grillé en six mois
MiniMax avait prévu de dépenser jusqu’à 115 millions de dollars sur Alibaba Cloud en 2025. Dès la fin juin, deux tiers de cette enveloppe avaient déjà été consommés. La société a donc révisé son plafond annuel à 300 millions de dollars pour l’année en cours – presque le triple de l’objectif initial.
Pour les années suivantes, les révisions sont encore plus spectaculaires. Le plafond 2027 passe de 125 à 400 millions de dollars. Celui de 2028, de 135 à 500 millions. Ces chiffres traduisent une accélération brutale des besoins de calcul, liée à la fois à l’entraînement de nouveaux modèles et à l’inférence en temps réel.
- 1,2 milliard de dollars : nouveau plafond de l’accord triannuel MiniMax-Alibaba Cloud, en hausse de 220 %.
- 300 millions de dollars : budget cloud révisé pour 2025, contre 115 millions initialement prévus.
- 283 % : progression du chiffre d’affaires de MiniMax au premier semestre 2025, à 116,6 millions de dollars.
- 700 % : croissance des ventes entreprises de MiniMax sur la même période.
- 40 000 billions de tokens : volume d’appels attendus sur le marché chinois du modèle-as-a-service d’ici 2026, selon IDC.
- MiniMax est une start-up IA shanghaïenne connue pour ses modèles LLM de la série M, son modèle de génération vidéo H3 et l’application grand public Hailuo AI.
- Alibaba Cloud a enregistré une croissance de 45 % de ses revenus cloud et IA au dernier trimestre, sa plus forte progression en 22 trimestres.
- En juillet 2025, MiniMax a levé l’équivalent de 2 milliards de dollars via une émission d’actions et d’obligations convertibles, dont 80 % destinés à l’infrastructure IA.

L’inférence, nouveau moteur de la consommation de calcul
L’entraînement des modèles IA est gourmand en ressources. Mais c’est désormais l’inférence – c’est-à-dire le fait de faire tourner ces modèles en conditions réelles, pour répondre à des requêtes d’utilisateurs – qui consomme de plus en plus de capacité de calcul.
Ce glissement vers l’inférence à grande échelle semble expliquer en grande partie la révision à la hausse de MiniMax. Le fondateur et PDG Yan Junjie a confirmé cette semaine que les prochains modèles de la société – M3.1, M3 Pro et H3.1 – étaient « quasiment finalisés ». Leur déploiement va mécaniquement augmenter la charge d’inférence.
Le marché illustre cette tendance. Selon IDC, le marché chinois du modèle-as-a-service devrait traiter 40 000 billions d’appels de tokens d’ici 2026. C’est dans ce contexte que MiniMax a aussi multiplié par plus de dix son plafond de budget API avec Alibaba : de 650 000 à 7,5 millions de dollars pour 2026 seul. Sur trois ans, le plafond total API atteint désormais 62,5 millions de dollars, soit une multiplication par 20 par rapport aux limites précédentes.
Des revenus en forte hausse, portés par les entreprises
MiniMax ne creuse pas ses dépenses cloud par caprice. La demande est réelle. Au premier semestre 2025, la start-up a affiché un chiffre d’affaires de 116,6 millions de dollars, en hausse de 283 % sur un an. Le moteur de cette croissance : les ventes aux entreprises, en progression de 700 %.
Ces chiffres témoignent d’un marché B2B en pleine structuration en Chine. Les entreprises s’équipent massivement en solutions IA, et les start-ups comme MiniMax y voient une source de revenus bien plus stable que le grand public. Cette dynamique justifie les investissements massifs en infrastructure.
Pour financer cette trajectoire, MiniMax a levé en juillet 16 milliards de dollars de Hong Kong – soit environ 2 milliards de dollars américains – via un placement d’actions et des obligations convertibles. Environ 80 % de ces fonds sont fléchés vers l’infrastructure IA et le développement de modèles jusqu’en 2027.
MiniMax veut aussi son infrastructure propre
S’appuyer sur Alibaba Cloud ne suffit pas. MiniMax construit en parallèle ce que son PDG décrit comme un cluster de calcul « indépendant et contrôlable ». Ce cluster inclut des réseaux à haute bande passante, des lignes dédiées, des serveurs et des systèmes de stockage.
Yan Junjie a précisé que la société avait commencé à intégrer des puces IA fabriquées en Chine. Leur part dans la puissance de calcul totale de MiniMax devrait augmenter dès le quatrième trimestre 2025. Cette démarche peut être lue comme une réponse aux restrictions américaines sur les semi-conducteurs avancés, qui limitent l’accès des entreprises chinoises aux puces Nvidia les plus récentes.
- MiniMax déploie ses propres clusters de calcul avec des puces domestiques.
- La société maintient un accord cloud avec Alibaba pour la flexibilité et la stabilité.
- Cette double stratégie vise à réduire les dépendances tout en préservant la capacité à scaler rapidement.
Alibaba Cloud, grand bénéficiaire de l’essor IA chinois
Pour Alibaba, ces révisions sont une bonne nouvelle. Le groupe a enregistré une hausse de 45 % de ses revenus cloud et IA au dernier trimestre – sa plus forte croissance depuis 22 trimestres. Le géant a également lancé le déploiement commercial de son processeur IA Zhenwu M890 ce mois-ci.
La relation MiniMax-Alibaba illustre une tendance structurelle : les hyperscalers chinois deviennent le socle de l’économie IA nationale. MiniMax reconnaît d’ailleurs que les services Alibaba Cloud représentaient environ 30 % de ses dépenses totales en recherche et développement l’an dernier – soit 253 millions de dollars au total. La société prévoit de maintenir cette proportion à mesure qu’elle scale.
- MiniMax a relevé son accord Alibaba Cloud à 1,2 milliard de dollars, après avoir épuisé son budget en six mois.
- L’inférence IA en temps réel devient le principal moteur de la consommation de calcul.
- Les ventes entreprises de MiniMax ont bondi de 700 % au premier semestre 2025.
- La start-up construit sa propre infrastructure avec des puces chinoises pour réduire ses dépendances.
- Alibaba Cloud profite directement de l’essor IA avec 45 % de croissance au dernier trimestre.

Un secteur IA chinois qui consomme bien plus qu’il ne prévoyait
Le cas MiniMax n’est probablement pas isolé. Dans toute la Chine, les développeurs IA semblent sous-estimer systématiquement leurs besoins en calcul. La complexité croissante des modèles, la montée en puissance des usages agentiques – où l’IA agit de manière autonome – et l’explosion des volumes d’inférence redessinent les équilibres. Les budgets cloud initiaux, déjà ambitieux, ne tiennent plus face à la réalité du déploiement à grande échelle.
Et vous, pensez-vous que les start-ups IA chinoises peuvent vraiment s’affranchir des puces américaines ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post
