50 ans après la mort de Mao : des milliers de fidèles se rassemblent à Shaoshan
Le 9 septembre 2025, des milliers de Chinois ont convergé vers Shaoshan, village natal de Mao Tsé-toung, pour commémorer le cinquantième anniversaire de sa mort. Portraits géants, drapeaux rouges et immenses gerbes de fleurs ont envahi ce site devenu l’un des hauts lieux du tourisme politique en Chine. Ce rassemblement spontané révèle la persistance d’une vénération populaire que ni les décennies ni les révisions historiques n’ont effacée.
- Le 9 septembre 2025 marque les 50 ans de la mort de Mao Tsé-toung, décédé en 1976.
- Des fidèles se sont rassemblés à Shaoshan, dans la province du Hunan, pour lui rendre hommage.
- Le village natal de Mao est aujourd’hui un site touristique majeur en Chine.
- Le rassemblement illustre la persistance du culte maoïste dans la société chinoise contemporaine.
Shaoshan, un village transformé en lieu de pèlerinage
Nichée dans la province du Hunan, Shaoshan était un bourg agricole ordinaire avant de devenir, dès les années 1950, un symbole politique. C’est là que Mao Tsé-toung est né en 1893. Depuis sa mort le 9 septembre 1976, le village accueille chaque année des visiteurs venus de tout le pays. Mais le 9 septembre 2025 a pris une dimension particulière. Un demi-siècle d’histoire séparait la foule de la disparition du fondateur de la République populaire. Les participants ont apporté des portraits encadrés, des drapeaux du Parti communiste chinois et des bouquets de taille imposante. L’atmosphère, selon les images diffusées, mêlait recueillement et ferveur collective.
- 50 ans : l’anniversaire exact de la mort de Mao Tsé-toung, survenue le 9 septembre 1976.
- 27 ans : la durée pendant laquelle Mao a dirigé la Chine, de 1949 à 1976.
- Plusieurs millions : le nombre de visiteurs annuels estimés à Shaoshan ces dernières années.
- 1893 : année de naissance de Mao Tsé-toung à Shaoshan, dans le Hunan.
- Mao Tsé-toung a fondé la République populaire de Chine le 1er octobre 1949 et l’a dirigée jusqu’à sa mort.
- Le Parti communiste chinois a adopté en 1981 une évaluation officielle selon laquelle Mao fut « grand » à 70 % et « erroné » à 30 %, une formule qui encadre depuis lors tout débat public sur son bilan.
- Shaoshan figure parmi les destinations de tourisme patrimonial les plus fréquentées de Chine, notamment lors des fêtes commémoratives.

Un culte qui traverse les générations sans s’éroder
La persistance de cette vénération surprend souvent les observateurs étrangers. Mao reste associé, dans l’imaginaire populaire, à la fin de l’humiliation nationale et à l’unification du pays. Ces deux récits dominent largement, pour une partie de la population, le souvenir des famines et des campagnes politiques meurtrières.
Les jeunes générations ne sont pas absentes de ces rassemblements. Des images montrent des participants de tous âges, ce qui semble indiquer que le phénomène dépasse la simple nostalgie des anciens. Ce regain d’intérêt pour Mao peut être lu comme une réaction à l’incertitude économique ou à un besoin collectif de repères identitaires forts.
Le Parti communiste entretient soigneusement cette mémoire. Mao reste la figure tutélaire du régime. Remettre en cause son héritage reviendrait à fragiliser la légitimité du parti lui-même. Cette contrainte politique explique que les commémorations sont tolérées, voire encouragées, même quand elles prennent une ampleur inattendue.
Quand le deuil populaire rencontre le calcul politique
Le rassemblement de Shaoshan n’est pas un événement purement spontané. Il s’inscrit dans un cadre que l’État maîtrise. Les autorités locales gèrent le site, organisent les flux de visiteurs et encadrent les commémorations officielles. Cette coexistence entre ferveur populaire et contrôle institutionnel est au cœur de la relation que le régime entretient avec la mémoire de Mao.
La formule adoptée en 1981, qui qualifie Mao de « grand marxiste » tout en reconnaissant ses « graves erreurs », reste le seul cadre autorisé pour parler de lui. Aucun débat public sur la Grande Famine ou la Révolution culturelle ne peut remettre en question ce verdict officiel. Les commémorations restent donc dans des limites soigneusement balisées.
Cela n’empêche pas certains participants d’aller plus loin dans leur dévotion. Des groupes néo-maoïstes existent en marge du parti. Ils utilisent parfois ces anniversaires pour exprimer une critique implicite des inégalités actuelles, en opposant l’égalitarisme mythifié de l’ère maoïste aux disparités de richesse du présent.
Shaoshan, laboratoire du tourisme rouge en Chine
Le village natal de Mao illustre ce que les autorités chinoises appellent le « tourisme rouge ». Cette catégorie regroupe les sites liés à l’histoire du Parti communiste et de la révolution. Elle bénéficie de financements publics importants et d’une promotion active.
Shaoshan a été transformée en destination complète :
- un musée dédié à la vie et à l’œuvre de Mao ;
- la maison natale restaurée et ouverte au public ;
- une statue géante de bronze visible depuis plusieurs kilomètres ;
- des hôtels, restaurants et boutiques de souvenirs qui font vivre toute une économie locale.
Ce modèle génère des retombées économiques significatives pour la région. Il transforme la mémoire politique en produit touristique, sans jamais perdre sa dimension idéologique.
Un demi-siècle plus tard, un héritage toujours disputé
Cinquante ans après sa mort, le bilan de Mao reste l’un des sujets les plus sensibles de l’histoire contemporaine. Les historiens étrangers estiment que ses politiques ont causé la mort de dizaines de millions de personnes, entre la Grande Famine de 1959-1961 et les violences de la Révolution culturelle.
En Chine, ces chiffres ne circulent pas librement. L’accès aux archives reste très limité. Les manuels scolaires présentent une version épurée de la période. Ce contrôle de l’information contribue à maintenir une image positive, ou du moins ambivalente, de Mao dans une partie de la population.
Xi Jinping a, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, réhabilité plusieurs éléments du vocabulaire maoïste. Cette orientation renforce la stature symbolique de Mao sans rouvrir le débat sur son bilan réel. Le rassemblement de Shaoshan s’inscrit dans cette dynamique : une mémoire mise en scène, encadrée, et politiquement utile.
- Des milliers de Chinois ont commémoré le 50e anniversaire de la mort de Mao à Shaoshan le 9 septembre 2025.
- Le village natal de Mao est devenu un site touristique majeur du « tourisme rouge » chinois.
- Le culte de Mao reste encadré par une évaluation officielle du Parti qui interdit tout débat public réel.
- La ferveur populaire observée peut être lue comme un marqueur d’identité nationale autant que de nostalgie.
- Xi Jinping a renforcé la référence au maoïsme sans remettre en question le verdict de 1981.

Une mémoire vivante, mais sous surveillance
Le rassemblement de Shaoshan dit quelque chose de précis sur la Chine d’aujourd’hui. La vénération de Mao n’est pas un archaïsme en voie de disparition. Elle est active, visible et, dans une certaine mesure, encouragée par l’État. Mais elle reste une mémoire sous contrôle, jamais vraiment libre de se confronter à l’histoire.
Et vous, comment interprétez-vous cette persistance du culte de Mao en Chine ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : BFMTV
