Brics 2026 : Xi Jinping mise sur l’IA open source pour séduire le Sud global

Brics 2026 : Xi Jinping mise sur l’IA open source pour séduire le Sud global

Au sommet des Brics qui s’est tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026, Xi Jinping a annoncé la création d’une zone de coopération autour de l’intelligence artificielle open source. L’objectif est clair : positionner la Chine comme fournisseur technologique de référence pour les pays émergents, face aux géants américains du secteur. Mais derrière cette promesse d’ouverture se cache une tension de fond – entre l’autonomie promise aux pays du Sud et la dépendance réelle que ce modèle pourrait créer envers Pékin.

En bref

  • Xi Jinping propose une zone IA open source pilotée par la Chine au sein des Brics.
  • La proposition reste une déclaration d’intention : pas de calendrier, pas de financement annoncé.
  • L’Inde et la Chine affichent un rapprochement diplomatique inédit depuis 2020.
  • La dédollarisation et l’IA concentrent les fractures internes du bloc.

Une proposition d’IA ouverte, mais sans calendrier précis

Xi Jinping a présenté à New Delhi un projet ambitieux : créer un espace commun de développement et d’utilisation de grands modèles de langage – les technologies qui font tourner des outils comme ChatGPT. Les onze membres permanents des Brics pourraient ainsi partager des ressources, former des spécialistes et adapter ces modèles à leurs langues locales.

Pékin propose également des formations, des séminaires et l’accueil de jeunes chercheurs issus des économies émergentes. Mais aucun calendrier ni financement n’accompagne ces annonces. La zone open source n’est d’ailleurs pas mentionnée explicitement dans la déclaration commune adoptée à l’issue du sommet.

Un modèle d’IA open source rend accessibles certains de ses composants techniques. Une université, une entreprise ou un gouvernement peut le télécharger, l’adapter à sa propre langue et l’utiliser sans repartir de zéro. C’est l’inverse du modèle fermé, où l’utilisateur accède uniquement au service proposé par l’entreprise qui le contrôle. Cette accessibilité est précisément l’argument central de Pékin face aux grandes plateformes américaines.

Chiffres clés

  • 11 membres permanents et 10 pays partenaires réunis à New Delhi lors du sommet des Brics+.
  • Les Brics+ représentent environ 40 % de l’économie mondiale en parité de pouvoir d’achat.
  • Près de la moitié de la population mondiale vit dans un pays membre du groupe.
  • 25 ans après la création du concept par l’économiste Jim O’Neill, les Brics sont devenus un acteur économique incontournable.
Contexte

  • Le sommet des Brics 2026 s’est tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre, sous présidence indienne. C’était le premier déplacement de Xi Jinping en Inde depuis 2019.
  • En 2020, un affrontement militaire à la frontière himalayenne avait causé la mort de 20 soldats indiens et gelé les relations sino-indiennes pendant plusieurs années.
  • La rivalité Chine-États-Unis sur l’IA s’est intensifiée en 2026, avec des appels américains à ralentir le développement de ces systèmes que Pékin refuse de suivre. L’IA open source chinoise inonde déjà les marchés émergents avec des modèles gratuits et adaptables.
Écran affichant du code d'intelligence artificielle open source en chinois et en anglais
L’IA open source : une technologie accessible que Pékin veut partager avec les pays émergents. (Illustration générée par IA)

Une ouverture qui peut créer de nouvelles dépendances

La stratégie chinoise est cohérente : proposer des outils moins coûteux et plus faciles à adapter que les solutions américaines. Pour un pays à revenus intermédiaires, accéder à un modèle de langage performant sans payer de licence à une entreprise de la Silicon Valley représente un avantage réel.

Mais l’ouverture a ses limites. Adopter un modèle développé et distribué par des entreprises chinoises, hébergé sur des serveurs chinois, n’est pas neutre. L’autonomie technologique reste partielle : les pays utilisateurs restent dépendants de l’écosystème de Pékin, même s’ils peuvent modifier le code source. C’est le paradoxe de cette offre.

Par ailleurs, lorsqu’un modèle ouvert est diffusé à grande échelle, il devient difficile d’en contrôler les usages. Cela complique le débat mondial sur la sécurité de l’IA, notamment face aux risques de cyberattaques ou de détournement à des fins malveillantes.

La sécurité de l’IA, terrain d’affrontement sino-américain

L’annonce de Xi Jinping s’inscrit dans un contexte de tensions vives. Aux États-Unis, plusieurs dirigeants de l’industrie technologique appellent à freiner le développement de l’IA. Dario Amodei, PDG d’Anthropic, soutenu par Sam Altman et Elon Musk, estime que ces systèmes avancent trop vite pour que leurs risques soient maîtrisés.

Mais Donald Trump refuse de ralentir. Pour lui, céder du terrain à la Chine dans cette course est inacceptable. Résultat : aucun acteur ne veut freiner seul, de peur d’être dépassé. Cette impasse profite à Pékin, qui avance son modèle comme une alternative crédible et inclusive.

La Chine tient un double discours cohérent. Elle appelle à une régulation mondiale de l’IA tout en diffusant massivement des modèles open source, ce qui rend précisément cette régulation plus complexe à mettre en oeuvre. Washington veut préserver son avance technologique. Pékin promet au reste du monde un accès élargi. Les deux camps cherchent à façonner les règles mondiales qui n’existent pas encore.

Le rapprochement sino-indien, surprise du sommet

Au-delà de l’IA, le sommet de New Delhi a été marqué par un fait diplomatique inattendu : le réchauffement rapide des relations entre la Chine et l’Inde. C’était le premier voyage de Xi Jinping en Inde depuis 2019, et il intervient seulement six ans après la crise frontalière himalayenne de 2020.

Ce rapprochement s’explique par plusieurs facteurs. La dépendance indienne vis-à-vis des composants électroniques chinois a joué un rôle. Mais la menace de droits de douane américains supplémentaires a surtout accéléré le mouvement : New Delhi préfère diversifier ses alliances plutôt que de subir les effets d’une guerre commerciale entre Washington et Pékin.

Pour autant, les fractures restent profondes. L’Inde s’inquiète ouvertement de la dédollarisation radicale portée par la Chine et la Russie. New Delhi refuse de basculer dans un système de paiement alternatif centré sur le yuan, qui renforcerait la domination financière de Pékin.

Dédollarisation : l’Inde refuse d’aller trop loin

La question monétaire est le vrai point de fracture au sein des Brics. La Chine et la Russie poussent à créer un système de paiement propre au bloc, conçu comme une alternative frontale au réseau Swift. L’idée : régler les échanges entre membres sans passer par le dollar américain.

L’Inde s’y oppose frontalement. New Delhi propose à la place de connecter les monnaies numériques des banques centrales pour régler les échanges bilatéraux en devises locales. Cette solution réduit pragmatiquement la dépendance au dollar sans construire une infrastructure financière perçue comme un outil anti-occidental.

La chercheuse Antara Ghosal Singh, de l’Observer Research Foundation à New Delhi, résume la crainte indienne : être « entraînée dans un système dirigé par la Chine » ou se retrouver partie prenante de l’internationalisation du yuan sans l’avoir choisi. C’est la doctrine du « multi-alignement » appliquée à la finance – coopérer sans s’inféoder.

Poignée de main diplomatique entre représentants indiens et chinois lors d'une réunion officielle
Le rapprochement sino-indien, l’une des surprises diplomatiques du sommet de New Delhi. (Illustration générée par IA)

Un bloc puissant, mais divisé sur presque tout

Les Brics+ affichent des chiffres impressionnants : environ 40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, près de la moitié de la population mondiale. Mais ce poids démographique et économique masque des divergences profondes.

Sur le Moyen-Orient, les positions sont aux antipodes. Deux membres – les Émirats arabes unis et l’Iran – ont échangé des tirs de missiles. Sous pression américaine, Abu Dhabi a suspendu ses échanges avec Téhéran. L’Inde entretient des liens étroits avec Israël, quand la Chine soutient prudemment la cause palestinienne. Résultat : la déclaration commune a vraisemblablement évité le sujet pour préserver l’apparence d’un consensus.

  • Sur l’élargissement du bloc : la Chine pousse pour accélérer, l’Inde freine.
  • Sur la dédollarisation : la Chine et la Russie veulent aller vite, l’Inde et d’autres membres résistent.
  • Sur l’IA : la Chine propose un cadre qu’elle piloterait, sans accord formalisé des autres.

Le groupe a une capacité réelle à peser sur les négociations mondiales. Mais il reste davantage un espace de dialogue qu’un bloc stratégique unifié.

Ce qu’il faut retenir

  • Xi Jinping a proposé une zone IA open source pour les Brics, sans financement ni calendrier précis.
  • La Chine veut devenir le fournisseur technologique de référence des pays du Sud global.
  • L’open source réduit la dépendance aux États-Unis, mais peut créer une nouvelle dépendance envers Pékin.
  • Le rapprochement sino-indien est réel, mais limité : l’Inde refuse de suivre Pékin sur la dédollarisation.
  • Les Brics+ sont divisés sur le Moyen-Orient, la monnaie et la gouvernance de l’IA.
Analyse Chinecroissance

La proposition d’IA open source portée par Xi Jinping à New Delhi est une manoeuvre stratégique cohérente, pas une déclaration philanthropique. En diffusant des modèles accessibles et adaptables, Pékin crée des liens technologiques avec des dizaines de pays émergents, là où les entreprises américaines vendent des services fermés et coûteux. C’est la même logique que celle des infrastructures des Routes de la soie : offrir ce dont les autres ont besoin, pour occuper un espace que personne d’autre ne remplit. La limite est réelle : l’open source ne signifie pas l’indépendance. Les pays qui adoptent ces modèles restent exposés aux choix techniques et politiques de Pékin. Mais cette limite ne change pas le rapport de force global : face à un Occident qui débat de la régulation sans s’entendre, la Chine avance des solutions concrètes. L’Inde, elle, illustre la bonne réponse face à cette stratégie : coopérer là où c’est utile, résister là où les intérêts divergent. C’est une posture que l’Europe devrait observer avec attention.

New Delhi 2026, signal d’un monde qui s’organise autrement

Le sommet des Brics de New Delhi restera comme un moment révélateur d’un ordre mondial en recomposition. La Chine y a avancé ses pions technologiques et diplomatiques, l’Inde y a défendu sa singularité, et le bloc a montré à la fois sa montée en puissance et ses profondes fractures internes.

Partagez votre analyse dans les commentaires : pensez-vous que l’IA open source chinoise peut vraiment changer la donne pour les pays du Sud ? Et l’Inde a-t-elle trouvé la bonne posture face à Pékin ?

Sources : RFI – Xi Jinping et l’IA open source aux Brics, RFI – Le multi-alignement de l’Inde au sommet des Brics

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Qu'est-ce que l'IA open source proposée par la Chine aux Brics ?
Un modèle d’IA open source rend accessibles certains de ses composants techniques. Un pays, une université ou une entreprise peut le télécharger, l’adapter à sa langue et l’utiliser sans licence coûteuse. La Chine propose aux membres des Brics de développer et partager ces modèles ensemble, via des formations et des séminaires. Pour l’instant, aucun financement ni calendrier précis n’ont été annoncés.
Pourquoi l'Inde refuse-t-elle la dédollarisation radicale portée par la Chine ?
New Delhi craint d’être entraînée dans un système financier dominé par Pékin ou de participer involontairement à l’internationalisation du yuan. L’Inde préfère une approche pragmatique : connecter les monnaies numériques des banques centrales pour régler les échanges bilatéraux en monnaies locales, sans construire d’infrastructure anti-occidentale. C’est la traduction de sa doctrine du « multi-alignement ».
En quoi le sommet des Brics 2026 illustre-t-il un rapprochement sino-indien ?
C’était le premier voyage de Xi Jinping en Inde depuis 2019, six ans après la crise frontalière himalayenne de 2020 qui avait entraîné la mort de 20 soldats indiens. Plusieurs facteurs ont favorisé ce dégel : la dépendance indienne aux composants électroniques chinois et la pression des droits de douane américains, qui poussent New Delhi à diversifier ses alliances. Le rapprochement est réel, mais limité par des désaccords profonds sur la monnaie et la gouvernance du bloc.
L'IA open source chinoise crée-t-elle vraiment de l'indépendance pour les pays du Sud ?
Pas nécessairement. Si ces modèles permettent de s’affranchir des plateformes américaines coûteuses, ils restent développés par des entreprises chinoises, hébergés sur des infrastructures chinoises et diffusés selon des choix stratégiques de Pékin. L’ouverture du code source ne garantit pas une autonomie technologique complète. Elle déplace la dépendance plutôt qu’elle ne l’élimine.

Pierre Woo

Pierre Woo est le fondateur et le directeur de la publication de Chinecroissance, créé en 2009. Il a vécu environ cinq ans à Shanghai et parle mandarin et cantonais. Après près de dix ans chez Marco Vasco, jusqu'à la direction marketing, puis cofonder l'agence SEO 99digital, il dirige aujourd'hui Daremonkey, une agence d'automatisation et d'IA. Il sélectionne les sujets et relit les articles publiés.

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