La Chine achète de l’or comme jamais : ce que révèle une ruée sans précédent

La Chine achète de l’or comme jamais : ce que révèle une ruée sans précédent

En 2026, la Chine importe plus d’or que jamais dans son histoire. Sur les huit premiers mois de l’année, les importations ont dépassé 1 000 tonnes pour une valeur record de 158,8 milliards de dollars. Derrière ce chiffre vertigineux se cachent deux dynamiques distinctes : la stratégie de Pékin pour réduire sa dépendance au dollar, et la fuite des ménages chinois vers une valeur refuge dans un contexte économique sous tension. Ces deux forces, publique et privée, se renforcent mutuellement – et elles ne semblent pas prêtes de s’inverser.

En bref

  • La Chine a importé plus de 1 000 tonnes d’or en huit mois, un record absolu.
  • La Banque populaire de Chine achète de l’or sans interruption depuis 23 mois.
  • Les ménages chinois fuient l’immobilier et les marchés actions pour se réfugier dans l’or.
  • Pékin réduit ses bons du Trésor américain, au plus bas depuis 18 ans.

23 mois d’achats ininterrompus : la Banque populaire de Chine change de stratégie

La Banque populaire de Chine n’a pas raté un seul mois depuis au moins 2015. En septembre, elle a ajouté 23 tonnes d’or à ses réserves – sa plus grosse acquisition mensuelle en presque trois ans. Cette constance n’est pas anodine.

Carsten Menke, analyste chez Julius Baer Group, est direct sur les motivations : le moteur principal est politique. La « weaponisation » du dollar américain, c’est-à-dire son utilisation comme outil de pression géopolitique, a convaincu Pékin de réduire son exposition aux actifs libellés en dollars. Le gel des réserves de la banque centrale russe par les gouvernements occidentaux en 2022, après l’invasion de l’Ukraine, a été un signal fort. L’or stocké en Chine, lui, ne peut pas être saisi.

En parallèle, Pékin réduit ses bons du Trésor américain, tombés à 618 milliards de dollars en juillet – leur niveau le plus bas depuis 18 ans. La diversification des réserves de change est en marche, et l’or en est le pilier.

Chiffres clés

  • 158,8 milliards de dollars d’or importés en Chine sur les 8 premiers mois de 2026 – un record historique.
  • 1 000 tonnes importées sur la même période, contre 886 tonnes sur toute l’année 2025.
  • 23 tonnes achetées par la PBOC en septembre, plus grand achat mensuel en près de 3 ans.
  • 2 387 tonnes de réserves d’or détenues par la Chine au total – 5e rang mondial.
  • 618 milliards de dollars de bons du Trésor américain détenus, un plus bas de 18 ans.
Contexte

  • En 2022, les réserves de la banque centrale russe ont été gelées par les pays occidentaux suite à l’invasion de l’Ukraine. Cet épisode a accéléré la réflexion de nombreuses banques centrales, dont la PBOC, sur les risques liés aux actifs en dollars.
  • Le marché immobilier chinois traverse un recul structurel prolongé. Il représentait autrefois la principale réserve de valeur des ménages.
  • Le prix de l’or a atteint un record historique au-dessus de 5 500 dollars l’once en janvier 2026, avant de reculer à environ 4 176 dollars en septembre.
Boutique de bijoux en or en Chine avec des clients
Les ménages chinois achètent bijoux, lingots et pièces d’or en quantités record. (Illustration générée par IA)

Les ménages chinois : quand il n’y a plus d’alternative sûre

L’État achète de l’or par calcul stratégique. Les ménages, eux, le font par défaut. Les alternatives ont disparu les unes après les autres.

L’immobilier, longtemps premier réservoir d’épargne des familles chinoises, reste englué dans une crise qui dure depuis plusieurs années. Le marché boursier ne rassure pas davantage : l’indice CSI 300 a perdu environ 8 % cette année, quand le S&P 500 américain progressait de 13 %. Les rendements bancaires et obligataires ont fondu. Le taux des obligations d’État chinoises à un an tourne autour de 1,2 %, contre 4,46 % aux États-Unis.

Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières chez Saxo Bank, résume bien la situation : « Le coût d’opportunité de détenir de l’or est bien plus faible en Chine que dans la plupart des marchés occidentaux. » Autrement dit, renoncer aux rendements pour acheter de l’or ne coûte presque rien dans un environnement de taux bas.

Résultat : les Chinois achètent des bijoux, des lingots et des pièces d’or à un rythme inédit. Les primes sur les prix de l’or en Chine ont nettement augmenté, signe d’une demande saisonnière hivernale encore plus forte qu’attendu, selon Aakash Doshi, responsable de la stratégie or chez State Street Investment Management.

Un marché de l’or soutenu par Pékin, même quand les prix baissent

Ordinairement, la hausse des taux d’intérêt fait baisser le prix de l’or. L’or ne génère aucun rendement : quand les obligations rapportent davantage, les investisseurs s’y reportent. Cette logique n’a pas vraiment joué en 2026.

Les prix ont certes reculé de plus de 8 % en septembre. Mais ils sont restés au-dessus de leurs niveaux estivaux, malgré la remontée des attentes de taux et des rendements obligataires. La Réserve fédérale américaine envisage même une nouvelle hausse en 2026.

Ce qui a tenu le marché ? Les achats chinois. « La demande chinoise est devenue un soutien structurel important pour les prix de l’or », explique Ewa Manthey, stratégiste matières premières chez ING Bank. Les banques centrales achètent dans une optique de long terme. Elles réagissent peu aux variations de prix, contrairement aux investisseurs particuliers.

Menke estime que la PBOC a acheté environ 190 tonnes entre janvier et fin août 2026, dont 110 tonnes non déclarées dans les statistiques officielles. Pékin construit également un marché intérieur de l’or plus profond, ce qui l’oblige à reconstituer ses stocks.

La Chine, 5e réserve mondiale : encore loin des États-Unis

Avec 2 387 tonnes au total, la Chine est le cinquième détenteur mondial d’or. C’est moins d’un tiers du stock américain. L’écart reste considérable. Mais le rythme d’accumulation actuel souligne une volonté de rééquilibrage progressif.

Les prévisions pour les prix semblent aller dans ce sens. Doshi anticipe une remontée vers 4 750 à 5 500 dollars l’once d’ici fin du premier trimestre 2027, portée par la robustesse de la demande.

Quels scénarios pourraient freiner cette ruée ?

La dynamique pourrait se retourner dans certaines configurations. Un regain de confiance dans l’immobilier ou les marchés actions chinois réduirait mécaniquement l’attrait de l’or. Un yuan plus faible, qui rend l’or plus cher pour les acheteurs locaux, est un autre frein potentiel. Des taux bancaires plus élevés rendraient les dépôts plus attractifs.

À l’échelle géopolitique, le grand renversement serait un désintérêt des banques centrales mondiales pour la diversification hors dollar, ou une détente des tensions internationales. Hansen juge ces deux scénarios peu probables à court terme.

Ce qu’il faut retenir

  • La Chine a battu ses propres records d’importation d’or avec 1 000 tonnes et 158,8 milliards de dollars sur 8 mois.
  • La PBOC achète sans interruption depuis 23 mois pour réduire sa dépendance aux actifs en dollars.
  • Les ménages se tournent vers l’or faute d’alternatives : immobilier en crise, Bourse décevante, taux bas.
  • Cette demande soutient structurellement les prix de l’or, même face à la hausse des taux américains.
  • Le stock chinois reste moins d’un tiers du stock américain, mais le rythme d’accumulation s’accélère.
Analyse Chinecroissance

La ruée chinoise sur l’or est un fait stratégique autant qu’économique. Pékin tire les leçons du gel des réserves russes et construit méthodiquement une protection contre une dépendance jugée dangereuse au dollar. Ce n’est pas une réaction de panique : c’est une politique de long terme, cohérente et assumée.

Pour l’Europe, ce mouvement mérite attention. Si les principales économies mondiales accélèrent leur diversification hors dollar, la demande mondiale d’or restera élevée. Les investisseurs européens qui suivent les prix de l’or ont tout intérêt à intégrer ce facteur chinois dans leur lecture des marchés.

Pour le lecteur français, un enseignement simple : les ménages chinois se comportent comme des investisseurs rationnels. Quand les alternatives ne rapportent rien, l’or redevient une évidence. Cette logique dépasse largement les frontières chinoises.

Siège de la Banque populaire de Chine à Pékin
La Banque populaire de Chine accumule de l’or depuis 23 mois consécutifs. (Illustration générée par IA)

Un appétit structurel qui redessine le marché mondial de l’or

La Chine ne fait pas que peser sur les prix à court terme. Elle change la nature même du marché de l’or. Deux forces convergentes – la stratégie d’État et la prudence des ménages – se combinent pour créer une demande durable, peu sensible aux fluctuations de taux ou de prix.

Tant que l’immobilier chinois ne se redressera pas franchement, tant que les marchés actions ne regagneront pas la confiance des épargnants, et tant que Pékin voudra réduire son exposition au dollar, cette dynamique devrait persister. Le marché mondial de l’or a trouvé un nouveau pilier.

Et vous, pensez-vous que la ruée chinoise sur l’or va durer ? Estimez-vous que l’Europe devrait en tirer des leçons pour sa propre stratégie de réserves ? Partagez votre analyse en commentaire.

Sources : CNBC

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Pourquoi la Chine achète-t-elle autant d'or en 2026 ?
La Chine accumule de l’or pour deux raisons principales. D’abord, la Banque populaire de Chine cherche à réduire sa dépendance aux actifs en dollars, en particulier aux bons du Trésor américain. Ensuite, les ménages chinois se tournent vers l’or faute d’alternatives rentables : l’immobilier est en crise, les marchés actions décevants et les taux bancaires très bas.
Quel est le niveau des réserves d'or de la Chine ?
La Chine détenait 2 387 tonnes d’or au total en août 2026, ce qui en fait le cinquième détenteur mondial. C’est moins d’un tiers du stock détenu par les États-Unis, premier détenteur mondial. La PBOC a acheté sans interruption depuis au moins 23 mois consécutifs.
Quel est l'impact des achats chinois sur le prix de l'or mondial ?
Les achats massifs de la Chine ont aidé les prix de l’or à rester au-dessus de leurs niveaux estivaux, même face à la hausse des taux américains et des rendements obligataires. Les stratégistes de ING Bank et Saxo Bank parlent d’un « soutien structurel » au prix, les banques centrales étant bien moins sensibles aux variations de prix que les investisseurs particuliers.
Quels facteurs pourraient mettre fin à la ruée chinoise sur l'or ?
Plusieurs scénarios pourraient freiner la demande : un redressement du marché immobilier ou boursier chinois, une hausse significative des taux bancaires locaux, un yuan plus faible qui renchérit l’or pour les acheteurs chinois, ou encore un apaisement des tensions géopolitiques mondiales qui réduirait l’intérêt des banques centrales pour la diversification hors dollar. Ces scénarios semblent peu probables à court terme selon les analystes.

Pierre Woo

Pierre Woo est le fondateur et le directeur de la publication de Chinecroissance, créé en 2009. Il a vécu environ cinq ans à Shanghai et parle mandarin et cantonais. Après près de dix ans chez Marco Vasco, jusqu'à la direction marketing, puis cofonder l'agence SEO 99digital, il dirige aujourd'hui Daremonkey, une agence d'automatisation et d'IA. Il sélectionne les sujets et relit les articles publiés.

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