BYD veut une usine en France : la conquête européenne du numéro un mondial du véhicule électrique
BYD est devenu en 2025 le premier constructeur mondial de voitures électriques, devant Tesla. Au Mondial de l’automobile de Paris, sa vice-présidente Stella Li a annoncé que la France figure sur la liste des pays candidats à l’implantation d’une usine. Ce n’est pas une déclaration d’intention floue : c’est le signal d’une stratégie de localisation assumée, qui vise à transformer un géant chinois en acteur perçu comme local. L’enjeu est clair – contourner les droits de douane européens tout en gagnant la confiance des consommateurs français.
- BYD est numéro un mondial du véhicule électrique depuis 2025, avec 2,26 millions d’unités vendues.
- Au Mondial de Paris, la vice-présidente du groupe confirme que la France est sur la liste des sites potentiels pour une nouvelle usine européenne.
- En France, BYD a vendu 14 311 voitures en 2025, soit +150 % par rapport à 2024.
- Le groupe ouvre déjà une usine en Hongrie d’ici janvier 2027 et cherche deux autres sites en Europe.
De fabricant de batteries à numéro un mondial : trente ans d’obstination
Tout a commencé à Shenzhen dans les années 1990. Wang Chuanfu, ingénieur de formation, fonde BYD – « Build Your Dreams » – avec une trentaine d’employés. L’entreprise fabrique des batteries pour Nokia et Motorola. Ce n’est qu’en 2003 que le groupe se lance dans l’automobile, d’abord avec des bus et des taxis à Shenzhen.
La montée en puissance est lente et méthodique. « Leur apprentissage a pris une grosse quinzaine d’années », observe Bernard Jullien, économiste spécialisé dans l’industrie automobile à l’université de Bordeaux. En 2009, des cadres rencontrés à Shenzhen affirmaient déjà construire les véhicules du futur. Leurs interlocuteurs les trouvaient arrogants. Ils avaient tort.
En 2011, Elon Musk raillait encore le design et la technologie de BYD dans une interview à Bloomberg. Il a depuis reconnu s’être trompé. Ce retournement dit tout sur la vitesse à laquelle la compétitivité chinoise dans l’automobile a changé de nature.
- 2,26 millions de véhicules électriques vendus par BYD en 2025, contre 1,64 million pour Tesla.
- 187 657 véhicules vendus en Europe en 2025 (contre 50 912 en 2024).
- 14 311 véhicules vendus en France en 2025, soit +150 % en un an.
- 18 000 véhicules vendus en France à fin août 2026.
- 90 sites de distribution ouverts en France au 1er janvier 2026, couvrant 60 % du territoire.
- 99 % des voitures électriques et hybrides vendues au Brésil en 2025 étaient chinoises.
- L’Union européenne a imposé des droits de douane sur les véhicules électriques chinois pour protéger son industrie automobile. BYD est exclu des aides gouvernementales françaises à l’achat de véhicule électrique.
- BYD maîtrise l’intégralité de sa chaîne de valeur, de la batterie à l’assemblage, ce qui lui permet de contrôler ses coûts mieux que ses concurrents. Son système de recharge « Super e-Platform », présenté en 2025, permet de récupérer 470 km d’autonomie en cinq minutes.
- La concurrence acharnée entre constructeurs sur le marché intérieur chinois a poussé BYD et ses rivaux à accélérer leur internationalisation, les exportations étant devenues une nécessité économique. Les constructeurs chinois exportent 12 millions de véhicules à l’étranger en 2026, un record mondial.

La maîtrise de la chaîne de valeur, arme absolue de BYD
La singularité de BYD tient à une décision prise dès le départ : tout fabriquer soi-même. Batteries, semi-conducteurs, logiciels embarqués – le groupe n’externalise presque rien. Cette intégration verticale lui permet de contrôler ses coûts, d’éviter les pénuries et de réinvestir rapidement les gains de productivité dans l’innovation.
BYD est aussi le deuxième producteur mondial de batteries pour véhicules électriques, derrière CATL. Il revend ses batteries à ses propres concurrents. Peu de constructeurs dans le monde disposent de ce double levier – compétitivité sur les coûts et revenus issus des composants vendus à l’extérieur.
En 2025, BYD a franchi un nouveau cap technologique avec son système « Super e-Platform ». Cinq minutes de charge pour 470 km d’autonomie : Wang Chuanfu voulait que recharger une voiture électrique prenne aussi peu de temps que faire le plein d’essence. L’objectif n’est pas encore atteint partout, mais la démonstration a impressionné l’industrie mondiale.
BYD développe par ailleurs ses propres puces pour la conduite autonome. Cette stratégie de maîtrise du silicium, que l’on retrouve aussi chez Li Auto et Nio, vise à réduire la dépendance aux fournisseurs extérieurs tout en accélérant l’intégration des fonctions d’intelligence artificielle dans les véhicules.
Le marché intérieur sous pression, l’international comme réponse
La domination de BYD en Chine masque une réalité plus complexe. La concurrence entre constructeurs chinois est devenue féroce. Les surcapacités ont déclenché une guerre des prix. Les autorités ont progressivement réduit les subventions à l’achat. Résultat : les ventes de BYD ont reculé sur le marché intérieur en 2025.
Jamel Taganza, cofondateur du cabinet Inonev, est direct : « Les exportations sont devenues une nécessité. » BYD n’est pas parti à la conquête du monde par ambition pure. Il y a été poussé par la pression sur ses marges domestiques. Cette contrainte a paradoxalement accéléré son internationalisation.
La stratégie mondiale est désormais structurée. En Thaïlande, BYD a ouvert sa première méga-usine hors de Chine. En Afrique, le groupe s’implante dans les pays qui misent sur l’électrique – Maroc, Éthiopie, Kenya. Au Brésil, où 99 % des voitures électriques et hybrides vendues en 2025 étaient chinoises, BYD a repris une ancienne usine Ford. Des enquêtes des autorités brésiliennes ont cependant révélé des conditions de travail préoccupantes sur ce site, un angle mort de la stratégie d’expansion.
BYD en France : de 14 311 ventes à une usine potentielle
La progression de BYD en France est rapide, même si le point de départ était bas. Le constructeur a vendu 14 311 véhicules en 2025, soit 150 % de plus qu’en 2024. À fin août 2026, il avait déjà dépassé ce total avec plus de 18 000 unités. Une croissance maintenue malgré les droits de douane européens et l’exclusion des aides à l’achat.
Ce résultat s’appuie sur un réseau de distribution construit rapidement. Au 1er janvier 2026, BYD comptait 90 sites en France et couvrait environ 60 % du territoire, avec des partenaires comme Bymycar, Emil Frey et Bodemer. La marque ne vend pas en direct : elle s’appuie sur des acteurs français déjà installés, une stratégie de localisation commerciale avant même d’être industrielle.
Pourtant, BYD reste minoritaire dans le paysage automobile français. Ses 1,5 % de part de marché sont loin derrière Stellantis (371 913 ventes) et Renault (342 435) sur la même période. La route vers une présence significative passe nécessairement par une fabrication locale.
Une usine en France : stratégie ou communication ?
Au Mondial de Paris, Stella Li a été explicite : « La France est dans la short-list. » BYD « regarde de très près la possibilité » d’y implanter une usine. Le groupe a par ailleurs annoncé vouloir ouvrir une deuxième et une troisième usine en Europe, après celle de Hongrie qui doit ouvrir d’ici janvier 2027.
L’intention est claire. Produire en Europe évite les droits de douane, améliore l’image de la marque et permet d’accéder aux aides publiques locales. Stella Li l’a dit sans détour : « Dans dix ans, les gens auront l’impression que BYD est une marque européenne. C’est cette perception que nous visons. »
Bernard Jullien, l’économiste bordelais, prévient que cette ambition pourrait déclencher « un réflexe d’auto-défense » en Europe. C’est un risque réel. Mais il note aussi que « la soutenabilité du business de BYD dépend de sa réussite à l’internationale ». Les deux parties ont donc intérêt à trouver un équilibre – même si les termes de cet équilibre restent à négocier.
La Chine a par ailleurs accepté, début octobre 2026, de « modérer » le flux de véhicules hybrides vers l’UE. Un signal de compromis qui peut être interprété comme une concession tactique destinée à faciliter les discussions sur l’implantation industrielle.

Ce que révèle vraiment la stratégie BYD en Europe
BYD n’est plus un constructeur bas de gamme qui inonde les marchés avec des produits peu chers. Ses modèles – Dolphin, Atto 2, Seal – affichent des finitions et une technologie comparables aux standards occidentaux. Le changement de perception est en cours, comme le confirment des influenceurs qui reconnaissent avoir révisé leur jugement sur le « made in China ».
La question posée à l’industrie européenne n’est plus de savoir si BYD est compétitif. Elle est de savoir comment répondre à un concurrent qui maîtrise ses coûts mieux que quiconque, investit dans la technologie sur le long terme et est prêt à localiser sa production pour contourner les barrières tarifaires. BYD et Chery captaient déjà 35 % des ventes de véhicules hybrides rechargeables en Europe en août, tandis que Volkswagen reculait.
- BYD est numéro un mondial du véhicule électrique depuis 2025, avec 2,26 millions d’unités vendues.
- La France figure sur la liste des sites potentiels pour une nouvelle usine européenne de BYD.
- Le groupe a vendu 14 311 voitures en France en 2025 (+150 %) et progresse encore en 2026 malgré les droits de douane.
- La stratégie de BYD combine réseau local, partenaires distributeurs nationaux et localisation industrielle progressive.
- La maîtrise de toute la chaîne de valeur – de la batterie à l’assemblage – reste l’avantage concurrentiel central du groupe.
BYD illustre parfaitement ce que la politique industrielle chinoise produit à son meilleur : une entreprise qui part d’un composant – la batterie – et remonte toute la chaîne jusqu’au produit fini, avec une patience de quinze ans et un soutien public constant. Le résultat n’est pas un effet d’aubaine : c’est une compétitivité structurelle difficile à effacer par de simples droits de douane.
Pour la France et l’Europe, la bonne réponse n’est pas le repli tarifaire seul. Les droits de douane gagnent du temps, mais seulement si ce temps sert à investir massivement dans les batteries, les logiciels embarqués et les puces automobiles. Sans cela, BYD s’installe en Hongrie, puis peut-être en France, et la concurrence redevient frontale sur le sol européen.
Un acteur qui construit des usines localement, embauche des ingénieurs locaux et distribue via des réseaux locaux n’est pas facile à qualifier d’étranger. C’est précisément ce que Stella Li a en tête quand elle parle de « marque européenne ». Le lecteur français devrait se poser la question : est-ce une menace ou une opportunité industrielle à saisir ?
BYD à Paris, premier acte d’une présence durable en France ?
Le Mondial de l’automobile de Paris est une scène symbolique autant qu’un outil commercial. BYD y occupe une place centrale, comme Renault ou Stellantis. Ce n’est plus une curiosité venue d’Asie : c’est un concurrent direct sur le marché européen, avec une gamme étoffée, un réseau en place et une ambition industrielle clairement formulée.
La question n’est plus de savoir si BYD va peser en France, mais à quelle vitesse et sous quelle forme. La réponse dépendra en partie des décisions que Paris prendra sur les conditions d’implantation industrielle – et de sa capacité à transformer l’intérêt d’un géant chinois en emplois durables sur le territoire.
Et vous, seriez-vous prêt à acheter un BYD fabriqué en France ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : France Info, Euronews
