Canton Fair 2026 : les énergies renouvelables chinoises conquièrent le monde sur fond de crise du détroit d’Hormuz
À la Foire de Canton 2026, le hall dédié au solaire et au stockage d’énergie attire des milliers de visiteurs chaque jour. Derrière l’affluence, une réalité commerciale frappante : 93 % des contrats signés par les fournisseurs chinois au troisième trimestre portent sur des commandes étrangères. La crise au détroit d’Hormuz et le dérèglement climatique ne sont plus seulement des sujets géopolitiques. Ils sont devenus les meilleurs commerciaux des fabricants chinois de panneaux solaires et de batteries.
- La Foire de Canton 2026 confirme l’explosion des exportations chinoises en énergies renouvelables vers l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine.
- Les tensions autour du détroit d’Hormuz et l’instabilité des réseaux électriques dans les pays émergents transforment le stockage d’énergie en produit de première nécessité.
- La surproduction intérieure pousse les fabricants chinois à s’internationaliser à grande vitesse, avec des hausses de ventes allant jusqu’à 300 % sur certains marchés.
Une foire, un signal : le monde veut de l’énergie propre, made in China
La Foire de Canton est le plus grand salon commercial de Chine. Cette année, son hall énergie verte est devenu l’un des plus courus. Les exposants ne vendent plus seulement des panneaux solaires. Ils proposent des systèmes complets : production, stockage, gestion intelligente du réseau.
Xu Leiping, directeur commercial adjoint de Zhejiang Era Solar Technology, illustre bien cette montée en gamme. Son entreprise a lancé en juillet un panneau solaire léger, conçu pour les balcons. Il pèse environ 2 kg, contre 14 kg pour un panneau classique de même surface. Résultat : 15 à 20 % d’économies sur l’installation et les fixations. Un client ghanéen a passé une commande d’essai de 200 unités sur place, sans même avoir vu de prototype physique.
Ce détail dit beaucoup. La confiance dans la capacité d’exécution des fabricants chinois est désormais telle que les acheteurs s’engagent sur dossier seul.
- 93 % des contrats de systèmes de stockage clés en main signés par des fournisseurs chinois au T3 2026 sont des commandes étrangères (EnergyTrend).
- +75 % de projets de stockage chinois à l’étranger au T2 2026 par rapport au T2 2025 (Association photovoltaïque du Jiangsu).
- Les importations pakistanaises de batteries ont bondi de 220 % l’an dernier, à 4,6 GWh ; les livraisons d’avril 2026 sont 15 fois supérieures à avril 2024.
- Shandong Allgrand affiche une hausse de plus de 40 % de ses ventes annuelles.
- Shenzhen Ruidian prévoit de doubler sa capacité de production à 5 GWh dès 2027.
- La Chine produit la majorité des systèmes mondiaux de stockage d’énergie, qui incluent panneaux solaires, batteries et logiciels de gestion. Sa chaîne industrielle intégrée lui donne un avantage de coût et de délai considérable.
- Les tensions autour du détroit d’Hormuz, passage stratégique du pétrole mondial, alimentent l’incertitude sur les prix de l’énergie fossile et accélèrent la demande de solutions alternatives.
- La Chine prévoit de supprimer sa ristourne fiscale de 6 % sur les exportations de batteries à partir du début de l’année prochaine, ce qui a poussé les exportateurs à accélérer leurs livraisons avant cette date.

Hormuz, la sécurité énergétique et le grand basculement vers le solaire
Dans les pays où le réseau électrique est fragile et les prix du pétrole imprévisibles, le stockage d’énergie n’est pas un confort. C’est une nécessité vitale.
Li Jianjun, directeur général de Shandong Allgrand New Energy Technology, le formule clairement. En Afrique et en Asie du Sud-Est, les réseaux sont défaillants, le pétrole est cher et les événements climatiques extrêmes se multiplient. Son entreprise dispose de entrepôts en Indonésie, en Irak, au Kenya et en Ouganda. Son carnet de commandes est plein jusqu’en janvier. Pour répondre à la demande, il vient d’achever la deuxième phase de son usine, pour 300 millions de yuans.
À l’inverse, Li souligne que l’Europe traite encore le stockage d’énergie comme un bien de consommation, un achat facultatif. Cette différence de posture explique en partie la géographie actuelle des ventes chinoises : les marchés où l’énergie est un enjeu de survie commandent, les marchés riches hésitent encore.
Felicity Solar, basée à Guangzhou, illustre l’impact concret de ces installations. Un hôtelier sud-africain qui a adopté un cabinet de batteries industrielles couplé à des panneaux solaires a réduit sa facture d’électricité de 80 %. Ce chiffre circule désormais comme argument de vente dans toute la région.
L’Afrique et l’Asie du Sud-Est : les nouveaux marchés prioritaires
Le Pakistan illustre mieux que tout autre pays la rapidité du basculement. Ses importations de batteries ont bondi de 220 % l’an dernier, atteignant 4,6 GWh. En avril 2026, les livraisons mensuelles étaient 15 fois supérieures à celles d’avril 2024. Cette courbe exponentielle n’est pas un accident : c’est la conjonction de pannes de réseau fréquentes, de subventions gouvernementales et de prix chinois imbattables.
Allgrand a même décidé de freiner son expansion en Europe pour mieux se concentrer sur ces marchés à croissance rapide. Le directeur général assume ce choix. Il ne s’agit pas d’abandonner l’Europe, mais de prioriser là où la demande est urgente et les marges moins sous pression concurrentielle.
Shenzhen Ruidian Green Energy Technology projette quant à elle de doubler ses ventes à l’étranger à environ 200 millions de yuans cette année. Sur certains marchés du Moyen-Orient et de la région Asie-Pacifique, la croissance attendue atteint 200 à 300 %. La société prévoit de doubler sa capacité de production à 5 GWh dès l’année prochaine.
La surproduction intérieure, moteur paradoxal de l’expansion mondiale
Derrière ce dynamisme à l’export, un problème bien connu : la surproduction. La compétition intérieure en Chine est féroce. Les capacités dépassent largement la demande domestique. L’export n’est donc pas seulement une opportunité. C’est aussi une soupape.
La Chine produit la majorité des systèmes de stockage d’énergie mondiaux. Cette domination repose sur des chaînes d’approvisionnement intégrées, une échelle industrielle sans équivalent et des cycles d’innovation courts. Mais elle génère aussi des guerres de prix qui pèsent sur les marges.
La suppression programmée de la ristourne fiscale de 6 % sur les exportations de batteries a elle-même joué un rôle d’accélérateur. Les exportateurs ont voulu maximiser leurs expéditions avant la fin de cet avantage. Lin Yanbang, de Felicity Solar, l’a confirmé au salon : la pression fiscale à venir a dopé les commandes à court terme.
C’est un phénomène classique dans l’industrie manufacturière chinoise. La contrainte réglementaire, loin de freiner, stimule parfois l’internationalisation. Les fabricants anticipent, investissent et structurent leur présence à l’étranger avant que les marges ne se réduisent davantage.
La technologie comme rempart : innovation rapide contre la guerre des prix
Face à des concurrents qui copient vite et cassent les prix, les fabricants chinois misent sur deux leviers : la vitesse d’innovation et l’échelle de production.
Era Solar prépare un module solaire de nouvelle génération pour mars prochain. Xu Leiping résume la stratégie de son entreprise en une formule directe : le vrai avantage concurrentiel vient des mises à jour technologiques rapides et de la réduction des coûts par le volume. Ce n’est pas le brevet en lui-même qui protège. C’est la cadence de renouvellement.
Cette philosophie se retrouve dans toute la filière. La capacité à passer d’un prototype à une production de masse en quelques mois est une réalité en Chine, portée par un vivier d’ingénieurs formés en nombre et une chaîne industrielle complète sur place.
- Les exportations chinoises de stockage d’énergie explosent en 2026, portées par l’instabilité énergétique mondiale et les tensions autour du détroit d’Hormuz.
- 93 % des commandes de systèmes clés en main au T3 viennent de l’étranger, avec l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est comme locomotives.
- La surproduction intérieure, loin d’être un frein, accélère l’internationalisation des fabricants chinois.
- L’innovation rapide et l’échelle industrielle restent les principales défenses contre la concurrence et les guerres de prix.
- La suppression d’une ristourne fiscale sur les batteries à partir de l’an prochain a anticipé et amplifié les expéditions en 2026.
Ce qui se passe à la Foire de Canton n’est pas une simple bonne performance commerciale. C’est la preuve que la politique industrielle chinoise de long terme dans les énergies renouvelables produit exactement l’effet attendu : des coûts bas, une innovation rapide, une présence mondiale.
Les pays qui manquent d’énergie fiable ne cherchent pas un discours sur la transition écologique. Ils cherchent une solution qui fonctionne demain matin. La Chine la leur offre. Pour l’Europe, la leçon est inconfortable. Traiter le stockage d’énergie comme un bien de consommation discrétionnaire, c’est laisser aux fabricants chinois le soin de structurer les marchés émergents pour les décennies à venir.
Ceux qui tiennent les infrastructures énergétiques d’un pays tiennent aussi ses relations commerciales futures. La France et ses partenaires européens auraient intérêt à distinguer deux choses : critiquer la surproduction chinoise est légitime, mais ignorer que cette industrie répond à de vrais besoins mondiaux serait une erreur stratégique coûteuse.

Un momentum que la géopolitique pourrait encore accélérer
Les fabricants réunis à Canton ne parient pas seulement sur la croissance actuelle. Ils construisent des positions longues. Entrepôts locaux, réseaux de distribution, projets clés en main : les entreprises chinoises s’implantent, pas seulement elles exportent.
Dans un monde où les prix du pétrole restent sous pression et où les événements climatiques extrêmes se multiplient, la demande pour une énergie propre, locale et fiable ne va qu’augmenter. Les fabricants chinois ont trois longueurs d’avance : le coût, la capacité de production et les relations commerciales déjà nouées sur le terrain.
Le prochain tournant sera la rentabilité durable. Doubler de capacité, ouvrir des entrepôts à l’étranger et casser les prix pour gagner des parts de marché : tout cela coûte cher. La question n’est pas de savoir si la Chine peut dominer ce marché. Elle domine déjà. La question est de savoir si elle peut le faire en gagnant de l’argent sur la durée.
Et vous, pensez-vous que l’Europe a encore une carte à jouer dans la course mondiale aux énergies renouvelables, ou le train est-il déjà parti ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post
