Alibaba et Zhipu accélèrent vers des modèles d’IA propriétaires pour doper revenus et performance
Alibaba mise sur des modèles Qwen fermés et hautes performances
Cette semaine, Alibaba Cloud a publié trois nouveaux modèles d’IA accessibles uniquement via son infrastructure cloud ou son chatbot officiel. Parmi eux, Qwen3.6-Plus, aux capacités de codage renforcées, et Qwen3.5-Omni, un modèle multimodal capable de traiter simultanément du texte, de l’audio, des images et des vidéos. Contrairement à la génération précédente (Qwen3-Omni), ces nouveautés ne seront pas disponibles en open source.
Alibaba justifie ce choix par les données de téléchargement sur Hugging Face : la série Omni séduit moins les développeurs que les autres familles de modèles. Le groupe préfère donc concentrer ses ressources sur des modèles phares plus grands et plus performants. Un chercheur de l’équipe Qwen, Zheng Chujie, l’a dit clairement : atteindre les meilleures performances du marché reste la priorité absolue, avant de produire des modèles plus compacts.
La stratégie n’est pas nouvelle. Alibaba protège déjà sa série Max derrière un accès propriétaire – elle inclut son premier modèle à un trillion de paramètres, lancé en septembre, qui alimente l’application grand public Qwen. À mesure que les modèles grossissent, les héberger soi-même devient techniquement complexe et coûteux. Ce qui rend l’accès via cloud de plus en plus attractif.
- 3 nouveaux modèles propriétaires lancés par Alibaba Cloud cette semaine.
- Qwen3.6-Plus : capacités de codage renforcées, accès cloud uniquement.
- Qwen3.5-Omni : multimodal (texte, audio, images, vidéo), non open source.
- Alibaba a lancé en septembre un modèle à 1 trillion de paramètres (série Max).
- Kling AI de Kuaishou : 340 millions de yuans de revenus au T4 (49,3 M$).
- Zhipu AI : croissance annuelle des revenus à trois chiffres, portée par la migration vers l’API cloud.
- Depuis la sortie du modèle R1 de DeepSeek en janvier, les acteurs chinois dominent l’open source : la famille Qwen d’Alibaba compte à elle seule plus de modèles dérivés que Google et Meta réunis.
- La montée en taille des modèles rend l’hébergement local de plus en plus difficile, poussant les éditeurs à privilégier l’accès cloud pour garantir performance, sécurité et revenus réguliers.
- Les risques d’usages illicites liés aux générateurs d’images et de vidéos accélèrent le passage à des modèles propriétaires, mieux contrôlés.

Pourquoi les acteurs chinois ferment leurs modèles phares
Deux raisons se combinent. La première est technique : développer des modèles toujours plus puissants – parfois mesurés en trillions de paramètres – exige des ressources colossales pour l’entraînement comme pour l’inférence. Héberger ces capacités sur des serveurs locaux devient rapidement hors de portée pour la plupart des entreprises, ce qui renforce l’attrait de l’infrastructure cloud des éditeurs.
La seconde raison est liée aux risques. En janvier, des chercheurs américains ont épinglé la série Wan d’Alibaba, accusée de faciliter la circulation de contenus inappropriés faute de garde-fous suffisants. La réponse a été rapide : les dernières versions Wan, dont un nouveau générateur d’images, sont désormais distribuées en logiciel propriétaire, au sein d’un écosystème contrôlé.
Au-delà d’Alibaba, Xiaomi et ByteDance suivent la même ligne : garder leurs modèles les plus puissants sous accès restreint, tout en publiant en open source des versions plus légères et spécialisées.
Zhipu AI : de l’open source à l’API cloud
Zhipu AI a lancé le modèle GLM-5-Turbo, conçu pour s’intégrer avec l’outil agent open source OpenClaw. L’entreprise maintient sa volonté de publier sa série GLM en open source. Mais son PDG, Zhang Peng, observe un glissement commercial : beaucoup de clients qui voulaient au départ déployer les modèles en local migrent progressivement vers l’API cloud.
Le résultat est là : Zhipu revendique une croissance annuelle de revenus à trois chiffres. L’accès via API – avec disponibilité garantie, montée en charge et mises à jour continues – séduit des entreprises qui cherchent fiabilité et maîtrise des coûts.
Open source : un atout d’écosystème, mais pas pour les flagships
Depuis la sortie de R1 par DeepSeek, l’open source chinois s’est imposé à l’échelle mondiale. La famille Qwen d’Alibaba totalise plus de modèles dérivés que Google et Meta réunis, selon Hugging Face. Ce succès repose largement sur des versions compactes – quelques milliards de paramètres – faciles à télécharger et à adapter à des usages ciblés.
Mais le centre de gravité se déplace. Les modèles phares restent sous clé : ils garantissent de meilleures performances et ouvrent la voie à des revenus récurrents via API et cloud, avec une maîtrise des risques bien plus grande. L’open source alimente la communauté en périphérie, les modèles premium soutiennent la rentabilité au centre.
Monétisation : ce que prouve Kling AI
Le marché valide cette logique. Kling AI, l’outil de génération vidéo de Kuaishou, s’appuie sur des modèles fermés et a dégagé 340 millions de yuans au quatrième trimestre (49,3 M$). L’entreprise anticipe un fort doublement de ses revenus annuels – preuve qu’un produit performant et bien conçu peut trouver rapidement sa clientèle.
Dans cet environnement, les éditeurs chinois ont trouvé leur équilibre : diffuser des versions légères en open source pour nourrir l’adoption, et capitaliser sur des modèles propriétaires pour la vitesse, la sécurité et la monétisation.
- Alibaba restreint l’accès à ses nouveaux modèles Qwen les plus avancés pour privilégier performance et revenus cloud.
- Les risques d’usages illicites poussent les générateurs d’images et de vidéos vers des sorties propriétaires – dont la série Wan d’Alibaba.
- Zhipu AI voit ses clients migrer de l’installation locale vers l’API cloud et affiche une croissance à trois chiffres.
- Les modèles ouverts restent essentiels pour l’écosystème, mais les flagships fermés concentrent la valeur.
- Kling AI illustre la rentabilité rapide des modèles fermés : 340 millions de yuans au T4.

Une bataille d’écosystèmes qui s’intensifie
La Chine trace une voie hybride : l’open source nourrit l’adoption et l’innovation, les modèles d’IA propriétaires concentrent performance et monétisation. Pour les entreprises, l’accès via cloud s’impose pour profiter des meilleures capacités. Pour les développeurs, les versions légères restent un terrain d’expérimentation précieux – mais les modèles phares se gagnent désormais avec un compte cloud.
Votre avis nous intéresse : ce virage vers des modèles fermés accélère-t-il la qualité des services ou freine-t-il l’innovation ouverte ? Partagez votre point de vue en commentaire.
Sources : South China Morning Post
