Procès secret de Gao Zhen : la justice chinoise juge un artiste pour ses œuvres sur Mao Zedong
Qui est Gao Zhen et pourquoi ses œuvres dérangent
Révélé au début des années 2000 aux côtés de son frère Qiang, Gao Zhen s’est imposé avec des créations qui touchent aux sujets les plus sensibles de l’histoire chinoise : la Révolution culturelle, la place Tiananmen, l’héritage de Mao Zedong. Parmi ses pièces les plus connues, une sculpture de Mao agenouillé intitulée « La culpabilité de Mao » et « L’exécution du Christ », où plusieurs statues de Mao mettent en joue une représentation de Jésus. Des œuvres directes, symboliquement chargées, qui l’ont placé en collision frontale avec les lignes rouges du régime.
- Peine maximale encourue : 3 ans de prison
- Arrestation : août 2024, dans la banlieue de Pékin
- Départ en exil aux États-Unis : 2022
- Procès : lundi 30 mars, à huis clos
- Première notoriété : début des années 2000
- Lieu du procès : tribunal populaire de Sanhe (Hebei)
- Gao Zhen est poursuivi pour avoir « insulté les héros et martyrs« , un chef d’accusation passible de 3 ans de prison.
- En Chine, le huis clos est normalement réservé aux affaires touchant au secret d’État, aux secrets commerciaux ou à la vie privée – son application ici interpelle.
- Ses œuvres détournent l’iconographie de Mao Zedong, figure sanctifiée dans le récit officiel du Parti.
- L’ONG Chinese Human Rights Defenders appelle à sa libération immédiate.
- La sinologue Marie Holzman estime que toute dérision envers les fondateurs du régime est désormais strictement interdite.

Un huis clos à Sanhe qui pose question
Le procès s’est tenu à huis clos au tribunal populaire de Sanhe, dans la province du Hebei. Ce format est en principe réservé aux affaires de secret d’État, de secrets commerciaux ou de protection de la vie privée. Ici, il s’agit de juger des œuvres plastiques représentant Mao de façon décalée. L’audience s’est déroulée sans témoins, l’artiste comparaissant seul – ce qui nourrit les inquiétudes de ses soutiens sur l’équité de la procédure.
Pour ses défenseurs, à commencer par CHRD, cette configuration judiciaire sert avant tout à envoyer un signal politique. Un procès sans débat public, c’est aussi un procès sans contradicteur.
Jusqu’à trois ans de prison pour « insulte aux héros et martyrs »
Gao Zhen a été inculpé pour avoir insulté les « héros et martyrs » – un chef d’accusation passible de trois ans d’emprisonnement. L’artiste, parti vivre aux États-Unis en 2022, avait été arrêté en août 2024 dans son atelier de la banlieue de Pékin, lors d’une visite en Chine. Cette qualification pénale s’inscrit dans une tendance de fond : la sanctuarisation des grandes figures du régime communiste, et en particulier de Mao Zedong.
Pour ses soutiens, poursuivre un artiste pour ses créations revient à criminaliser l’interprétation historique. L’ONG CHRD précise qu’aucun jugement n’avait encore été rendu à l’issue de l’audience, laissant son sort dans l’incertitude.
L’intouchabilité des fondateurs, message politique central
Pour la sinologue Marie Holzman, ce procès est d’abord politique. Elle estime que « le pouvoir a déjà décidé de la sentence » et que le message est sans ambiguïté : les figures fondatrices du régime ne peuvent être ni critiquées ni tournées en dérision. Elle avance que Xi Jinping cherche à s’inscrire dans l’héritage de Mao Zedong, ce qui rend toute représentation critique doublement inacceptable aux yeux du pouvoir.
Ce tabou ne se limite pas aux discours publics. Il s’étend à la création artistique. Les œuvres de Gao Zhen, par leur dimension symbolique et leur ton décalé, heurtent de plein fouet la vision officielle de l’histoire que le régime entend imposer.
Le CHRD appelle à la libération, Macron écrit au frère de l’artiste
L’organisation Chinese Human Rights Defenders a appelé, le lundi 30 mars, à la libération immédiate de Gao Zhen. L’affaire a également pris une dimension internationale : le Président Emmanuel Macron a adressé une lettre à Qiang, le frère de l’artiste, assurant du soutien de la France, un geste relayé par les ministères des Affaires étrangères et de la Culture.
Ces prises de position rappellent que la liberté de création en Chine n’est pas qu’une affaire intérieure. Elle engage directement les relations avec l’Europe, où la liberté d’expression reste un repère fondamental dans les échanges culturels et diplomatiques.

Ce que révèle l’affaire Gao Zhen pour les artistes en Chine
Au-delà du seul cas de Gao Zhen, ce procès dit quelque chose de précis sur le climat actuel. Les figures fondatrices du régime sont élevées au rang d’icônes intouchables, et la hiérarchie mémorielle est rappelée avec fermeté. Dans ce cadre, un art visuel qui interroge ou ironise devient une cible possible. En poursuivant un artiste pour la représentation d’un symbole – et non pour une atteinte à la sécurité nationale – la justice affiche une priorité avant tout idéologique.
- Procès à huis clos au tribunal de Sanhe (Hebei), sans témoins, sur un dossier ouvertement politique.
- Chef d’accusation : « insulte aux héros et martyrs« , puni jusqu’à 3 ans de prison.
- Les œuvres de Gao Zhen détournent l’iconographie de Mao Zedong – c’est le cœur du litige.
- Appels à la libération par CHRD et lettre de soutien du Président Emmanuel Macron au frère de l’artiste.
- Un signal clair : critiquer les fondateurs du régime est désormais passible de poursuites pénales.
Une affaire à suivre
Votre avis nous intéresse : que révèle selon vous cette affaire sur la place de l’art et de la critique historique en Chine aujourd’hui ? Partagez vos analyses et expériences en commentaire.
Sources : franceinfo
