Xi Jinping à Pyongyang : pourquoi la Chine courtise désormais Kim Jong-un
Pour la première fois depuis 2019, Xi Jinping se rend en Corée du Nord les 8 et 9 juin 2026. Cette visite de deux jours à Pyongyang survient dans un contexte radicalement différent de la précédente. Kim Jong-un n’est plus l’homme affaibli d’avant. Il a gagné en poids diplomatique, noué une alliance avec Moscou et misé sur son arsenal nucléaire. Face à ce nouveau rapport de force, la Chine ne peut plus simplement dicter ses conditions. Elle doit convaincre.
- Xi Jinping visite la Corée du Nord pour la première fois depuis sept ans.
- Kim Jong-un a renforcé sa position en s’alliant avec la Russie et en développant son arsenal nucléaire.
- La relation sino-nord-coréenne est passée de la dépendance à une logique transactionnelle.
- Pékin cherche à réaffirmer son influence face à Moscou, nouveau protecteur de Pyongyang.
Un 65e anniversaire comme prétexte diplomatique
La visite coïncide avec le 65e anniversaire du traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre les deux pays. Mais derrière cet anniversaire, les enjeux sont bien plus profonds.
Xi Jinping cherche à consolider son image de leader mondial. Après avoir reçu plusieurs dirigeants européens, Vladimir Poutine et Donald Trump à Pékin ces derniers mois, il veut ajouter Kim Jong-un à son agenda diplomatique. C’est l’analyse de Sebastian Harnisch, spécialiste de la Corée du Nord à l’université de Heidelberg. Selon lui, le président chinois souhaite « renforcer son statut de grande puissance au même titre que les États-Unis ».
Mais cette visite répond aussi à une inquiétude. Xi Jinping va à Pyongyang pour « réaffirmer une certaine forme de primauté sur la Corée du Nord », selon Edward Howell, chercheur à l’université d’Oxford. Une primauté qui n’est plus acquise d’avance.
- 7 ans : durée depuis la dernière visite de Xi Jinping en Corée du Nord, en 2019.
- 65 ans : âge du traité d’amitié sino-nord-coréen, célébré lors de cette visite.
- 50 ogives nucléaires : estimation de l’arsenal nord-coréen par le Sipri en 2025.
- 2022 : année où la Corée du Nord a inscrit son statut d’État nucléaire dans sa Constitution.
- En 2019, la Corée du Nord dépendait quasi exclusivement de la Chine sur le plan économique et géopolitique.
- Depuis 2022, Pyongyang fournit des munitions et des soldats à la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine.
- Fin 2024, Kim Jong-un et Vladimir Poutine ont signé un accord de partenariat global, offrant à la Corée du Nord un deuxième protecteur stratégique.

Kim Jong-un en 2026 : un interlocuteur bien plus solide
En 2019, la Corée du Nord était dans une position de dépendance massive. « C’était une relation hiérarchique. La Chine était la bouée de secours géopolitique de Pyongyang et détenait de facto un monopole sur ses options économiques », résume Antonio Fiori, de l’université de Bologne.
À l’époque, Kim Jong-un espérait encore négocier avec Washington. Il voulait lever les sanctions en échange de concessions nucléaires. La Chine jouait alors le rôle de soutien indispensable.
Cette stratégie a échoué. Les relations entre Pyongyang et Washington « sont au plus bas », selon Edward Howell. Mais Kim Jong-un n’a pas cherché refuge du côté de Pékin pour autant. Il a choisi une autre voie : miser sur sa propre puissance militaire. « La stratégie nord-coréenne est centrée sur la modernisation militaire, l’expansion de l’arsenal nucléaire et le renforcement de la sécurité du régime », détaille Antonio Fiori.
La Russie, le trouble-fête que Pékin ne peut pas ignorer
L’irruption de la Russie dans l’équation a changé les règles du jeu. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, Moscou a besoin d’équipements militaires. Pyongyang a répondu. Munitions, soldats, coopération militaire : l’alliance s’est renforcée à vitesse rapide.
Fin 2024, les deux pays ont signé un accord de partenariat global. Kim Jong-un dispose désormais d’un deuxième protecteur. Et cela se ressent dans le rapport de force avec Pékin.
« La relation entre les deux pays est devenue plus transactionnelle que hiérarchique », analyse Antonio Fiori. La visite de Xi Jinping ressemble donc bien plus à une opération de séduction qu’à une tournée d’inspection. Moins de bâtons, plus de carottes.
La Corée du Nord a par ailleurs capté l’attention de l’Iran, renforcé par la guerre au Moyen-Orient. Sebastian Harnisch souligne que Pyongyang gagne en importance aux yeux de Téhéran, même si aucune preuve directe de soutien militaire n’existe à ce stade.
Ce que Pékin peut offrir à Pyongyang
Xi Jinping arrive à Pyongyang avec plusieurs leviers potentiels. Le premier concerne le tourisme. Kim Jong-un a fait du développement touristique une priorité nationale. Le président chinois pourrait promettre de promouvoir la Corée du Nord comme destination pour les voyageurs chinois. Une manière, selon Sebastian Harnisch, d’accroître encore la dépendance économique nord-coréenne envers la Chine.
Le deuxième levier est plus sensible. La Chine a discrètement abandonné le discours sur la « dénucléarisation » de la Corée du Nord. Pékin est passé « d’une tolérance désapprobatrice à une acceptation silencieuse », résume Edward Howell. Xi Jinping pourrait aller un peu plus loin lors de cette visite.
Sebastian Harnisch n’exclut pas que la Chine propose un accès à sa technologie d’imagerie par satellite. Ce serait un apport stratégique majeur : si la Corée du Nord possède des missiles capables d’atteindre les États-Unis, elle « n’a pas encore la capacité de voir précisément ce qu’elle frappe ». Partager cette technologie permettrait à Pékin de concurrencer la Russie sur le terrain de la coopération militaire avec Pyongyang.
Enfin, Xi Jinping pourrait offrir une victoire symbolique à Kim Jong-un en inscrivant dans un communiqué commun l’opposition à l’hégémonie américaine et la défense d’un ordre mondial multipolaire. Ce type de formulation suffit souvent à valoriser diplomatiquement une rencontre.
Un enjeu de sécurité mondiale que Trump ignore
Derrière la diplomatie de façade, une menace concrète se dessine. La Corée du Nord reste un acteur capable de proliférer des armes de destruction massive. Elle peut approfondir son aide militaire à la Russie. Elle peut collaborer avec l’Iran sur le nucléaire. Ces scénarios préoccupent les experts.
Or Donald Trump ne semble pas faire de la question nord-coréenne une priorité. C’est dans ce vide que la Chine peut se positionner. Pékin est, selon les experts interrogés par France 24, le seul acteur en capacité de dissuader Pyongyang de franchir ces lignes rouges. Xi Jinping le sait. Et il joue cette carte.
- Xi Jinping visite Pyongyang pour la première fois depuis 2019, dans un contexte géopolitique transformé.
- Kim Jong-un a gagné en autonomie diplomatique grâce à l’alliance russo-nord-coréenne.
- La Chine doit désormais courtiser son voisin, pas seulement le contrôler.
- Pékin peut proposer tourisme, technologie satellite et soutien implicite au nucléaire nord-coréen.
- La Chine reste le seul acteur capable de freiner la prolifération militaire de Pyongyang.

Un pivot stratégique qui redessine l’Asie du Nord-Est
La visite de Xi Jinping à Pyongyang semble indiquer un changement de phase dans les relations sino-nord-coréennes. La Chine ne peut plus se permettre de traiter la Corée du Nord comme un État satellite. Elle doit négocier avec un régime qui a d’autres options, d’autres alliés et une puissance de dissuasion nucléaire réelle. Cette reconfiguration renforce l’hypothèse que l’équilibre des forces en Asie du Nord-Est évolue – et que Pékin cherche à en rester le centre de gravité.
Et vous, pensez-vous que la Chine peut encore exercer une influence déterminante sur la Corée du Nord ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : France 24
