Sommet de l’UE : la Chine dans le viseur, l’Ukraine au centre, le budget en tension
Les 27 dirigeants de l’Union européenne se retrouvent à Bruxelles les 18 et 19 juin pour un sommet à trois visages : le soutien à l’Ukraine, la relation avec la Chine et le budget pluriannuel de 2 000 milliards d’euros. Derrière l’agenda chargé, une tension de fond : l’Europe cherche à affirmer sa puissance face à des partenaires qui la mettent sous pression – Moscou, Pékin, et parfois Washington. La Chine, en particulier, s’impose comme un sujet brûlant que les États membres ne s’accordent plus à esquiver, mais qu’ils ne savent pas encore comment affronter ensemble.
- Zelensky participe au sommet pour relancer les négociations de paix et réclamer une adhésion accélérée à l’UE.
- Les 27 débattent d’une riposte commerciale face à la Chine, mais restent divisés sur la méthode.
- Le budget de 2 000 milliards d’euros pour 2028-2034 cristallise les oppositions entre États membres.
Un sommet dans le sillage du G7
Le sommet européen s’ouvre quelques jours après le G7 d’Évian-les-Bains. À Évian, Donald Trump a signé une déclaration commune sur le soutien militaire à l’Ukraine et les sanctions contre la Russie. Pour les Européens, c’est un succès diplomatique après des mois de fractures transatlantiques.
La Maison-Blanche avait accordé trois dérogations successives sur le pétrole russe, source de fortes tensions avec Bruxelles. À Évian, Trump a indiqué que la réouverture du détroit d’Ormuz, liée à un accord-cadre avec l’Iran, permettrait bientôt de rétablir les restrictions. L’UE prépare de son côté un nouveau train de sanctions, pour « continuer à faire pression sur la Russie », selon un porte-parole de la Commission européenne.
- 2 000 milliards d’euros : le montant record proposé par la Commission pour le budget de l’UE 2028-2034.
- 2 % : la réduction proposée par la présidence chypriote, soit 32,8 milliards d’euros en moins.
- 27 : le nombre d’États membres ayant tous enregistré un déficit commercial avec la Chine en 2024, pour la première fois.
- 4 : le nombre de nouveaux chefs d’État ou de gouvernement présents à ce sommet.
- L’Ukraine et la Moldavie ont ouvert lundi leur premier bloc de négociations d’adhésion à l’UE.
- Ursula von der Leyen alerte depuis longtemps contre un « nouveau choc chinois » lié aux surcapacités industrielles de Pékin.
- Le prochain cadre financier pluriannuel doit être adopté avant fin 2027 pour éviter un vide budgétaire.

Zelensky à Bruxelles : paix, adhésion et désaccords
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky rejoint les 27 pour la première séquence du sommet. L’objectif : relancer les négociations de paix et convaincre Poutine de revenir sérieusement à la table des discussions. António Costa, président du Conseil européen, a noué des « contacts brefs » avec Moscou « au niveau diplomatique », sans aborder de question de fond.
Les États membres restent profondément divisés sur l’idée de pourparlers directs avec la Russie. Zelensky profite aussi du sommet pour réclamer une adhésion accélérée à l’UE. « La Russie trouvera un moyen de bloquer la voie de l’Ukraine vers l’UE. Elle ne veut pas nous voir réussir », a-t-il déclaré à Évian. « C’est pour cela que nous avons besoin d’une procédure accélérée. »
Mais les dirigeants européens freinent. L’adhésion, selon eux, ne peut se faire qu’au mérite. « Quand vous devenez membre de l’UE, vous vous asseyez autour de la table et vous décidez de 30 % de la législation nationale », a résumé un haut diplomate. Le chancelier allemand Friedrich Merz propose une « adhésion associée » : statut d’observateur, assistance mutuelle en cas d’attaque. Un scénario inédit, mais mal accueilli à Kyiv et dans plusieurs capitales.
La Chine, un « choc » que l’Europe ne peut plus ignorer
Le dîner du jeudi est consacré à la Chine. C’est le débat le plus attendu de ce sommet. Pour la première fois en 2024, les 27 États membres ont tous enregistré un déficit commercial avec Pékin. Les craintes de désindustrialisation ne sont plus abstraites.
« Nous ne sommes plus naïfs. Le plan quinquennal de la Chine est une attaque contre notre marché », affirme un haut diplomate européen. « Le coût de l’action sera inférieur à celui de l’inaction. » Ce constat est largement partagé. La réponse, elle, divise.
Europe face à Pékin : deux camps, une fissure
D’un côté, la France, la Pologne, la Belgique, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et la Lituanie plaident pour une ligne offensive : corriger les déséquilibres commerciaux, s’attaquer aux subventions chinoises. De l’autre, l’Allemagne, l’Espagne et la Grèce redoutent des représailles et la perte de débouchés économiques.
Cette division reflète une réalité structurelle. Les pays dont les exportations vers la Chine restent significatives – à commencer par l’Allemagne – hésitent à ferrailler frontalement. Ursula von der Leyen suit de très près ces échanges. Elle veut s’en servir pour calibrer de nouveaux instruments commerciaux capables d’agir plus vite. La Commission peine à réunir le soutien nécessaire pour déclencher l’instrument anti-coercition contre Pékin, malgré les accusations récurrentes de chantage économique.
« Nous voulons le dialogue, mais le dialogue doit produire des résultats. Nous aimons la concurrence, mais elle doit être loyale. Et nous voulons un accès au marché chinois qui repose sur la réciprocité », a déclaré von der Leyen début juin.
Un budget record sous pression
Vendredi, les dirigeants se penchent sur le prochain budget septennal de l’UE pour 2028-2034. La Commission a proposé un montant record de 2 000 milliards d’euros. La présidence chypriote a suggéré une réduction « modérée » de 2 %, soit 32,8 milliards d’euros en moins.
Trop peu pour les pays qui se surnomment désormais « modernisateurs » – anciennement les « frugaux ». Trop pour ceux qui veulent préserver les fonds agricoles et de cohésion. Les lignes rouges sont tracées, les discussions promettent d’être âpres.
L’enjeu calendaire est réel. Si un accord n’est pas scellé d’ici décembre, les négociations risquent de se prolonger jusqu’en 2027. Cette année-là, des élections en France, en Espagne, en Italie et en Pologne pourraient considérablement compliquer la donne politique.

Un sommet, quatre nouvelles têtes
Ce sommet est aussi celui des nouvelles figures. Quatre dirigeants participent pour la première fois : Péter Magyar (Hongrie), Andris Kulbergs (Lettonie), Roumen Radev (Bulgarie) et Janez Janša (Slovénie), qui fait son retour. Leur arrivée renforce le renouvellement des équilibres politiques au sein du Conseil européen.
- L’UE prépare un nouveau train de sanctions contre la Russie, dans le sillage du G7 d’Évian.
- Zelensky réclame une adhésion accélérée, mais les 27 défendent le processus au mérite.
- Pour la première fois, tous les États membres affichent un déficit commercial avec la Chine.
- L’Europe est divisée entre ligne offensive et prudence face à Pékin.
- Le budget de 2 000 milliards d’euros doit être bouclé avant fin 2027 pour éviter un blocage politique.
Le moment de vérité pour une Europe qui doit choisir
Ce sommet de juin 2025 semble indiquer un changement de phase dans la posture européenne. Face à la Russie, l’UE tient la ligne. Face à la Chine, elle commence à nommer clairement le problème. Face à son propre budget, elle doit arbitrer entre ambition et cohésion. Ces trois dossiers ont un point commun : ils obligent les 27 à décider ensemble, sans pouvoir continuer à différer.
Et vous, pensez-vous que l’Union européenne adopte la bonne stratégie face à la Chine ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : Euronews
