Accord UE-Mercosur : l’Uruguay avertit l’Europe que la Chine attend

Accord UE-Mercosur : l’Uruguay avertit l’Europe que la Chine attend

Le ministre des Affaires étrangères de l’Uruguay, Mario Lubetkin, a lancé un avertissement direct à Bruxelles : ratifiez l’accord UE-Mercosur, ou cédez l’Amérique du Sud à la Chine. Derrière ce message, une réalité géopolitique concrète. Pékin est déjà le premier partenaire commercial de l’Uruguay depuis quatorze ans. L’Europe, elle, s’enlise dans une procédure juridique qui pourrait durer jusqu’en 2027 ou 2028.

En bref

  • Les quatre pays du Mercosur ont ratifié l’accord en deux mois seulement.
  • En Europe, le Parlement européen a gelé la procédure en attendant un avis de la Cour de justice de l’UE.
  • La Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Uruguay depuis quatorze ans.
  • L’Uruguay préside Mercosur pour six mois et veut accélérer les négociations avec d’autres blocs.

Un accord ratifié côté Mercosur, bloqué côté européen

Le message de Lubetkin est simple. Le Mercosur a fait sa part. Les quatre pays membres – Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay – ont ratifié l’accord en à peine deux mois. Un délai jugé exceptionnel par le ministre uruguayen.

« Des gouvernements de droite comme de gauche y ont tous consenti », a-t-il souligné lors d’une visite à Bruxelles. « Nous considérons que c’est d’une importance stratégique, non seulement pour nous, mais aussi pour l’Europe. »

Côté européen, la situation est bien différente. Le pilier commercial de l’accord fonctionne déjà à titre provisoire depuis le 1er mai. Mais l’accord d’association complet n’est pas encore en vigueur.

Chiffres clés

  • 20 ans : durée des négociations avant la conclusion politique de l’accord UE-Mercosur.
  • 2 mois : délai dans lequel les 4 pays du Mercosur ont ratifié l’accord.
  • 14 ans : ancienneté de la Chine comme premier partenaire commercial de l’Uruguay.
  • 1 an ou plus : délai estimé pour l’avis de la Cour de justice de l’UE.
  • 2027-2028 : fourchette probable pour une ratification complète côté européen.
Contexte

  • En janvier 2026, le Parlement européen a demandé un avis à la Cour de justice de l’UE sur la compatibilité juridique de l’accord, suspendant de facto la procédure de ratification.
  • L’Uruguay assure la présidence tournante de Mercosur et entend organiser en décembre le premier forum commercial UE-Mercosur.
  • L’administration Trump exerce des pressions croissantes sur les pays d’Amérique latine pour contenir l’influence chinoise dans la région.
Poignée de main diplomatique entre représentants européens et sud-américains lors d'une réunion officielle
Les négociations UE-Mercosur durent depuis plus de vingt ans. (image générée avec IA Gemini)

Le Parlement européen, principal obstacle à la ratification

En janvier 2026, le Parlement européen a voté pour saisir la Cour de justice de l’UE. La question posée : l’architecture juridique de l’accord est-elle compatible avec les traités européens ?

La réponse de la Cour pourrait prendre plus d’un an. En attendant, la procédure est suspendue. Lubetkin dit ne pas douter de l’issue finale. Mais il admet que le calendrier reste incertain.

« Je ne sais pas si ce sera en 2027 ou en 2028 », a-t-il déclaré. « C’est la décision de l’Europe. De notre côté, le processus est terminé. »

L’Uruguay ne compte pas attendre. Pendant sa présidence de six mois à la tête de Mercosur, Montevideo travaille avec les services du commissaire européen au Commerce pour avancer sur la coopération commerciale. Le premier forum commercial UE-Mercosur est prévu en décembre.

La Chine, alternative évidente si l’Europe recule

Lubetkin n’a pas tourné autour du pot. Interrogé sur le rôle de la Chine en cas d’échec du rapprochement avec l’UE, sa réponse a été directe : « Évidemment. »

Pékin est devenu le premier partenaire commercial de l’Uruguay il y a quatorze ans déjà. Cette réalité donne du poids à l’avertissement uruguayen. L’Europe reste la première source d’investissements pour le pays. Les États-Unis dominent dans les services. Mais le commerce, lui, est déjà largement orienté vers la Chine.

Pour Lubetkin, le risque est clair : si l’UE tarde trop, d’autres puissances combleront le vide. « Si l’Europe rejette cet accord, les conséquences seront bien plus lourdes pour elle que pour nous », a-t-il affirmé.

L’Uruguay joue sur plusieurs tableaux à la fois

La position uruguayenne ne se résume pas à un choix entre l’Europe et la Chine. Lubetkin revendique une diplomatie commerciale tous azimuts.

« Nous ne travaillons pas avec la Chine contre les États-Unis », a-t-il insisté. « Nous travaillons avec la Chine, avec les États-Unis et avec l’Union européenne. »

Pendant la présidence uruguayenne de Mercosur, le bloc vise aussi des accords commerciaux avec :

  • le Canada
  • les Émirats arabes unis
  • l’Inde
  • les pays de l’Asean
  • des partenaires africains

Cette diversification semble indiquer que le Mercosur construit une stratégie indépendante des pressions géopolitiques, qu’elles viennent de Washington ou de Bruxelles.

La pression de Trump et le refus de choisir un camp

L’administration Trump pousse les pays d’Amérique latine à contenir l’influence chinoise. L’Uruguay résiste à cette logique de blocs.

Lubetkin rejette toute idée d’isolement de son pays malgré un contexte régional de plus en plus conservateur. Il cite la visite récente du président chilien Gabriel Boric comme exemple de coopération pragmatique au-delà des étiquettes politiques.

« Que les gouvernements soient de droite ou de gauche, les pays ont besoin les uns des autres », affirme-t-il. « La coopération devient plus importante que les étiquettes politiques. »

Ce positionnement reflète la ligne du gouvernement de centre gauche uruguayen, en place depuis mars 2025.

Navires de commerce chinois déchargeant des marchandises dans un port d'Amérique latine
La Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Uruguay depuis quatorze ans. (image générée avec IA Gemini)

Un accord gagnant-gagnant, mais une fenêtre qui se referme

Lubetkin décrit l’accord UE-Mercosur comme un « saut qualitatif » pour les deux régions. Il insiste sur la nature bidirectionnelle de la relation.

Pour l’Europe, l’accord représente des flux d’investissements plus importants, une croissance économique renforcée et de nouveaux emplois. Pour le Mercosur, il ouvre l’accès au premier marché intérieur du monde.

« Notre région dispose elle aussi d’une importante capacité d’investissement », souligne Lubetkin. « La dynamique est bidirectionnelle. »

Mais le temps presse. L’accord a gagné en importance stratégique depuis cinq ans, précisément parce que le commerce mondial est de plus en plus structuré par la rivalité entre grandes puissances. L’Europe tarde, et d’autres acteurs avancent.

Ce qu’il faut retenir

  • Le Mercosur a ratifié l’accord UE-Mercosur en deux mois – l’Europe est toujours bloquée.
  • La Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Uruguay depuis 14 ans.
  • L’Uruguay multiplie les négociations commerciales avec d’autres blocs sans attendre Bruxelles.
  • Le Parlement européen a suspendu la ratification, renvoyant la question à la Cour de justice de l’UE.
  • L’avertissement uruguayen est clair : l’Europe perdra de l’influence en Amérique du Sud si elle tarde.

Le Mercosur n’attendra pas indéfiniment

La visite de Lubetkin à Bruxelles portait un message stratégique. L’Uruguay ne menace pas, il constate. L’Amérique du Sud diversifie ses partenaires commerciaux à grande vitesse. L’Europe reste un partenaire privilégié pour l’investissement. Mais si la ratification s’enlise encore plusieurs années, la place disponible pour l’influence européenne dans la région pourrait se réduire considérablement.

« Si l’Europe avance, les deux parties y gagneront », a conclu Lubetkin. « Sinon, le Mercosur continuera d’ouvrir de nouvelles portes ailleurs. »

Et vous, pensez-vous que l’Europe tarde trop à ratifier l’accord UE-Mercosur ? Partagez votre analyse en commentaire.

Sources : Euronews

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Où en est la ratification de l'accord UE-Mercosur en 2026 ?
Les quatre pays du Mercosur ont ratifié l’accord en deux mois. Côté européen, le Parlement a saisi la Cour de justice de l’UE en janvier 2026 pour vérifier la compatibilité juridique de l’accord. La procédure est suspendue dans l’attente de cet avis, qui pourrait prendre plus d’un an. Une ratification complète avant 2027 ou 2028 semble peu probable.
Pourquoi la Chine est-elle mentionnée dans le débat sur l'accord UE-Mercosur ?
La Chine est le premier partenaire commercial de l’Uruguay depuis quatorze ans. Pour Montevideo, si l’Europe tarde ou abandonne l’accord, Pékin représente une alternative commerciale naturelle. L’Uruguay l’affirme clairement : d’autres puissances combleront le vide laissé par une Europe hésitante.
Quelle est la position de l'Uruguay entre les États-Unis, l'Europe et la Chine ?
L’Uruguay revendique une diplomatie équilibrée. Le pays refuse de choisir un camp et entretient des relations commerciales avec la Chine, les États-Unis et l’Union européenne simultanément. Malgré les pressions de l’administration Trump, Montevideo maintient cette ligne de non-alignement commercial.
Quels autres accords commerciaux le Mercosur négocie-t-il en parallèle ?
Pendant la présidence uruguayenne de Mercosur, le bloc cherche à conclure des accords commerciaux avec le Canada, les Émirats arabes unis et l’Inde. Il travaille aussi à renforcer ses liens avec les pays de l’Asean et des partenaires africains.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *