Détroit d’Ormuz fermé : comment la Chine empêche l’explosion des prix du pétrole
Depuis près de six mois, le détroit d’Ormuz est bloqué. Les négociations entre Washington et Téhéran n’aboutissent pas. Pourtant, le prix du baril n’a pas dépassé les 100 dollars durablement. Ce paradoxe s’explique par deux phénomènes : des passages clandestins organisés chaque nuit, et surtout, une Chine qui n’achète presque plus de pétrole. Tant que Pékin reste en retrait, les marchés tiennent. Mais cette situation a une limite dans le temps.
- Le détroit d’Ormuz est bloqué depuis environ six mois, bloquant les flux pétroliers du golfe Persique.
- Des pétroliers traversent le détroit clandestinement chaque nuit, radars éteints et feux coupés.
- La Chine a fortement réduit ses importations de pétrole et dispose de six mois de réserves.
- Tant que Pékin ne revient pas sur les marchés, les prix restent sous pression limitée.
Des pétroliers fantômes dans la nuit du golfe Persique
Chaque nuit, des pétroliers éteignent leurs radars et coupent leurs feux de navigation. Leur objectif : franchir discrètement le détroit d’Ormuz. Cette stratégie clandestine a été mise au jour par Kpler, entreprise spécialisée dans l’analyse des flux pétroliers mondiaux.
Les analystes de Kpler ont repéré un phénomène étrange : des navires stationnés en pleine mer d’Arabie se remplissaient de pétrole sans qu’aucune source visible ne l’explique. L’enquête a révélé un système de transfert de cargaisons organisé juste après le passage du détroit.
Homayoun Falakshahi, responsable des analyses pétrolières chez Kpler, décrit le mécanisme : « Il y a une flotte de navires dédiée au passage, uniquement là pour charger le pétrole dans le golfe Persique. Une fois qu’ils franchissent le détroit, ils transfèrent leur cargaison vers d’autres bateaux. » Selon lui, entre six et dix navires traversent chaque jour dans les deux sens.
Le média américain Axios, citant des responsables américains, va plus loin. Il évoque une vingtaine de passages par nuit, certains escortés par l’armée américaine. Ces chiffres sèment le doute sur la réalité du blocus.
- 14 millions de barils par jour : volume exporté depuis le golfe Persique avant la crise.
- 9 millions de barils par jour : volume exporté actuellement via les passages clandestins, selon Kpler.
- 300 000 barils par jour seulement au début du conflit, quand le blocus était effectif.
- 6 à 7 % : baisse de la demande mondiale en pétrole depuis le début de la crise.
- 6 mois : durée estimée pendant laquelle la Chine peut tenir sur ses réserves sans importer.
- Le détroit d’Ormuz est le point de passage obligé d’environ 20 % du pétrole mondial. Sa fermeture perturbe les marchés énergétiques depuis le début du conflit entre les États-Unis et l’Iran.
- La Chine est historiquement le plus grand importateur de pétrole en provenance du Moyen-Orient. Son comportement sur les marchés influence directement les prix mondiaux.
- Kpler est une entreprise de données spécialisée dans le suivi des flux d’énergie. Ses analyses font référence sur les marchés financiers et pétroliers.

De 300 000 à 9 millions de barils : un blocus qui fuit de partout
Au début du conflit, les exportations depuis le golfe Persique s’étaient effondrées à 300 000 barils par jour. Un chiffre infime face aux 14 millions habituels. Aujourd’hui, les flux remontent à 9 millions de barils. C’est encore en dessous de la normale, mais cela suffit à éviter une panique totale sur les marchés.
Cette remontée est directement liée aux passages nocturnes. Les pétromonarchies du golfe ont organisé un système ingénieux : des navires légers et rapides franchissent le détroit dans l’obscurité, puis transfèrent leur cargaison à de plus gros tankers qui attendent en haute mer. Le pétrole repart ensuite vers ses destinations habituelles.
Ce système semble indiquer que le blocus est moins hermétique qu’annoncé. Il renforce l’hypothèse que les belligérants tolèrent une certaine perméabilité, pour éviter une escalade économique incontrôlable.
La Chine, arbitre silencieux des prix mondiaux
L’autre facteur clé est moins visible, mais peut être lu comme le plus structurant : le recul de la demande chinoise. À l’échelle mondiale, la consommation de pétrole a chuté de 6 à 7 %. L’Asie en est la principale cause, et la Chine en est le moteur.
Pékin est le premier acheteur de pétrole exporté depuis le Moyen-Orient. Sa montée en puissance sur les marchés peut faire grimper les prix en quelques semaines. Son absence produit l’effet inverse.
Homayoun Falakshahi, de Kpler, est direct : « Tant que la Chine ne revient pas très fortement sur les marchés internationaux pour acheter et importer du pétrole, les prix ne devraient pas exploser. » La Chine, sans le dire, joue un rôle de stabilisateur de fait.
Pékin résiste grâce à ses réserves stratégiques
La raison pour laquelle la Chine peut se permettre de rester en retrait est simple : elle a constitué d’importantes réserves stratégiques. Selon les analyses de Kpler, même si le détroit ne rouvrait pas demain, Pékin pourrait tenir encore six mois sans avoir à acheter du pétrole sur les marchés internationaux.
Six mois. C’est à la fois long et court. Long, parce que cela donne du temps aux négociations américano-iraniennes. Court, parce que si aucun accord n’est trouvé d’ici là, la Chine devra revenir acheter. Et ce retour changerait tout.
Quand Pékin rouvrira les vannes de ses achats, la pression sur les prix sera immédiate. Les 100 dollars le baril redeviendront alors un plancher, pas un plafond.
Un équilibre précaire entre passages clandestins et attentisme chinois
Les deux phénomènes – les traversées nocturnes et le retrait chinois – se combinent pour contenir la hausse. Mais ils ne se compensent que partiellement. Le volume exporté reste 35 % en dessous de la normale. L’équilibre est fragile.
Si les États-Unis réduisent leur escorte militaire nocturne, les passages deviennent plus risqués. Si la Chine accélère sa consommation ou voit ses réserves baisser plus vite que prévu, elle reviendra acheter plus tôt. Dans les deux cas, les prix repartiraient à la hausse.
La situation actuelle peut être interprétée comme un calme forcé, maintenu par deux variables indépendantes qui pourraient évoluer simultanément dans le mauvais sens.
- Des pétroliers traversent discrètement Ormuz chaque nuit, radars éteints, pour contourner le blocus.
- Les exportations sont remontées à 9 millions de barils/jour, contre 300 000 au début du conflit.
- La Chine a réduit ses achats de pétrole et tient sur ses réserves pour encore six mois environ.
- Son retour sur les marchés internationaux pourrait provoquer une forte hausse des prix.
- L’équilibre actuel est fragile et dépend de facteurs qui peuvent évoluer rapidement.

Six mois de répit – pas plus
L’horloge tourne. Le système actuel fonctionne parce que les deux amortisseurs – le contournement du blocus et l’absence chinoise – jouent simultanément. Mais ni l’un ni l’autre n’est garanti dans la durée. Si les négociations entre Washington et Téhéran n’avancent pas, le détroit restera fermé. Et dans six mois, la Chine n’aura plus le choix.
Et vous, pensez-vous que la Chine utilise ses réserves pétrolières comme levier diplomatique ? Dites-le en commentaire.
Sources : Franceinfo
