Guangdong veut rattraper Beijing dans la course aux talents de l’IA
La province de Guangdong a accueilli cette semaine près de 40 étudiants en informatique de l’Université Tsinghua. Ce déplacement n’est pas anodin : derrière cette visite se cache une offensive calculée pour attirer les futurs fondateurs de startups d’IA. Le problème est que Guangdong, berceau des fondateurs de DeepSeek et Moonshot, continue de les voir partir s’installer ailleurs.
- Guangdong organise des tournées de séduction auprès des élites de Tsinghua pour attirer les talents en IA.
- Beijing concentre 19 des 50 meilleures entreprises IA chinoises, Guangdong seulement 10.
- La province mise sur des subventions financières, ses usines et ses coûts de vie plus abordables.
Berceau de fondateurs, mais pas de leurs startups
Le paradoxe est frappant. Liang Wenfeng, fondateur de DeepSeek, a étudié à l’Université du Zhejiang et a finalement choisi Hangzhou pour lancer son fonds quantitatif et son laboratoire d’IA. Yang Zhilin, fondateur de Moonshot AI, a obtenu son doctorat à Carnegie Mellon avant de créer sa startup à Beijing en 2023. Ni l’un ni l’autre n’a posé ses bagages en Guangdong.
Ce schéma illustre un problème structurel. Les talents passent par la province, parfois y grandissent, mais vont créer de la valeur ailleurs. Guangdong veut inverser cette tendance.
- 19 des 50 meilleures entreprises IA chinoises sont basées à Beijing, 14 à Shanghai, 10 à Guangzhou et Shenzhen combinées (Hurun Research Institute).
- Guangzhou offre jusqu’à 10 millions de yuans (1,5 million de dollars) de subventions aux entrepreneurs sélectionnés.
- Shenzhen verse jusqu’à 1,8 million de yuans sur trois ans aux talents qualifiés.
- Le district de Haizhu à Guangzhou a lancé un plan d’incitation subventionnant jusqu’à 5 millions de yuans d’usage de tokens par entreprise.
- Près de 40 étudiants de Tsinghua ont participé à la tournée organisée cette semaine en Guangdong.
- Guangdong est la première province manufacturière de Chine, avec des villes comme Shenzhen et Guangzhou au coeur de son tissu industriel.
- Hangzhou s’est imposée comme un nouveau pôle d’IA avec des entreprises comme DeepSeek et Unitree Robotics, concurrençant directement Beijing et Shanghai.
- Hefei et Wuhan montent en puissance autour des géants des semi-conducteurs ChangXin Memory Technologies et YMTC.

Un déficit académique difficile à combler
Les experts identifient une cause profonde à ce retard. Guangdong n’a pas la même densité universitaire que Beijing ou la région du delta du Yangtsé. Peng Peng, président exécutif du groupe de réflexion Guangdong Society of Reform, est direct : la province ne détient même pas un avantage significatif face à des villes comme Hefei, Wuhan ou Chengdu.
Ce constat est sévère pour une région qui génère le PIB le plus élevé de Chine. Avoir de l’argent et des usines ne suffit pas pour former des chercheurs en IA de haut niveau. Il faut des décennies pour construire un écosystème académique compétitif.
L’atout industriel comme argument de différenciation
Guangdong mise sur ce qu’elle a que les autres n’ont pas : une base manufacturière d’envergure mondiale. Peng Peng souligne que cette infrastructure permet de déployer des applications d’IA dans des contextes variés, rapides et concrets. Robots d’entrepôt, contrôle qualité automatisé, logistique intelligente – les entreprises locales ont des terrains d’expérimentation immédiatement disponibles.
Jin Dingjian, fondateur de MagicAI à Guangzhou et ancien de Tsinghua, avance un autre argument lors de la tournée. À Beijing, une startup est noyée dans la masse. En Guangdong, elle peut capter davantage l’attention des pouvoirs publics et bénéficier d’un soutien plus ciblé.
Des subventions et des partenariats stratégiques pour peser dans la balance
La province ne se contente pas de discours. Les autorités ont multiplié les annonces concrètes. Guangzhou et Shenzhen ont chacune déployé des enveloppes financières substantielles pour attirer les ingénieurs et entrepreneurs qualifiés.
Le district de Haizhu a publié un plan en huit articles pour subventionner l’usage de tokens IA – un signal clair en faveur des développeurs d’applications. Parallèlement, la province a renforcé son partenariat avec Alibaba dans les domaines de l’IA, des infrastructures de calcul et des services publics intelligents.
Le coût de la vie comme argument inattendu
Un facteur joue en faveur du Sud, et il est souvent sous-estimé : le coût de la vie. Beijing et Shanghai affichent des loyers et des dépenses du quotidien qui pèsent lourd pour un jeune ingénieur en début de carrière. Guangzhou et Shenzhen offrent une qualité de vie comparable à un coût souvent inférieur.
Sur les 10 étudiants de Tsinghua sondés par le SCMP lors de la tournée, trois ont choisi Guangdong et trois ont choisi Beijing. Un exprimait un intérêt pour les deux. Les trois derniers ont simplement dit qu’ils suivraient la meilleure offre. Cette hésitation semble être le meilleur résultat possible pour Guangdong aujourd’hui.

Une compétition nationale qui s’intensifie
La course aux talents en IA ne se joue plus seulement entre Beijing et Shanghai. Des villes de second rang comme Hangzhou, Hefei ou Wuhan ont investi massivement et commencent à produire des champions nationaux. Guangdong entre tard dans cette compétition interne, mais avec des ressources considérables.
La tournée Tsinghua est un premier signal. Elle montre que la province comprend désormais que l’argent seul ne suffit pas. Il faut aller chercher les talents là où ils se forment, leur montrer ce que la région offre, et espérer changer leur représentation mentale d’une province perçue comme industrielle mais pas technologique.
- Guangdong accueille les fondateurs de DeepSeek et Moonshot, mais ceux-ci ont créé leurs startups ailleurs.
- Beijing domine l’IA chinoise avec 19 des 50 meilleures entreprises du secteur.
- La province mise sur ses usines, ses subventions et ses coûts de vie plus accessibles pour attirer les talents.
- Des villes comme Hangzhou, Hefei et Wuhan concurrencent directement Guangdong dans cette course.
- Le sondage des étudiants de Tsinghua montre une indécision qui laisse une porte ouverte à la province.
Guangdong peut-elle changer son image avant qu’il soit trop tard ?
La province a les moyens financiers et l’infrastructure. Ce qui lui manque, c’est une réputation d’excellence académique et une image de hub technologique qui attire spontanément les meilleurs profils. Construire cette image prend du temps. Les tournées, les subventions et les partenariats stratégiques sont des premiers pas. Mais la fenêtre d’opportunité se rétrécit à mesure que Hangzhou, Hefei et Wuhan consolident leur avance.
Et vous, pensez-vous que Guangdong peut devenir un véritable pôle mondial de l’IA, ou cette fenêtre est-elle déjà en train de se refermer ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post
