Hong Kong : deux militants condamnés pour avoir commémoré Tiananmen, l’Europe réagit
Deux figures du mouvement prodémocratie hongkongais viennent d’être reconnues coupables d’incitation à la subversion. Leur crime : avoir organisé des veillées commémorant le massacre de Tiananmen. Ce verdict suscite une vive réaction de la France, de l’Allemagne et de l’Union européenne, qui y voient la preuve d’un effondrement de l’État de droit à Hong Kong.
- Chow Hang-tung, 41 ans, et Lee Cheuk-yan, 69 ans, ont été condamnés pour incitation à la subversion.
- Ils organisaient chaque année des commémorations du massacre de la place Tiananmen de 1989.
- La France, l’Allemagne et l’UE dénoncent le verdict et appellent à leur libération immédiate.
- Les deux militants risquent jusqu’à dix ans de prison. La peine sera prononcée ultérieurement.
Un verdict qui criminalise la mémoire de Tiananmen
Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan dirigeaient l’Alliance de Hong Kong en Soutien aux Mouvements Patriotiques et Démocratiques en Chine. Pendant des années, ils ont organisé des veillées annuelles à la mémoire des victimes de la répression de 1989. Ce sont précisément ces actes qui ont conduit à leur arrestation en 2021, sous couvert de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin en 2020.
Vendredi 21 août, trois juges désignés par le gouvernement hongkongais les ont déclarés coupables d’incitation à la subversion. Selon leur raisonnement, l’appel de l’Alliance à « mettre fin à la dictature du parti unique » ne visait pas à une réforme politique. Il visait, selon eux, à « renverser » et à « saper » le statut dirigeant du Parti communiste, inscrit dans la Constitution chinoise.
- 10 ans : peine maximale encourue par les deux condamnés
- 2020 : entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong
- 2021 : date d’inculpation de Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan
- 1989 : année du massacre de la place Tiananmen, dont la commémoration est désormais criminalisée
- Hong Kong a été rétrocédée au Chine par le Royaume-Uni en 1997 sous le principe « un pays, deux systèmes », censé garantir des libertés spécifiques jusqu’en 2047.
- La loi sur la sécurité nationale de 2020 a de facto démantelé le mouvement prodémocratie et conduit à des centaines d’arrestations.
- Chow Hang-tung est lauréate du prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit en 2023.

L’interprétation judiciaire au cœur du débat
Lors du procès, Lee Cheuk-yan a défendu sa position devant le tribunal. Il a affirmé que l’objectif n’était pas de mettre fin au Parti communiste, mais de progresser vers la démocratie et de permettre aux Hongkongais de choisir librement leurs dirigeants.
Les juges n’ont pas retenu cet argument. Ils ont estimé que le terme « fin », utilisé dans les slogans de l’Alliance, signifiait concrètement « renverser » le pouvoir. Ils ont ajouté que les accusés avaient continué à promouvoir cet objectif après l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, sachant que cela contrevenait à la Constitution. Les magistrats ont insisté : les deux militants n’étaient pas poursuivis pour leurs opinions, mais pour leurs appels à l’action.
Cette distinction, centrale dans le verdict, est précisément ce que contestent les défenseurs des droits humains. Pour Eric Lai, chercheur senior au Georgetown Center for Asian Law, cette affaire envoie un signal clair à toute la société civile hongkongaise.
« La modération ne protège plus » : l’analyse des observateurs
Eric Lai formule une conclusion sévère. Tous ceux qui pensaient que renoncer à la violence et agir dans le respect de la loi suffirait à les protéger doivent revoir cette hypothèse. « La modération des moyens employés n’offre aucune protection si l’objectif lui-même est considéré comme contraire à la Constitution », a-t-il déclaré.
Ce verdict peut être lu comme une étape supplémentaire dans le démantèlement systématique de la société civile hongkongaise. Les structures permettant de perpétuer la mémoire de Tiananmen ont été, selon lui, criminalisées puis démantelées méthodiquement depuis 2020.
Paris, Berlin et Bruxelles haussent le ton
La réaction internationale n’a pas tardé. La France et l’Allemagne ont publié un communiqué commun le vendredi 21 août, exprimant leur profond regret face au verdict. Les deux pays appellent à « la libération immédiate » de Chow Hang-tung et exhortent « les autorités de Pékin et de Hong Kong au respect des droits et libertés civils ».
Le communiqué rappelle explicitement le rôle de la militante : « La défense pacifique des droits de l’Homme ne constitue pas un crime. » Paris et Berlin soulignent que Chow Hang-tung a œuvré « sans relâche » à promouvoir les droits humains à Hong Kong et en Chine.
L’Union européenne a adopté un ton similaire, mais avec une portée plus large. La porte-parole pour les Affaires étrangères, Anitta Hipper, a déclaré que ce verdict :
- « confirme la détérioration continue des libertés d’expression et de réunion » à Hong Kong
- « sape la confiance dans l’État de droit » par des poursuites à motivation politique
- illustre « la réduction progressive de l’espace laissé à une société civile indépendante »
L’UE a rappelé que la Loi fondamentale, mini-Constitution de Hong Kong, garantit formellement la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique. Bruxelles exhorte les autorités à respecter ces engagements.
Londres parle de « menace pour la sécurité nationale » même pour les actes pacifiques
Du côté britannique, Rosie Winterton, ministre chargée de la région Indo-pacifique au Foreign Office, a réagi avec la même fermeté. Elle a estimé que ce verdict démontre que même des actes pacifiques de commémoration sont désormais perçus par les autorités comme des menaces pour la sécurité nationale.
Hong Kong a été rétrocédée au Royaume-Uni par la Chine en 1997, sous le régime dit « un pays, deux systèmes ». Ce cadre devait garantir des libertés spécifiques jusqu’en 2047. Les condamnations successives de figures du mouvement prodémocratie semblent indiquer que cet équilibre s’est fortement réduit bien avant cette échéance.

Un mouvement prodémocratie largement neutralisé depuis 2020
Ce verdict s’inscrit dans une série de condamnations. Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale en 2020, l’ancien mouvement prodémocratie hongkongais a été en grande partie démantelé. Des centaines de militants, avocats, journalistes et élus ont été arrêtés, contraints à l’exil ou réduits au silence.
L’Alliance de Hong Kong en Soutien aux Mouvements Démocratiques et Patriotiques de Chine a elle-même été condamnée dans le cadre de cette affaire. Elle avait été dissoute en 2021, peu après l’arrestation de ses dirigeants.
- Deux militants hongkongais condamnés pour incitation à la subversion, pour avoir commémoré Tiananmen.
- La France, l’Allemagne et l’UE dénoncent le verdict et réclament leur libération immédiate.
- Les deux accusés risquent jusqu’à dix ans de prison, la peine n’a pas encore été prononcée.
- Pour les observateurs, ce verdict signifie que même les actes pacifiques ne protègent plus face à la loi sur la sécurité nationale.
- Hong Kong a vu son espace civique considérablement réduit depuis l’entrée en vigueur de cette loi en 2020.
Hong Kong, un signal envoyé bien au-delà de la ville
Cette affaire dépasse le sort de deux individus. Elle renforce l’hypothèse que la transformation de Hong Kong en matière de libertés civiques est désormais profonde et durable. La condamnation de militants qui n’ont jamais recouru à la violence, pour des actes de commémoration et des slogans politiques, semble indiquer que la frontière entre dissidence légale et subversion a été redéfinie de façon radicale.
Et vous, comment analysez-vous cette évolution à Hong Kong ? Partagez votre point de vue dans les commentaires.
Sources : Euronews
