Xi Jinping : comment un enfant de l’élite est devenu président à vie de la Chine
En novembre 2012, poing levé et visage impénétrable, Xi Jinping prête serment lors du 18e congrès du Parti communiste chinois. En moins d’une décennie, cet héritier de l’élite du PCC – mis à l’écart pendant une partie de sa jeunesse – a consolidé un pouvoir absolu sans précédent depuis Mao. Sa méthode repose sur un paradoxe : une image de guide rassurant, doublée d’une répression féroce de toute opposition.
- Xi Jinping accède à la tête du PCC en novembre 2012, succédant à Hu Jintao.
- Plus de 1,5 million de cadres du parti ont été sanctionnés dans sa campagne anticorruption.
- Il s’impose aussi comme leader des BRICS, un bloc qui représente plus d’un tiers du PIB mondial.
Un serment, une image, un projet de pouvoir
Le 15 novembre 2012, Xi Jinping est désigné secrétaire général du Parti communiste chinois. Il succède à Hu Jintao à la tête du Comité permanent du Bureau politique – l’instance décisionnelle suprême du pays.
Dès le début, il travaille son image avec soin. En octobre 2022 à Yan’an, il s’adresse à une poignée d’habitants en plein air. Style sobre : un imperméable gris anthracite boutonné jusqu’au cou. Ton paternaliste, presque chaleureux. « Si ça vous fait pleurer, nous devons y prêter attention », dit-il aux habitants, qui acquiescent en riant.
Cette mise en scène est calculée. Xi Jinping incarne le dirigeant proche du peuple, attentif au « bien-être » de chacun. Mais derrière ce sourire que certains comparent à celui de la Joconde, une logique de contrôle total se met en place.
- Plus de 1,5 million de cadres du PCC sanctionnés dans la campagne anticorruption de Xi Jinping.
- 61 absents sur 376 participants lors de la dernière session plénière du PCC en octobre 2025.
- Les BRICS, dont la Chine est le moteur, réunissent plus de la moitié de la population mondiale et 10 pays membres.
- La part des BRICS dans le PIB mondial dépasse celle du G7.
- 5 des 6 généraux concentrant le pouvoir militaire autour de Xi Jinping ont été évincés.
- Xi Jinping est issu de l’élite du PCC, mais a été traité comme un paria pendant la Révolution culturelle, une partie de sa jeunesse.
- La campagne anticorruption qu’il a lancée reprend le nom d’une purge initiée par Mao au début des années 1960 : « la chasse aux tigres et aux moucherons ».
- Le documentaire « Le Monde selon Xi Jinping » (Arte, réalisé par Sophie Lepault et Romain Franklin) a recueilli le témoignage de Ming Xia, ancien membre du PCC.

La purge comme outil de consolidation du pouvoir
Lors de la dernière session plénière du PCC, en octobre 2025, 61 membres sur 376 sont absents. La seule raison officiellement admise pour ne pas assister : un motif médical. Leur absence signe une nouvelle vague de sanctions.
La campagne anticorruption de Xi Jinping a touché plus de 1,5 million de cadres du parti depuis son arrivée au pouvoir. Ming Xia, ancien membre du PCC, le dit clairement dans le documentaire d’Arte : « Avec leurs familles, cela représente la population d’un petit pays. C’est à cela que l’on voit que Xi Jinping est devenu un dictateur sans pitié. »
L’appareil militaire n’est pas épargné. Sur les six généraux qui concentraient le pouvoir militaire autour de lui, un seul a conservé son poste. Les autres ont été victimes de cette même logique d’épuration.
Un pouvoir absolu qui ne souffre aucune alternative
La trajectoire de Xi Jinping peut être lue comme une montée en puissance méthodique. Chaque institution – parti, armée, administration – a été progressivement alignée sur sa seule volonté.
Cette concentration du pouvoir n’a pas d’équivalent depuis Mao Zedong. Xi Jinping n’est pas seulement secrétaire général du Parti : il est aussi président de la République et chef des armées. Ces trois fonctions, réunies en une seule main, ne connaissent plus de limite constitutionnelle depuis la suppression de la clause limitant les mandats présidentiels en 2018.
Les réseaux sociaux chinois abondent de vidéos de propagande à sa gloire. Son image est omnipresente, façonnée comme celle d’un guide historique, indispensable et irremplaçable.
Xi Jinping, architecte d’un nouvel ordre mondial
Sur la scène internationale, Xi Jinping se positionne comme le leader naturel des pays émergents. Les BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud et cinq autres membres – représentent aujourd’hui plus d’un tiers du PIB mondial. Ce bloc dépasse désormais le G7 en poids économique global.
Les dirigeants étrangers ne cachent pas leur admiration. Lula, ancien président du Brésil, dit admirer « la façon dont il a développé la Chine en si peu de temps ». Dilma Rousseff, aujourd’hui à la tête de la Nouvelle Banque de Développement des BRICS, estime qu’il « va fortement marquer ce siècle de son empreinte ».
Cette influence extérieure renforce sa légitimité intérieure. Xi Jinping ne gouverne pas seulement la Chine : il prétend incarner une alternative au modèle occidental, au nom d’un « monde émergent » qu’il façonne selon sa propre pensée.
Un parcours paradoxal : du paria à l’homme le plus puissant du monde
La trajectoire personnelle de Xi Jinping reste l’un des paradoxes les plus frappants de son histoire. Fils d’un cadre du PCC mis à l’écart sous Mao, il a lui-même été traité comme un paria pendant une partie de sa jeunesse. Pourtant, c’est précisément au sein de ce même système qu’il a construit son ascension.
Cette expérience du rejet semble avoir forgé une ambition particulière : non pas simplement accéder au pouvoir, mais le rendre indiscutable. Chaque purge, chaque réforme institutionnelle, chaque discours public semble obéir à cette logique de verrouillage.
Il n’y a aujourd’hui aucun successeur visible, aucun rival toléré, aucune voix discordante audible au sein du Parti. Xi Jinping a construit un système à son image : centralisé, opaque et durable.
- Xi Jinping a transformé la présidence chinoise en pouvoir personnel sans limite constitutionnelle depuis 2018.
- Plus de 1,5 million de cadres du PCC ont été sanctionnés dans sa campagne anticorruption.
- Son image publique de guide rassurant contraste avec une répression interne systématique.
- Il positionne la Chine comme leader des BRICS face aux pays du G7.
- Aucun successeur visible n’existe aujourd’hui au sein du Parti communiste chinois.

Un règne qui redéfinit les règles du jeu mondial
Xi Jinping n’est pas simplement le dirigeant le plus puissant de Chine depuis Mao. Il semble avoir réussi à faire de son règne une norme, intériorisée par le Parti, acceptée par une grande partie de la population, et respectée – ou crainte – par ses partenaires internationaux. La main de fer reste, mais elle se serre toujours avec le sourire.
Et vous, comment analysez-vous la montée en puissance de Xi Jinping sur la scène mondiale ? Partagez votre point de vue en commentaire.
Sources : France Info
