Xi Jinping : comment la Chine a fusionné Mao et Deng pour conquérir le monde
Depuis son accession au pouvoir, Xi Jinping mène une stratégie unique : marier l’héritage autoritaire de Mao Zedong avec l’ouverture économique de Deng Xiaoping. Cette synthèse n’est pas anodine. Elle constitue le moteur d’une Chine conquérante, qui cherche à remodeler l’ordre mondial à son avantage. Les Nouvelles routes de la soie en sont l’instrument le plus visible – et le plus controversé.
- Xi Jinping opère une synthèse entre le maoïsme autoritaire et le capitalisme de Deng Xiaoping.
- Les Nouvelles routes de la soie placent les pays partenaires sous influence économique et politique de Pékin.
- En 2017, Xi Jinping est le premier président chinois à inaugurer le Forum de Davos.
Une synthèse idéologique inédite au service d’une ambition mondiale
Xi Jinping ne cache pas son ambition : rendre à la Chine sa splendeur passée. Sa formule ressemble à un écho du slogan trumpiste, mais appliqué à Pékin – « Make China great again ». Pour y parvenir, il a construit une doctrine hybride. D’un côté, la discipline et l’autorité du modèle maoïste. De l’autre, l’ouverture économique lancée par Deng Xiaoping au début des années 1980.
Cette combinaison n’est pas un compromis. C’est un projet politique assumé. Xi Jinping veut démontrer qu’un État à parti unique peut dominer l’économie mondiale sans adopter le modèle libéral occidental. Davos, en janvier 2017, en a fourni la démonstration la plus spectaculaire.
- 2017 : première fois qu’un président chinois inaugure le Forum économique mondial de Davos.
- 99 ans : durée du bail forcé accordé à la Chine sur un port stratégique du Sri Lanka.
- 6 minutes : durée du film de propagande dans lequel Xi Jinping explique l’origine des Nouvelles routes de la soie.
- 2026 : Madagascar, les Seychelles et l’île Maurice interdisent le survol de leur territoire au président taïwanais, à la demande de Pékin.
- Les Nouvelles routes de la soie, lancées en 2013, sont un programme d’investissements massifs en infrastructures reliant la Chine à l’Asie, l’Afrique et l’Europe.
- Deng Xiaoping a ouvert l’économie chinoise au marché dans les années 1980, générant une croissance sans précédent mais sans remettre en cause le monopole politique du Parti communiste.
- Xi Jinping, au pouvoir depuis 2012, a supprimé la limite de mandats présidentiels en 2018, consolidant son contrôle sur le pays.

Davos 2017 : la Chine s’empare du discours libre-échangiste
Le 15 janvier 2017, Xi Jinping monte sur la scène du Forum de Davos. C’est une première historique. Jamais un président chinois n’avait ouvert cet événement, symbole du capitalisme mondial. Son discours surprend : il défend la libéralisation économique et le libre-échange. L’assistance est déstabilisée.
Mais ce discours peut être lu comme un acte stratégique. Au moment où Donald Trump venait d’être élu sur un programme protectionniste, la Chine se posait en défenseur de l’ordre économique mondial. Ce repositionnement semble indiquer une volonté de Pékin d’occuper le vide laissé par un Occident en repli sur lui-même.
Devant les cadres du Parti communiste, Xi Jinping est plus explicite : « Nous allons créer une communauté de destin commun pour l’humanité et engager la réforme du système de gouvernance mondiale. » Les deux discours, l’un pour l’Occident, l’autre pour les siens, révèlent une double stratégie bien rodée.
Les Nouvelles routes de la soie : un outil d’influence redoutable
Dans un film de propagande, Xi Jinping raconte l’origine personnelle de son projet : « C’est dans ma province du Shanxi que se situait le point de départ de l’ancienne route. J’ai l’impression d’entendre encore les cloches des chameaux dans le désert. » Le récit est construit pour séduire.
Derrière la narration historique, le mécanisme est précis. Les pays partenaires reçoivent des financements chinois pour construire des ports, des routes et des chemins de fer. Mais quand ils ne peuvent pas rembourser, ils perdent le contrôle de leurs infrastructures.
Le cas du Sri Lanka illustre ce risque. Incapable de rembourser ses dettes, le pays a cédé à Pékin la gestion de son port de Hambantota pour 99 ans. Une partie de son territoire est devenue une enclave chinoise. Jean-Maurice Ripert, ancien ambassadeur de France à Pékin de 2017 à 2019, souligne une réalité linguistique révélatrice : « N’oubliez jamais que Zhōngguó en chinois ne veut pas dire ‘l’Empire du milieu’, cela veut dire ‘le centre du monde’. »
Une influence qui s’étend jusqu’aux espaces aériens africains
L’influence des Nouvelles routes de la soie ne se limite pas aux infrastructures. Elle touche aussi la souveraineté politique des États partenaires. Au printemps 2026, à la demande de Pékin, Madagascar, les Seychelles et l’île Maurice interdisent le survol de leur territoire au président taïwanais. Ce dernier est contraint d’annuler son voyage officiel en Eswatini – le seul pays africain à maintenir des relations diplomatiques avec Taïwan.
Cet épisode illustre la portée réelle des accords signés avec Pékin. Les contreparties ne sont pas toujours économiques. Elles peuvent être politiques, et parfois décisives.
L’armée chinoise assume une ambition coloniale décomplexée
En 2018, lors d’un voyage d’étude organisé par le ministère de la Défense chinois, des journalistes occidentaux ont assisté à un échange révélateur. Un général de l’Armée populaire de Chine répondait à une question sur les ambitions de Pékin en Afrique. Sa réponse était directe : « Vous avez bien tenté de coloniser le monde, et notamment l’Afrique. Pourquoi ne pourrions-nous pas essayer de réussir là où vous avez échoué ? »
Cette déclaration, prononcée sans détour devant la presse étrangère, renforce l’hypothèse que la Chine de Xi Jinping a définitivement abandonné la posture de puissance émergente discrète. Elle revendique ouvertement un rôle dominant dans les affaires mondiales.

Un modèle qui défie l’ordre occidental sans le rejoindre
La stratégie de Xi Jinping repose sur une contradiction apparente : utiliser les outils du capitalisme mondial pour imposer un modèle qui lui est opposé. Les routes de la soie, Davos, les accords bilatéraux – tout cela sert un objectif unique. Pékin ne cherche pas à intégrer l’ordre libéral. Il cherche à le transformer de l’intérieur.
Cette approche duale – autoritaire à l’intérieur, multilatéraliste en apparence à l’extérieur – définit ce que certains analystes appellent le « modèle chinois ». Son efficacité tient à sa capacité à s’adapter aux règles du jeu occidental tout en les réécrivant progressivement.
- Xi Jinping fusionne le contrôle politique maoïste et l’ouverture économique de Deng Xiaoping.
- Les Nouvelles routes de la soie créent des dépendances financières qui se transforment en influence politique.
- Le discours de Davos 2017 marque l’entrée officielle de la Chine dans le jeu des grandes puissances mondiales.
- Certains pays partenaires perdent une partie de leur souveraineté en échange de financements chinois.
- L’armée chinoise assume publiquement une ambition de puissance globale, sans euphémisme.
La Chine de Xi Jinping redessine les règles du jeu mondial
La stratégie de Xi Jinping n’est pas une improvisation. C’est un projet cohérent, construit sur des décennies d’histoire chinoise et appliqué avec méthode depuis 2012. Entre discipline intérieure et expansion extérieure, entre rhétorique libre-échangiste et contrôle des flux, la Chine s’impose comme un acteur incontournable – mais selon ses propres règles.
Et vous, comment analysez-vous la montée en puissance de la Chine sur la scène mondiale ? Partagez votre point de vue en commentaire.
Sources : franceinfo
