Antimatter veut rivaliser avec CoreWeave en misant sur les modèles IA chinois
Une startup fondée à Hong Kong en mai dernier cible le marché mondial de l’infrastructure IA. Antimatter mise sur les modèles chinois open-weight pour offrir aux entreprises une alternative aux géants américains du cloud. La promesse : des coûts réduits, une souveraineté des données renforcée – et un milliard d’euros de revenus d’ici 2028.
- Antimatter est un fournisseur de cloud spécialisé IA, créé par trois sociétés américaine, française et suisse.
- La société déploie des modèles IA chinois comme Qwen d’Alibaba dans des infrastructures locales en Europe.
- Elle vise 100 centres de données et 40 000 GPU d’ici fin 2025, puis 400 000 GPU d’ici 2030.
- Un client français a réduit ses coûts IA de 40 % grâce à cette approche.
Le neo-cloud, un marché en pleine ébullition
Le secteur dit du « neo-cloud » connaît une croissance explosive. Ces fournisseurs proposent des infrastructures cloud spécialement conçues pour les charges de travail IA, qui tournent sur des puces GPU haute performance. CoreWeave, l’un des leaders du secteur, a vu son cours de Bourse bondir de 19 % après avoir annoncé un doublement de son chiffre d’affaires en un an. Nebius Group, autre acteur de référence, a progressé de 34 % après une croissance de ses revenus de 454 %.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le lancement d’Antimatter. La société est née de la réunion de trois entités : Data Factory, fournisseur américain d’énergie, PoliCloud, opérateur français de centres de données modulaires, et HiveNet, plateforme suisse d’inférence IA. Leur cible commune : les clients qui veulent sortir de l’orbite des hyperscalers américains.
- 40 % : réduction des coûts IA constatée pour un client français après migration vers des modèles chinois
- 40 000 GPU visés d’ici fin 2025, dans 100 centres de données PoliCloud
- 400 000 GPU et 1 000 centres de données d’ici 2030
- 1 milliard d’euros de revenus visés en 2028
- 300 millions d’euros levés en financement equity, dont la clôture est attendue début 2026
- Les modèles IA chinois open-weight, comme Qwen d’Alibaba, offrent des performances élevées à moindre coût, ce qui attire des clients en Europe et au Moyen-Orient.
- Les réglementations européennes sur la protection des données poussent les entreprises à localiser leur traitement en dehors des plateformes américaines.
- Nvidia reste le fournisseur dominant de GPU pour l’IA, mais des alternatives asiatiques gagnent du terrain pour les applications moins exigeantes.

Des modèles chinois comme levier commercial
L’essor des modèles IA chinois est au cœur de la stratégie d’Antimatter. Queenie Chan, directrice marketing de la société, cite un exemple concret. Un cabinet comptable français tech-savvy dépensait 50 000 euros par mois en calcul cloud américain pour des tâches comme le traitement de documents. Après son rachat par un groupe plus grand, il devait à la fois réduire ses coûts et garantir que ses données restent en Europe.
Antimatter a déployé deux modèles Qwen – la famille de grands modèles de langage d’Alibaba – dans une infrastructure française. Résultat : une réduction des coûts de 40 %. Chan précise que l’identité du client reste confidentielle, mais l’exemple illustre bien le positionnement d’Antimatter : substituer des modèles américains fermés par des alternatives chinoises open-weight, hébergées localement.
Cette approche répond à une demande croissante. Selon Chan, des entreprises en Europe et au Moyen-Orient multiplient les demandes de renseignements. Les préoccupations sont doubles : le coût d’abord, mais aussi la souveraineté des données. Utiliser les modèles frontière américains signifie souvent que les données partent hors du territoire européen, ce qui pose problème au regard des règles locales.
Pourquoi les modèles fermés américains ne suffisent plus
Antimatter part d’un constat : les modèles dits « frontier », développés par OpenAI, Anthropic ou Google, ne pourront pas satisfaire l’ensemble de la demande mondiale à venir. Leur coût d’utilisation reste élevé. Leur dépendance à des infrastructures américaines pose des questions juridiques dans de nombreux pays. Et leur nature fermée – le code source n’est pas accessible – limite les possibilités d’adaptation.
Les modèles open-weight chinois, eux, peuvent être déployés directement sur des serveurs locaux. Cela permet aux entreprises de garder la main sur leurs données. C’est également moins coûteux, puisque ces modèles ne nécessitent pas forcément les GPU les plus puissants du marché.
Chan note d’ailleurs que les puces chinoises gagnent en popularité dans ce contexte. Elles proposent souvent des « solutions full-stack », avec un logiciel optimisé pour les modèles chinois intégré directement au matériel. Antimatter travaille avec des fournisseurs de puces en Chine continentale, en Corée du Sud et à Taïwan.
Une montée en puissance rapide planifiée jusqu’en 2030
Le calendrier d’expansion est ambitieux. D’ici la fin 2025, Antimatter prévoit de déployer 100 centres de données PoliCloud, représentant plus de 40 000 GPU. D’ici 2030, elle vise 1 000 centres et plus de 400 000 GPU. La société lève actuellement 300 millions d’euros en financement equity et espère boucler cette levée début 2026.
Les revenus devraient « croître de façon exponentielle » dans les 18 à 24 prochains mois, selon Chan. L’objectif annoncé est d’atteindre un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2028.
Hong Kong, un choix stratégique au carrefour de l’Asie
Le choix de Hong Kong comme siège social n’est pas anodin. La ville offre un accès à la chaîne d’approvisionnement asiatique en matière de centres de données, une logistique solide et un statut de place financière internationale. Ce dernier point prend de l’importance alors que Nvidia vient d’annoncer des partenariats avec BlackRock, Blackstone et Goldman Sachs pour mobiliser plus de 500 milliards de dollars de capitaux tiers dans l’infrastructure IA.
Antimatter se positionne donc à l’intersection de plusieurs tendances : la demande croissante en infrastructure IA, la montée des modèles chinois open-weight, et le besoin de souveraineté numérique hors des États-Unis. C’est précisément ce croisement qui semble constituer son avantage distinctif.
- Antimatter est une startup neo-cloud fondée à Hong Kong en mai 2025.
- Elle déploie des modèles chinois open-weight pour remplacer les solutions américaines.
- Un client français a réduit ses coûts IA de 40 % grâce à cette approche.
- La société vise 400 000 GPU et 1 milliard d’euros de revenus d’ici 2030.
- Le choix de Hong Kong reflète une stratégie d’ancrage dans la chaîne d’approvisionnement asiatique.

Un pari sur la fracture de l’IA mondiale
L’essor d’Antimatter semble être le signe d’une fracture structurelle dans le marché de l’IA. D’un côté, les grands modèles américains fermés, coûteux et soumis à des contraintes géopolitiques. De l’autre, des modèles chinois open-weight performants, moins chers et déployables localement. Entre les deux, des entreprises en Europe, au Moyen-Orient et en Asie cherchent un troisième chemin. Antimatter veut être ce chemin – et transforme cette tension en modèle d’affaires.
Pensez-vous que les modèles IA chinois peuvent réellement concurrencer OpenAI ou Google en Europe ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post
