Sommet Trump-Xi : l’IA, grand absent d’une rencontre aux allures de théâtre diplomatique
Trump et Xi Jinping ont quitté Washington vendredi 26 septembre sans le moindre accord sur l’intelligence artificielle. Ce résultat – ou plutôt cette absence de résultat – est au cœur des critiques formulées par des experts et des élus américains. Alors que les deux superpuissances se livrent une course effrénée au développement de l’IA, leur sommet de trois jours a surtout produit des images, un prolongement de trêve commerciale de deux mois et une tasse de thé partagée. L’occasion de poser un premier cadre de dialogue technologique entre Pékin et Washington a été manquée. La question est de savoir si c’est délibéré.
- Première visite d’un président chinois à la Maison-Blanche depuis plus d’une décennie.
- Aucun accord sur l’IA, malgré la présence des plus grands noms de la tech américaine au dîner d’État.
- La seule décision concrète : une prolongation de deux mois de la trêve commerciale sino-américaine.
- Deux autres sommets Trump-Xi sont prévus avant la fin de l’année.
Un sommet de trois jours pour quels résultats concrets ?
La visite de Xi Jinping à Washington était chargée de symboles. C’était la première fois depuis plus d’une décennie qu’un président chinois franchissait les portes de la Maison-Blanche pour une visite d’État. Trump l’a accueilli sur le tarmac de la base aérienne commune Andrews, rompant avec le protocole habituel réservé aux alliés démocratiques. Les deux dirigeants ont visité les Archives nationales, où sont conservés la Déclaration d’indépendance et la Constitution américaine.
Au-delà du protocole, les résultats tangibles restent maigres. La seule annonce politique notable est une prolongation de deux mois de la trêve commerciale. Trump a évoqué des « grands progrès » et des agriculteurs satisfaits, sans préciser lesquels. Xi Jinping, de son côté, a déclaré que les États-Unis et la Chine avaient la « responsabilité de développer et gérer l’IA pour le bien commun ».
- 3 jours de sommet entre Trump et Xi à Washington, du 23 au 26 septembre.
- 2 mois : durée de la prolongation de la trêve commerciale, seul accord concret du sommet.
- 90 % : taux de pénétration des terminaux intelligents de nouvelle génération et des agents IA que la Chine vise d’ici 2030.
- 928 milliards de dollars : la fortune d’Elon Musk, présent au dîner d’État selon Bernie Sanders.
- 2 nouveaux sommets Trump-Xi prévus d’ici fin 2026 (APEC à Shenzhen en novembre, G20 à Miami en décembre).
- Xi Jinping avait formulé lors de son arrivée à Washington une vision de co-gouvernance de l’IA, réclamant que le développement technologique reste « sous contrôle humain ».
- La course à l’IA entre Pékin et Washington s’est intensifiée depuis le lancement de DeepSeek début 2025, qui a démontré que la Chine pouvait rivaliser avec les modèles américains même avec des puces moins avancées.
- Les deux dirigeants se retrouveront encore deux fois avant la fin de l’année : Xi accueillera Trump au sommet de l’APEC à Shenzhen en novembre, puis au G20 à Miami en décembre.

Les géants de la tech américaine au dîner, mais sans leurs homologues chinois
Le jeudi soir, Trump a organisé un dîner d’État en smoking. La liste des invités côté américain était éloquente : Elon Musk de Tesla et SpaceX, Jensen Huang de Nvidia, Lisa Su d’AMD et Tim Cook d’Apple. Des acteurs dont les entreprises sont directement engagées dans la compétition technologique avec la Chine.
Mais aucun représentant des entreprises chinoises de l’IA n’était présent. Pas de Liang Wenfeng de DeepSeek, pas d’équipe de Moonshot AI ou d’Alibaba. Cette asymétrie dit beaucoup sur l’état réel du dialogue technologique entre les deux pays. La course à l’IA se joue entre deux écosystèmes qui refusent encore de se parler directement, même quand leurs dirigeants se retrouvent à la même table.
Il faut noter une coïncidence troublante avec la couverture médiatique : pendant que des journalistes américains étaient exclus de la Maison-Blanche, les médias d’État chinois y étaient autorisés. Une image qui n’a pas échappé aux observateurs.
L’IA auto-améliorante : le vrai sujet que personne n’a voulu saisir
Pour comprendre pourquoi les critiques sont aussi vives, il faut saisir ce que les experts appelaient de leurs vœux. Ro Khanna, le principal démocrate de la commission parlementaire sur la Chine, a résumé l’occasion manquée avec une franchise rare. Il estime que Trump aurait pu proposer la création de groupes de travail techniques réunissant des entreprises comme DeepSeek, Moonshot et Alibaba côté chinois, et Anthropic, OpenAI et Google Gemini côté américain, avec pour objectif une pause sur l’IA dite « auto-améliorante ».
L’IA auto-améliorante désigne des systèmes capables de modifier leur propre code pour devenir plus performants, sans intervention humaine. C’est précisément ce type de développement que certains experts considèrent comme une menace existentielle pour l’humanité. Khanna affirme que Xi Jinping aurait accepté au moins les groupes de travail techniques. Mais Trump n’en a pas voulu.
Trump est resté concentré sur un autre sujet : rebaptiser l’intelligence artificielle en « super intelligence ». Il a même affirmé sur les réseaux sociaux que Xi « semble apprécier » ce terme, sans préciser en quoi cela changerait quoi que ce soit aux dynamiques du secteur.
Deux dirigeants qui veulent accélérer, quel que soit le risque
Jonathan Czin, chercheur au Brookings Institution à Washington, a formulé le paradoxe le plus net. Il a décrit le sommet comme « du théâtre de l’absurde en lieu et place d’une rencontre à la hauteur du moment ». Son observation la plus frappante porte sur les deux protagonistes eux-mêmes : deux hommes âgés qui décident de l’avenir d’une technologie qu’ils n’ont peut-être jamais utilisée directement.
Au-delà de la personnalité des dirigeants, la logique des deux pays converge vers la même direction : ni Pékin ni Washington ne veut ralentir. Xi Jinping a rappelé la cible chinoise de 90 % de pénétration des terminaux intelligents et des agents IA d’ici 2030. Trump a répété sa conviction que les États-Unis doivent « forger leur avance » sur la Chine. Deux accélérateurs face à face, sans arbitre.
Ce parallèle rappelle la dynamique des courses aux armements nucléaires du XXe siècle. Ro Khanna lui-même a cité l’accord Reagan-Gorbatchev sur les armes nucléaires pour souligner ce que ce sommet aurait pu être – et n’a pas été.
La diplomatie personnelle comme substitut à la stratégie
Ce que ce sommet révèle surtout, c’est la nature de la relation Trump-Xi. Les deux hommes entretiennent visiblement un rapport de séduction mutuelle. Trump montre ses projets à Xi – le chantier de la salle de bal de la Maison-Blanche, le nouveau pad d’hélicoptère – et lui fait visiter la galerie des présidents où Biden apparaît sous une forme moqueuse. Xi admire le granit. Trump commente la différence entre 250 ans d’histoire américaine et 6 000 ans de civilisation chinoise.
Cette chaleur personnelle produit des photos, mais peu de politique. Le sénateur Chuck Schumer a résumé l’approche de Trump en ces termes : agir selon qui le flatte au moment où cela se passe, où se trouve l’opportunité photographique et quel titre de presse il convoite. Une critique sévère, mais difficile à contredire au regard des résultats.
Un article publié sur Chinecroissance avant le sommet avait analysé comment ce type de sommet profite structurellement à Pékin : Xi repart sans concessions, la trêve commerciale est prolongée de deux mois et aucun accord sur l’IA ou Taïwan n’est signé.

Taïwan et l’Iran dans l’ombre de l’IA
Les deux dirigeants ont également abordé les guerres en Iran et en Ukraine, ainsi que la question de Taïwan. Aucun communiqué détaillé n’a été publié sur ces sujets. Comme lors de la visite de Trump à Pékin en mai, aucune conférence de presse conjointe n’a eu lieu.
Cette absence de transparence est en elle-même un signal. Les décisions sur Taïwan, l’un des sujets les plus sensibles de la relation sino-américaine, ne sortent pas dans la presse. Ce qui se dit dans ces échanges privés reste privé. Pour les alliés régionaux et européens, c’est une source d’inquiétude durable.
Un agenda chargé qui donne une seconde chance
La bonne nouvelle, si l’on peut l’appeler ainsi, est que le calendrier offre d’autres occasions. Xi accueillera Trump au sommet de l’APEC à Shenzhen en novembre. En décembre, le G20 se tiendra au Trump National Doral Miami. Deux nouvelles fenêtres d’opportunité pour tenter de poser les bases d’un dialogue technologique.
Mais rien n’indique aujourd’hui que la volonté politique existera pour les saisir. Czin du Brookings a conclu que le sommet de Washington avait réussi à décevoir même ses très basses attentes. Passer du mezzanine au sous-sol, c’est son image. Elle dit tout.
- Aucun accord sur l’IA n’a été conclu, malgré des attentes élevées de la communauté technologique et scientifique.
- La seule décision concrète est une prolongation de deux mois de la trêve commerciale sino-américaine.
- Les deux dirigeants veulent accélérer le développement de l’IA, pas le réguler ensemble.
- L’absence de représentants chinois de la tech au dîner d’État illustre la profondeur du fossé technologique entre les deux pays.
- Deux nouveaux sommets Trump-Xi sont prévus avant la fin de l’année, offrant de nouvelles occasions de dialogue.
Ce sommet confirme une tendance lourde : la diplomatie personnelle entre Trump et Xi produit de la chaleur relationnelle, mais peu de substance stratégique. Pékin joue habilement cette dynamique. Xi repart sans avoir cédé quoi que ce soit sur l’IA, Taïwan ou le commerce, pendant que Trump célèbre des « grands progrès » sans les nommer. La Chine continue d’avancer sur son agenda IA avec une cible de 90 % de pénétration des agents intelligents d’ici 2030, pendant que Washington refuse même de créer un groupe de travail technique commun. L’absence d’accord n’est pas un échec symétrique : dans une course où les deux pays accélèrent, refuser de dialoguer avantage celui qui a le moins besoin de coordination pour avancer – et qui a le plus besoin de temps pour combler l’écart sur les puces. Pour l’Europe, spectatrice de ce non-dialogue, le signal est clair : si les deux superpuissances ne veulent pas co-réguler l’IA, personne ne le fera à leur place.
Un sommet qui pose une question simple : qui en a besoin ?
Le bilan de Washington n’est pas celui d’une occasion ratée par erreur. C’est celui d’une occasion non saisie par choix. Trump ne voulait pas ralentir. Xi non plus. Le dialogue technologique entre les deux premières puissances mondiales reste en suspens, et les deux prochains sommets de l’année n’offriront de résultats que si l’une ou l’autre des parties change d’approche. Ce n’est pas certain.
Et vous, pensez-vous qu’un accord sur l’IA entre Washington et Pékin est encore possible en 2026 ? Dites-le en commentaire.
Sources : The Guardian
