Hong Kong : deux militants de la mémoire de Tiananmen déclarés coupables d’incitation à la subversion
Vendredi 21 août, deux figures de la commémoration de Tiananmen à Hong Kong ont été déclarées coupables d' »incitation à la subversion ». Lee Cheuk-yan, 69 ans, et Chow Hang-tung, 41 ans, dirigeaient l’Alliance de Hong Kong, le groupe qui organisait chaque année les veillées au parc Victoria. Ce verdict marque une étape supplémentaire dans l’effacement de la mémoire du 4 juin 1989 sur le territoire, et suscite de vives réactions internationales.
- Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung ont été reconnus coupables d' »incitation à la subversion » à Hong Kong.
- Ils dirigeaient l’Alliance de Hong Kong, groupe dissous qui organisait les commémorations annuelles de Tiananmen.
- Ils encourent jusqu’à 10 ans de prison. La sentence sera prononcée à une date ultérieure.
- L’Allemagne, la France, Taïwan et le Royaume-Uni ont réagi en dénonçant ce verdict.
Des militants condamnés pour avoir maintenu la mémoire du 4 juin
Pendant des décennies, Hong Kong a été l’un des rares endroits du territoire chinois où commémorer publiquement la répression de Tiananmen était possible. Cette exception est désormais révolue. Les deux accusés ont été condamnés pour avoir « incité d’autres personnes à organiser, planifier, commettre ou participer à des actions par des moyens illégaux en vue de renverser le pouvoir de l’État ». Les juges ont néanmoins précisé qu’ils n’avaient « jamais employé ou promu la violence ».
Ce paradoxe est au cœur du verdict : condamnés pour subversion, non pour des actes violents, mais pour avoir maintenu une revendication – la fin du régime de parti unique – jugée incompatible avec la loi sur la sécurité nationale.
- 10 ans : peine maximale encourue par les deux condamnés
- 69 ans : âge de Lee Cheuk-yan, figure historique du mouvement prodémocratie
- 41 ans : âge de Chow Hang-tung, avocate et militante
- 2020 : année d’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong
- 1989 : date de la répression de Tiananmen, dont la commémoration est désormais interdite
- En juin 1989, l’armée chinoise réprime violemment des manifestants place Tiananmen à Pékin. Depuis, toute commémoration publique est interdite en Chine continentale.
- En 2020, Pékin impose une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong après de massives manifestations prodémocratie en 2019. Cette loi criminalise la subversion, la sécession et la collusion avec des puissances étrangères.
- L’Alliance de Hong Kong, dissoute depuis, était le principal organisateur des veillées annuelles au parc Victoria, rassemblant chaque année des dizaines de milliers de personnes.

La loi de sécurité nationale, instrument du tournant répressif
Adoptée en juin 2020, la loi sur la sécurité nationale a profondément transformé le cadre juridique de Hong Kong. Elle a permis de dissoudre des organisations civiles, de poursuivre des militants et d’interdire des commémorations jusqu’alors tolérées. L’Alliance de Hong Kong a elle-même été dissoute dans ce contexte.
Selon les juges, le fait que les accusés aient continué à réclamer la « fin du régime de parti unique » après l’entrée en vigueur de cette loi constitue une violation de la constitution chinoise. Les magistrats estiment qu’ils « voulaient endommager la confiance dans le Parti communiste chinois en attisant l’hostilité et en semant la division ».
Cette formulation semble indiquer que la simple expression d’une opinion politique peut suffire à caractériser l’infraction, même sans recours à la violence.
Hong Kong et Macao : la fin d’une exception historique
Jusqu’en 2020, Hong Kong et Macao représentaient une singularité dans l’espace chinois. Seuls ces deux territoires permettaient des commémorations publiques du 4 juin. Des dizaines de milliers de personnes se réunissaient chaque année au parc Victoria pour des veillées aux bougies, organisées par l’Alliance depuis 1990.
Ce droit d’exception a disparu avec la loi sur la sécurité nationale. Les veillées ont d’abord été suspendues sous prétexte sanitaire en 2020 et 2021, avant d’être définitivement interdites. Le procès de Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung peut être lu comme la conclusion juridique de ce tournant.
Des réactions internationales vives mais divisées
Le verdict a suscité des condamnations dans plusieurs pays. Taïwan a appelé la Chine à « arrêter les persécutions politiques » et demandé la libération immédiate des détenus. Son Conseil des affaires continentales a exprimé « son profond regret et sa profonde tristesse ».
L’Allemagne et la France ont joint leurs voix pour dénoncer le verdict visant Chow Hang-tung et appeler à sa « libération immédiate ». Leur communiqué ne mentionne pas Lee Cheuk-yan. Du côté britannique, la ministre chargée de l’Indo-Pacifique, Rosalie Winterton, a estimé qu’il s’agit « d’une nouvelle démonstration que même les actes pacifiques de commémoration à Hong Kong sont désormais considérés comme des menaces pour la sécurité nationale ».
Amnesty International dénonce « une nouvelle étape sinistre »
Pour Fernando Cheung, porte-parole d’Amnesty International, le jugement est « consternant ». Il « marque une nouvelle étape sinistre dans la campagne délibérée du gouvernement » pour effacer l’héritage des militants. Cette lecture renforce l’hypothèse que le verdict s’inscrit dans une stratégie plus large de neutralisation des voix dissidentes à Hong Kong.
La peine n’a pas encore été prononcée. Elle le sera à une date ultérieure. Avec jusqu’à 10 ans d’emprisonnement encourus, les deux militants risquent de passer une part importante de leur vie derrière les barreaux pour avoir organisé des veillées aux bougies.
- Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung sont condamnés pour incitation à la subversion, sans avoir eu recours à la violence.
- La loi sur la sécurité nationale de 2020 a mis fin aux commémorations publiques de Tiananmen à Hong Kong.
- Les deux militants encourent jusqu’à 10 ans de prison. La sentence sera prononcée ultérieurement.
- France, Allemagne, Taïwan et Royaume-Uni ont condamné le verdict et appelé à des libérations.
- Ce jugement semble indiquer qu’exprimer une opinion politique peut suffire à constituer une infraction sous la loi de sécurité nationale.

Une mémoire sous pression, un signal envoyé bien au-delà de Hong Kong
Ce verdict ne concerne pas seulement deux militants. Il envoie un message clair à toute la société civile hongkongaise : commémorer le 4 juin, même pacifiquement, expose désormais à des poursuites pénales lourdes. L’Alliance de Hong Kong est dissoute. Ses dirigeants sont jugés. Les veillées sont interdites. La mémoire de Tiananmen à Hong Kong se heurte désormais à un mur juridique construit pièce par pièce depuis 2020.
Et vous, pensez-vous que la communauté internationale dispose encore de leviers réels pour défendre les libertés à Hong Kong ? Donnez-nous votre avis en commentaire.
Sources : France Info
