Puces analogiques chinoises : la vague de hausses crée un avantage sur les noeuds matures
Une série de fabricants de puces analogiques chinoises augmente ses prix, dans le sillage des leaders mondiaux. Cette vague tarifaire, alimentée par la demande tirée par l’IA et la hausse des coûts en amont, redessine l’équilibre du secteur. Pour la Chine, qui accélère sur les noeuds matures, c’est une fenêtre rare pour gagner des parts de marché sans rogner les marges. Mais le défi majeur se déplace vers la sécurisation des volumes, plus que vers le niveau des prix.
Pourquoi les prix grimpent sur l’analogique
La réévaluation en cours touche l’ensemble de la chaîne des semi-conducteurs, et les composants analogiques ne font pas exception. Ces puces traitent des signaux continus du monde réel, comme le son, la température ou la lumière, et sont omniprésentes dans l’électronique. Elles jouent un rôle clé dans la conversion AC-DC, la régulation de tension et l’isolation de signaux en environnements à haute tension.
Deux moteurs dominent. D’abord, les coûts amont ont augmenté, des produits chimiques aux gaz, en passant par l’énergie et la logistique. Ensuite, la demande liée à l’IA explose. L’essor des centres de données dédiés à l’IA, et la densité de puissance croissante des baies serveurs, stimulent fortement les besoins en circuits analogiques et de gestion de l’alimentation. La demande progresse aussi dans les drones, la robotique et les véhicules autonomes.
- Texas Instruments : hausse de prix pouvant atteindre +85 % sur certains produits, à effet en avril.
- Part de la capacité mondiale 22-40 nm en Chine : 25 % en 2024, attendue à 42 % en 2028.
- SMIC : capacité mensuelle fin 2025 de 1,06 million d’équivalents tranches 8 pouces, soit environ +110 000 sur un an, taux d’utilisation moyen 93,5 %.
- Hua Hong : environ 486 000 tranches par mois, avec une utilisation supérieure à 100 %.
- Les puces analogiques sont majoritairement fabriquées sur des noeuds matures où la précision prime sur la densité de transistors, avec un basculement progressif des lignes 8 pouces vers des usines 12 pouces.
- Les fonderies de pointe, mobilisées par la forte demande en puces IA avancées, limitent la disponibilité pour l’analogique, ce qui accentue les tensions de capacité.
- La Chine est en retard sur le très avancé en raison de contraintes structurelles et de contrôles à l’export américains, mais elle comble l’écart sur les noeuds matures.
- Le principal risque pour les industriels en aval est la continuité d’approvisionnement afin de tenir les calendriers de production.

Les acteurs chinois s’alignent sur la hausse mondiale
Plusieurs concepteurs de circuits analogiques en Chine ont annoncé des hausses : Novosense Microelectronics, SG Micro, Fortior Technology, Halo Microelectronics, Silan Micro et Kiwi Instruments. Ils s’alignent ainsi sur les géants internationaux comme Texas Instruments, Analog Devices, NXP, Infineon, Onsemi et STMicroelectronics.
Chez TI, une nouvelle grille tarifaire entre en vigueur en avril, avec des augmentations pouvant aller jusqu’à 85 % sur une sélection de produits. Novosense, actif dans les capteurs, les chaînes de signaux et la gestion de puissance, a informé ses clients d’un ajustement motivé par la volatilité persistante du marché des semi-conducteurs et par la hausse marquée des coûts des matériaux clés, des tranches de silicium aux intrants d’encapsulation (packaging).
Cette synchronisation des hausses laisse présager un rééquilibrage mondial. Si la mémoire a été le premier segment à montrer des hausses visibles, l’effet de diffusion gagne désormais l’analogique, du fait de l’interdépendance des maillons de la chaîne.
Des noeuds matures où la Chine accélère
Contrairement aux processeurs très avancés pour l’IA, l’analogique se fabrique essentiellement sur des noeuds matures. Or, la Chine a massivement investi dans ces capacités. Selon Semiconductor Equipment and Materials International, la part de la Chine dans la capacité mondiale aux noeuds dits « mainstream » entre 22 nm et 40 nm devrait passer de 25 % en 2024 à 42 % en 2028.
Dans ce contexte, la hausse des prix devient un levier concurrentiel. Elle ouvre un espace pour que des acteurs émergents en Chine puissent proposer des tarifs légèrement inférieurs à ceux de leurs homologues européens et américains, tout en préservant leurs marges. Autrement dit, les prix plus élevés au global atténuent l’écart de rentabilité avec les leaders historiques.
Parallèlement, la production analogique migre progressivement des lignes 8 pouces vers des usines 12 pouces sur noeuds matures, une transition déjà engagée chez des intégrés de premier plan comme TI. La Chine, qui a longtemps été contrainte sur le très avancé, profite ainsi d’une dynamique favorable là où se concentre la fabrication analogique.
Capacités sous tension : SMIC et Hua Hong en première ligne
Les fonderies chinoises montent en puissance. Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC) a terminé 2025 avec une capacité mensuelle logique de 1,06 million d’équivalents tranches 8 pouces, en hausse d’environ 110 000 sur un an, pour un taux d’utilisation moyen de 93,5 %. Chez Hua Hong, la capacité s’élève à environ 486 000 tranches par mois, avec une utilisation supérieure à 100 %.
Malgré ces expansions, l’offre peine à suivre. Deux raisons structurantes pèsent : l’analogique est souvent perçue comme plus commoditisée, ce qui freine les investissements sans contrats d’approvisionnement de long terme, et les fonderies d’avant-garde, absorbées par les puces IA, arbitrent leurs lignes au détriment de l’analogique. Le résultat est un goulot d’étranglement sur les noeuds matures.
Au total, la demande tirée par l’IA déborde vers l’analogique et la gestion de puissance, amplifiant la tension sur les capacités. Les hausses de coûts amont sont répercutées aux clients par les fonderies, renforçant le mouvement global de renchérissement.
Le principal enjeu : sécuriser l’approvisionnement
Pour de nombreux produits finaux, la part des puces analogiques dans la nomenclature coûts reste modeste. Le cœur du sujet n’est donc pas tant le surcoût unitaire que la capacité des industriels en aval à garantir un approvisionnement suffisant pour tenir leurs cadences. Les délais, les volumes fermes et la priorité d’allocation deviennent déterminants.
Dans cet environnement, les acheteurs pourraient avoir intérêt à nouer des accords de plus longue durée, à diversifier leurs sources et à anticiper davantage leurs besoins. Les fabricants chinois, en particulier, bénéficient d’une conjoncture où la rareté relative et le niveau de prix leur permettent de gagner du terrain sur les noeuds matures, tout en finançant l’extension de capacités.
- Une vague mondiale de hausses atteint l’analogique, avec jusqu’à +85 % chez TI.
- La Chine accélère sur les noeuds matures, avec une part de capacité 22-40 nm projetée à 42 % en 2028.
- Les capacités de SMIC et Hua Hong tournent à haut régime, signe d’une demande forte et durable.
- Le risque clé pour les industriels en aval : sécuriser les volumes, plus que le niveau de prix.

Perspectives pour l’écosystème des semi-conducteurs en Chine
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Sources : SCMP
