Crise des hydrocarbures : la transition énergétique chinoise peut-elle vraiment s’accélérer ?
Ormuz, choc pétrolier et sécurité énergétique chinoise
La Chine a fait de la souveraineté énergétique une priorité. Cette obsession s’appuie sur des réserves stratégiques de pétrole capables, selon des experts, d’assurer probablement six mois d’autonomie (contre trois mois pour les pays européens). Un atout à l’heure où Ormuz se ferme.
Le choc est réel : 40 % des importations pétrolières chinoises transitent par ce détroit, et 90 % du pétrole iranien est destiné au marché chinois. Pékin doit donc amortir un risque d’approvisionnement majeur, tout en poursuivant son électrification et ses investissements dans les énergies propres.
Cette double pression – sécuritaire et industrielle – éclaire l’arbitrage immédiat : sécuriser l’offre par le charbon si nécessaire, et accélérer la substitution par le solaire, l’éolien et le nucléaire dès que possible.
- 625 milliards de dollars investis dans les énergies propres en 2024 (31 % du total mondial)
- 21,7 % de l’énergie consommée en 2025 issue de sources non fossiles, objectif 25 % d’ici 2030
- 40 % des importations pétrolières chinoises via Ormuz
- 90 % du pétrole iranien à destination de la Chine
- 50 % des véhicules vendus en 2024 sont électriques
- 28 % de la consommation énergétique assurée par l’électricité (AIE)
- Le charbon fournit environ la moitié de l’électricité produite
- 2025 : première baisse de l’électricité au charbon depuis 1972 (Carbon Brief)
- 2 millions de décès par an liés à la pollution de l’air (OMS)
- Union européenne 2025 : 30 % d’électricité renouvelable contre 29 % fossile
- La fermeture d’Ormuz renchérit les hydrocarbures et fragilise l’approvisionnement asiatique
- La Chine est à la fois premier émetteur de CO2 et premier investisseur dans le décarboné
- La transition énergétique chinoise vise autant l’indépendance que le climat
- L’électrification est déjà massive, mais largement alimentée par le charbon
- La qualité de l’air est une priorité du nouveau plan quinquennal

Électrification : une avance qui s’amplifie
La Chine s’illustre par une électrification rapide des usages. En 2024, un véhicule sur deux vendu est électrique. Et l’électricité représente déjà 28 % de la consommation énergétique (chiffres AIE). Cette dynamique répond à des impératifs industriels, technologiques et sanitaires.
Mais le système électrique reste encore intensif en charbon. Les centrales au charbon assurent environ la moitié de la production d’électricité. Autrement dit, l’électrification accélère, mais son bilan carbone dépend du mix. C’est là que la crise actuelle peut jouer un rôle d’aiguillon.
Charbon : amortisseur à court terme, paradoxe à gérer
À court terme, Pékin misera sur le charbon. Les capacités existent, la ressource est domestique et abondante (la Chine dispose des deuxièmes plus grandes réserves après les États-Unis). Dans une logique de gestion de choc, le charbon agit comme un amortisseur souverain.
Le paradoxe est connu : l’électrification peut progresser sans gains climatiques si elle est alimentée par le charbon. Toutefois, 2025 marque une inflexion : la production d’électricité à partir de charbon a diminué pour la première fois depuis 1972 (Carbon Brief). Les investissements dans le solaire et l’éolien ont libéré des surcapacités charbon, donnant de l’air au système.
Renouvelables et nucléaire : cap stratégique confirmé
La Chine est le premier investisseur mondial dans le décarboné, avec 625 milliards de dollars en 2024 (31 % du total mondial). En 2025, les sources non fossiles pèsent 21,7 % de la consommation d’énergie, et Pékin vise 25 % d’ici 2030. Ce cap répond d’abord à une logique d’indépendance et de compétitivité.
Le précédent européen est parlant : après l’invasion de l’Ukraine, l’Union européenne a accéléré et, en 2025, les renouvelables ont produit davantage d’électricité que les énergies fossiles (30 % contre 29 %). Face à Ormuz, l’Asie pourrait connaître son moment « ukrainien » ; des analystes jugent cette accélération en Chine tout à fait possible.
Au-delà des renouvelables, le nucléaire s’inscrit aussi dans la stratégie de long terme. L’objectif reste clair : réduire la dépendance aux hydrocarbures importés, sécuriser l’approvisionnement et stabiliser les coûts.
Air pur et société : des moteurs puissants
La transition énergétique a aussi un moteur sanitaire. La pollution de l’air cause 2 millions de décès par an selon l’OMS. Améliorer la qualité de l’air est une priorité du nouveau plan quinquennal. Cette exigence sociale nourrit la trajectoire bas-carbone.
La culture environnementale progresse, en particulier chez les jeunes générations, plus sensibles aux enjeux climatiques et aux comportements sobres. Cette évolution sociale soutient l’investissement massif dans les énergies renouvelables et la montée en puissance de technologies propres.

Ce que la crise peut changer dès maintenant
À très court terme, la Chine mobilisera davantage son charbon pour absorber le choc pétrolier, tout en s’appuyant sur ses réserves stratégiques. Mais la tendance structurelle reste au déploiement accéléré du solaire, de l’éolien et du nucléaire.
La crise d’Ormuz peut donc agir comme catalyseur : stimuler l’électrification, favoriser des arbitrages industriels en faveur du décarboné et ancrer la sécurité énergétique dans un mix plus propre. Accélérer ne garantit pas un gain climatique immédiat si le charbon comble l’écart, mais la trajectoire de fond se renforce.
- Choc d’approvisionnement : 40 % du pétrole chinois transitait par Ormuz, 90 % du pétrole iranien visait la Chine
- Filet de sécurité : réserves stratégiques suffisantes pour environ six mois selon des experts (contre trois mois en Europe)
- Moteur d’investissement : 625 Md$ en 2024, 21,7 % d’énergie non fossile en 2025, cap 25 % en 2030
- Paradoxe court terme : électrification en hausse mais électricité encore très charbonnée
- Signal 2025 : première baisse de l’électricité au charbon depuis 1972, grâce aux renouvelables
Perspectives à suivre
Votre avis nous intéresse : pensez-vous que la crise d’Ormuz va accélérer durablement la transition énergétique chinoise, ou renforcer le rôle du charbon à court terme ? Partagez vos arguments en commentaire.
Sources : France 24
