Cheng Li-wun en Chine : la cheffe du KMT mise sur l’apaisement avant la visite de Trump
Une visite rare qui rompt dix ans de silence
Arrivée à Shanghai le 7 avril, Cheng Li-wun est la première présidente du KMT à se rendre en Chine depuis une décennie. Son déplacement, qui inclut Shanghai, Nankin et Pékin, intervient dans un climat tendu. Pékin considère l’île comme une partie de son territoire et n’exclut pas la force. Taipei, de son côté, s’appuie sur le soutien de son partenaire américain en matière de sécurité.
Avant le départ, la responsable d’opposition a donné le cap : éviter toute guerre et retisser une confiance minimale. Elle a insisté pour rencontrer Xi Jinping durant le séjour, une séquence qui, si elle a lieu, enverrait un message politique fort à l’attention des deux rives – et au-delà.
- 6 jours : durée du voyage de Cheng Li-wun en Chine.
- 10 ans : première visite d’un président du KMT sur le continent depuis une décennie.
- Près de 40 milliards de dollars : plan d’achats d’armes américaines poussé auprès de Taipei.
- 39 milliards de dollars : projet gouvernemental taïwanais de modernisation de la défense.
- 12 milliards de dollars : montant que le KMT est prêt à approuver en premier volet.
- 11 milliards de dollars : vente d’armes approuvée par Washington en décembre, la plus importante depuis 2001.
- 14-15 mai (dates) : visite annoncée de Donald Trump à Pékin.
- Rupture des échanges à haut niveau entre Taipei et Pékin depuis 2016, après l’élection de Tsai Ing-wen (DDP).
- Pressions militaires chinoises accrues autour de Taïwan (survols d’avions de chasse, exercices navals).
- Le KMT défend un rapprochement pragmatique avec la Chine, sans renoncer à une défense jugée nécessaire par une partie du parti.
- Les États-Unis restent le principal garant de sécurité de Taïwan et multiplient les coopérations de défense.

Ce que Pékin et le KMT veulent obtenir
Cette visite sert plusieurs intérêts. Côté KMT, il s’agit de montrer que le parti peut réduire les tensions sans affaiblir la sécurité de l’île. Élevée à la tête de la formation en novembre, Cheng Li-wun a reçu les félicitations de Xi Jinping et cherche désormais des résultats tangibles en termes de dialogue.
Côté Pékin, accueillir une dirigeante du KMT à un moment charnière permet d’envoyer un signal d’ouverture à l’opinion taïwanaise et de tester la marge de manœuvre de l’opposition sur les dossiers de sécurité. Des analystes à Taipei estiment que le pouvoir chinois voit en Cheng Li-wun une figure favorable à l’unification et pourrait utiliser l’événement pour fragiliser l’argumentaire en faveur d’une coopération renforcée entre Washington et Taipei sur la défense.
Le dossier sensible des ventes d’armes américaines
Le calendrier de la visite croise un débat brûlant à Taipei. Les États-Unis exerceraient des pressions sur des élus de l’opposition pour faire avancer un plan d’achats d’armes américaines de près de 40 milliards de dollars. En décembre, Washington a déjà approuvé une vente de 11 milliards de dollars, la plus massive depuis 2001.
Sur l’île, la discussion porte sur l’ampleur et le rythme de l’effort. Si le gouvernement pousse un projet de 39 milliards de dollars pour moderniser la défense, Cheng Li-wun soutient l’idée d’un premier volet à 12 milliards de dollars, avec la possibilité d’en faire davantage ensuite. Cette ligne suscite des débats internes, certaines figures du KMT plaidant pour un montant initial plus élevé. L’équation est délicate : maintenir une dissuasion crédible sans attiser davantage la confrontation.
Un calendrier pensé avant la venue de Donald Trump
La séquence s’inscrit à un mois de la visite de Donald Trump à Pékin, prévue les 14 et 15 mai (sommet avec Xi Jinping). Pour Pékin, un geste visible d’apaisement avec l’opposition taïwanaise peut créer un contexte plus favorable avant l’arrivée du dirigeant américain. Pour le KMT, afficher une posture de responsabilité et de recherche de stabilité peut renforcer sa crédibilité, y compris lors de futures discussions à Washington.
Dans ce jeu à trois, chaque message compte. Un éventuel tête-à-tête entre Cheng Li-wun et Xi Jinping pèserait symboliquement et pourrait alimenter le récit d’une alternative au tout-sécuritaire, même si les réalités stratégiques et militaires restent inchangées à court terme.
Parcours et symboles d’un déplacement sous haute attention
Au programme : Shanghai, Nankin et Pékin. Cheng Li-wun martèle que ce voyage est entièrement dédié à la paix et à la stabilité des deux rives du détroit, (rien à voir avec l’approvisionnement en armes). Elle souhaite aussi se rendre ensuite aux États-Unis, signe qu’elle entend maintenir un équilibre délicat entre les deux grandes capitales impliquées dans le dossier taïwanais.
Le dernier déplacement d’un chef du KMT en Chine remonte à 2016, avec Hung Hsiu-chu. Depuis, les relations se sont assombries, rythmées par les incursions d’appareils et d’unités navales chinoises autour de l’île et l’absence de dialogues politiques au plus haut niveau. C’est ce gel que la cheffe de l’opposition dit vouloir contribuer à desserrer.

Quels scénarios pour le détroit de Taïwan
Plusieurs trajectoires sont possibles. À court terme, la visite peut atténuer la rhétorique et ouvrir des canaux de travail moins visibles. Elle peut aussi être utilisée par Pékin pour faire valoir que l’apaisement passe par les acteurs jugés favorables à l’unification. À l’inverse, si aucune percée n’intervient, la dynamique militaire et le dossier des ventes d’armes continueront de structurer le rapport de force.
Au-delà des images, l’enjeu central demeure la capacité à reconstruire un minimum de confiance. C’est ce socle qui conditionnera la gestion des incidents, la fréquence des exercices militaires et, in fine, la marge de manœuvre de Taipei dans sa coopération avec Washington.
- Cheng Li-wun effectue une visite de 6 jours en Chine, première pour un leader du KMT en 10 ans.
- Le voyage intervient en plein débat sur des achats d’armes américains de près de 40 milliards de dollars.
- Pékin pourrait chercher à affaiblir le narratif d’une coopération militaire renforcée entre Washington et Taipei.
- La séquence précède la visite de Donald Trump à Pékin les 14 et 15 mai.
Ce que cela change pour le détroit de Taïwan
Si la rencontre avec Xi Jinping a lieu, elle marquera un tournant symbolique et offrira à chaque camp de nouveaux éléments de langage. Mais les lignes bougeront surtout si des mécanismes concrets d’échanges sont réactivés. À défaut, la montée des capacités militaires et le débat sur les budgets de défense continueront d’imposer leur tempo.
Et vous, comment jugez-vous cette initiative du KMT : geste utile d’apaisement ou calcul politique sans effet durable ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : France 24
