Peine de mort en Chine : exécution du Français Chan Thao Phoumy à Canton, 21 ans après son arrestation
Le ressortissant français Chan Thao Phoumy, 62 ans, a été exécuté à Canton après plus de vingt ans de détention. Accusé de trafic de drogue et condamné à mort en 2010, il était au centre d’une affaire emblématique de la sévérité pénale chinoise et des tensions autour de la peine de mort en Chine. Paris s’est dite consternée et a rappelé son opposition de principe à la peine capitale.
Un parcours judiciaire long et opaque
Né au Laos et installé en France, Chan Thao Phoumy a été arrêté en 2005 dans le cadre d’une vaste enquête antidrogue dans la province du Guangdong. Condamné dans un premier temps à la prison à vie en 2007, son dossier a été rejugé après l’apparition d’éléments qualifiés de nouveaux par la justice chinoise. En août 2010, la peine est requalifiée en condamnation à mort pour fabrication, transport, contrebande et trafic de stupéfiants.
Depuis cette date, il est resté incarcéré jusqu’à son exécution à Canton. Le ministère français des Affaires étrangères souligne qu’en dépit de démarches répétées, y compris pour obtenir une clémence à titre humanitaire, l’exécution a été maintenue après plus de vingt ans d’emprisonnement.
- 21 ans : durée entre l’arrestation en 2005 et l’exécution
- 62 ans : âge de Chan Thao Phoumy au moment de l’exécution
- 2010 : année de la condamnation à mort
- 1999-2003 : période de production présumée de méthamphétamine
- 89 suspects arrêtés lors du coup de filet de 2005
- 16 laboratoires clandestins saisis en 2005
- 100 millions de yuans : valeur estimée des saisies, soit environ 14,8 millions de dollars
- La Chine maintient une politique pénale extrêmement sévère contre les trafics de drogue, avec des peines pouvant aller jusqu’à la mort.
- Paris affirme une opposition constante et universelle à la peine capitale et intervient régulièrement pour ses ressortissants condamnés à mort à l’étranger.
- Les statistiques officielles des exécutions en Chine ne sont pas publiées, ce qui alimente des critiques récurrentes sur l’opacité du système.

Réseau démantelé et saisies record dans le Guangdong
L’affaire s’inscrit dans une opération d’envergure des autorités chinoises. La justice a présenté Chan Thao Phoumy comme membre d’un réseau de huit hommes suspectés d’avoir produit plusieurs tonnes de méthamphétamine dans le sud de la Chine entre 1999 et 2003. Lors du démantèlement du réseau en mars 2005, les autorités ont arrêté environ 89 suspects et saisi 16 laboratoires clandestins dédiés à la production d’héroïne et de méthamphétamine.
La valeur des saisies avait été estimée à 100 millions de yuans, soit environ 14,8 millions de dollars selon la presse chinoise de l’époque. Ces volumes et montants illustrent l’ampleur des trafics ciblés ainsi que la détermination de Pékin à frapper fort contre les stupéfiants.
Garanties procédurales contestées et réaction de Paris
Le Quai d’Orsay a exprimé sa consternation et regretté que la défense de Chan Thao Phoumy n’ait pas eu accès à la dernière audience au tribunal. Paris considère cela comme une violation des droits de l’intéressé. La diplomatie française rappelle aussi son opposition absolue à la peine de mort, en tout lieu et en toute circonstance, et appelle à son abolition universelle.
Les autorités françaises soulignent avoir multiplié les démarches, notamment pour une mesure de clémence à titre humanitaire. Cette affaire illustre l’écart persistant entre les principes défendus par la France et la pratique pénale chinoise dans les dossiers de stupéfiants.
Peine de mort en Chine : opacité et cadence d’exécutions
La Chine est régulièrement pointée du doigt par les organisations de défense des droits humains. Dans un rapport publié en 2024, Amnesty International estime que le pays exécute chaque année un nombre de personnes supérieur à tout autre, avec des milliers de condamnations et d’exécutions. Il n’existe toutefois pas de statistiques publiques détaillées, ce qui rend difficile toute évaluation indépendante.
Cette opacité nourrit le débat international sur la transparence judiciaire en Chine et sur la conformité des procédures avec les garanties de défense reconnues au niveau international.
Enjeux diplomatiques entre Paris et Pékin
Une exécution visant un ressortissant européen met inévitablement la relation franco-chinoise sous tension. Même si les autorités françaises ont mené des démarches consulaires et diplomatiques, l’issue du dossier pourrait compliquer le dialogue bilatéral sur les droits humains. Elle rappelle aussi les limites de l’influence diplomatique quand un État considère un dossier comme hautement prioritaire pour l’ordre public et la dissuasion pénale.
Au-delà de l’émotion, l’affaire soulève une question de fond : comment articuler la coopération avec la Chine, acteur majeur sur la scène internationale, et la défense des principes portés par la France à l’échelle globale, dont l’abolition de la peine de mort fait partie.

Lutte antidrogue et message dissuasif
La séquence judiciaire, longue et implacable, envoie un message clair sur la volonté de Pékin de maintenir une dissuasion maximale en matière de stupéfiants. La lourdeur des peines, la médiatisation de certaines affaires et le rappel de saisies de grande ampleur servent des objectifs de prévention et de contrôle social.
Pour les observateurs, l’affaire Chan Thao Phoumy illustre le caractère exemplaire que peuvent prendre ces procédures aux yeux des autorités, au prix de critiques internationales sur les standards de justice et les droits de la défense.
- Exécution à Canton d’un ressortissant français condamné à mort en 2010 pour trafic de drogue.
- Opération antidrogue majeure en 2005 : 89 arrestations, 16 laboratoires saisis, valeur estimée de 100 millions de yuans.
- Paris dénonce l’absence d’accès de la défense à la dernière audience et réaffirme son opposition à la peine de mort.
- Amnesty International estime que la Chine exécute chaque année des milliers de personnes, sans données officielles publiées.
Une affaire qui met à l’épreuve principes et réalités diplomatiques
Cette exécution place au premier plan la question des droits fondamentaux et la capacité des partenaires européens à défendre leurs valeurs face à des systèmes judiciaires très différents. Elle continuera de peser sur le dialogue entre Paris et Pékin, tout en rappelant la fermeté de la Chine contre les trafics de drogue.
Que pensez-vous de cette affaire et des positions respectives de la France et de la Chine sur la peine de mort et la lutte antidrogue ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : BFMTV
