Chine : RISC-V et super-clusters IA, cap décisif vers l’autonomie

Chine : RISC-V et super-clusters IA, cap décisif vers l’autonomie
La Chine franchit un palier dans sa quête d’autonomie technologique. D’un côté, le processeur Xiangshan et le système Ruyi renforcent l’écosystème RISC-V. De l’autre, Shenzhen met en service un gigantesque cluster d’IA basé sur des puces avancées, signe d’une montée en puissance de la capacité de calcul nationale. Ensemble, ces annonces montrent un recentrage sur des technologies locales pour limiter la dépendance aux architectures et composants étrangers.

Un double jalon pour l’autosuffisance technologique

À Pékin, l’Académie chinoise des sciences (CAS) a dévoilé Xiangshan, un processeur haute performance fondé sur l’architecture ouverte (RISC-V). Son cœur (CPU) a atteint 16,5 points/GHz au test SPEC CPU2006, un niveau jugé « avancé à l’international ». Ce résultat illustre l’accélération côté matériel sur une architecture ouverte, perçue comme une voie clé pour réduire la dépendance aux architectures x86 d’Intel et Arm.

En parallèle, Shenzhen a activé le premier cluster d’IA chinois « 10 000 cartes » construit avec des puces locales, offrant 11 000 petaflops de puissance de calcul. Additionné au cluster de 3 000 petaflops lancé l’an dernier et déjà intégralement réservé, l’ensemble atteint désormais 14 000 petaflops, avec un taux de réservation de 92 %. La demande émane d’un écosystème régional d’IA particulièrement dynamique : start-up, robotique et universités.

Chiffres clés

  • 16,5 points/GHz : score SPEC CPU2006 du cœur (CPU) Xiangshan
  • 11 000 petaflops : capacité du nouveau cluster IA de Shenzhen
  • 14 000 petaflops : capacité totale des deux phases du cluster
  • 92 % : taux de réservation combiné, près de 50 organisations engagées
  • 80 000 petaflops : objectif de capacité IA temps réel de Shenzhen d’ici 2026
  • 962 000 petaflops : puissance de calcul totale de la Chine fin juin 2025, soit 21 % du monde (+73 % sur un an)
  • 750 000 unités : volume visé de la puce IA 950PR d’ici fin d’année (selon Reuters)
Contexte

  • La Chine accélère des solutions locales face aux contrôles à l’export américains, en misant sur l’architecture ouverte (RISC-V) et sur des clusters IA domestiques.
  • L’enjeu ne se limite pas au matériel : la maturité de l’écosystème logiciel est jugée déterminante pour l’industrialisation.
  • Des géants chinois de la tech et des centres de recherche participent à l’effort, avec une forte demande de calcul pour l’IA, la robotique et le cloud.
Gros plan d'un processeur RISC-V en laboratoire
Xiangshan illustre la montée en puissance matérielle sur RISC-V.

RISC-V : une alternative crédible aux x86 et Arm

L’architecture RISC-V, ouverte et modulaire, est disponible depuis 2015 via RISC-V International (une organisation à but non lucratif basée en Suisse). Elle permet aux concepteurs de puces d’adapter le jeu d’instructions à leurs besoins. Pour Pékin, c’est une passerelle vers la conception de puces moins dépendante des architectures propriétaires x86 et Arm, moteurs respectifs des environnements Windows et Android.

Les acteurs chinois y sont très présents : 11 des 23 membres « premier » de RISC-V International sont basés en Chine, dont Alibaba Cloud et Huawei. Alibaba, via son Damo Academy, a présenté le XuanTie C950, un cœur (CPU) RISC-V hautes performances destiné au cloud et à l’IA, présenté comme le plus puissant de sa catégorie.

Xiangshan et Ruyi : assembler la pile techno locale

Le processeur Xiangshan de la (CAS) marque une avancée tangible côté matériel, avec un score SPEC CPU2006 qui place le cœur au niveau « avancé » mondial. Pour élargir l’usage, la (CAS) lance aussi Ruyi, un système d’exploitation natif pour (RISC-V) conçu afin d’étoffer l’écosystème logiciel, souvent cité comme verrou.

Point notable, Ruyi supporte nativement le profil (RVA23), un socle standardisé qui garantit des fonctions avancées comme le calcul vectoriel sur les nouvelles puces RISC-V. L’objectif est clair : réduire la fragmentation logicielle, accélérer les portages et fiabiliser la chaîne du prototype à l’industrialisation.

Shenzhen muscle ses capacités IA avec un mégacluster local

Le cluster IA de Shenzhen s’appuie sur des puces avancées (Ascend 910C) et fait basculer la ville dans une nouvelle ligue de la puissance de calcul. La première phase, 11 000 petaflops, vient compléter la capacité existante de 3 000 petaflops. Près de 50 organisations ont déjà verrouillé des créneaux de calcul, témoignant d’un marché en pleine effervescence.

Cette montée en charge intervient alors que des acheteurs domestiques misent sur la prochaine génération de processeurs d’IA, dont le 950PR, attendue pour améliorer la compatibilité avec l’écosystème CUDA et réduire les latences (selon Reuters). L’objectif de Shenzhen est ambitieux : devenir un pôle d’IA majeur d’ici 2028, en dopant la production de serveurs et la part de marché mondiale sur des composants clés comme les puces, le stockage et les modules optiques.

Un écosystème logiciel encore sous contrainte

Si le matériel (RISC-V) rattrape son retard sur x86 et Arm, l’écosystème logiciel reste le principal point de friction. Des responsables de la (CAS) soulignent que la maturité logicielle est devenue le goulot d’étranglement de l’industrialisation. D’où l’importance d’initiatives comme Ruyi et de standards comme (RVA23) pour stabiliser les fondations logicielles.

Au niveau national, la Chine a atteint 962 000 petaflops de puissance de calcul fin juin 2025, soit 21 % du total mondial, après une hausse annuelle de 73 %. Ce socle grandissant, conjugué à des architectures ouvertes et à des puces locales, constitue un levier pour soutenir l’IA, la robotique et les applications scientifiques.

Ingénieurs testant un système d'exploitation
Ruyi vise à combler le retard logiciel de l’écosystème RISC-V.

Pourquoi ces annonces comptent dès aujourd’hui

Trois messages ressortent. Premièrement, l’architecture RISC-V n’est plus cantonnée aux objets simples : des cœurs performants comme Xiangshan et XuanTie C950 renforcent sa crédibilité. Deuxièmement, la puissance de calcul locale s’intensifie avec des clusters IA vite réservés, ce qui alimente la recherche et l’industrialisation. Enfin, la bataille se déplace vers le logiciel, où Ruyi et la standardisation visent à lever les derniers freins.

Ce qu’il faut retenir

  • RISC-V gagne en performances avec Xiangshan, mais le logiciel reste le maillon faible.
  • Shenzhen active un cluster IA de 11 000 petaflops, porté à 14 000 petaflops au total, déjà réservé à 92 %.
  • Des plans ambitieux visent 80 000 petaflops d’ici 2026 à Shenzhen et une montée en gamme de la chaîne locale.
  • La Chine pousse une stratégie bimoteur : architectures ouvertes et capacité de calcul domestique.

Cap sur l’autonomie technologique, étape par étape

Les avancées sur RISC-V et la montée en puissance des clusters d’IA indiquent une trajectoire claire : bâtir un continuum matériel-logiciel domestique, soutenu par une capacité de calcul massive. Ce mouvement, déjà localement très demandé, pourrait façonner l’innovation chinoise des prochaines années.

Votre avis nous intéresse : ces progrès vous semblent-ils suffisants pour rivaliser à terme avec les écosystèmes x86 et Arm, et quels usages prioritaires voyez-vous pour ces capacités de calcul ? Partagez vos commentaires.

Sources : South China Morning Post – RISC-V et Xiangshan, South China Morning Post – Cluster IA de Shenzhen

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Qu'est-ce que l'architecture RISC-V et pourquoi la Chine y mise ?
RISC-V est une architecture de processeur ouverte et configurable. Elle offre plus de liberté de conception que les architectures propriétaires x86 et Arm. Pour la Chine, c’est un levier de souveraineté afin de réduire la dépendance aux technologies étrangères et d’adapter les puces aux besoins du cloud et de l’IA.
Que sait-on du processeur Xiangshan et de l'OS Ruyi ?
Xiangshan, présenté par l’Académie chinoise des sciences, a atteint 16,5 points/GHz au benchmark SPEC CPU2006. Ruyi est un système d’exploitation natif pour RISC-V, pensé pour renforcer l’écosystème, avec un support du profil standardisé RVA23 incluant le calcul vectoriel.
En quoi le cluster IA de Shenzhen est-il important ?
Il s’agit du premier cluster « 10 000 cartes » du pays construit avec des puces locales, offrant 11 000 petaflops, pour un total de 14 000 petaflops avec la première phase. Le taux de réservation atteint 92 %, signe d’une forte demande des start-up, de la robotique et des universités.
Quels sont les principaux défis à venir ?
Le principal défi est la maturité de l’écosystème logiciel autour de RISC-V. Un écart de performance subsiste avec certains leaders, d’où l’espoir placé dans de nouvelles puces d’IA et la standardisation logicielle. Shenzhen vise 80 000 petaflops d’ici 2026, tandis que la puissance nationale a atteint 962 000 petaflops fin juin 2025.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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