Fuite en canot pneumatique : un dissident chinois traverse 300 km pour atteindre la Corée du Sud

Fuite en canot pneumatique : un dissident chinois traverse 300 km pour atteindre la Corée du Sud

Le 25 mai 2025, Dong Guangping, défenseur chinois des droits de l’Homme âgé de 68 ans, a atteint les côtes sud-coréennes après plus de 30 heures en mer sur un canot pneumatique. Il avait parcouru plus de 300 kilomètres depuis la province du Shandong, en Chine. Retrouvé presque inconscient à la dérive au large du comté de Taean, il incarne une réalité que Pékin préférerait garder invisible : des dissidents qui risquent leur vie pour fuir le pays.

En bref

  • Dong Guangping, 68 ans, a traversé la mer Jaune en canot pneumatique depuis la Chine.
  • Il est arrivé inconscient après plus de 30 heures en mer et 50 heures sans sommeil.
  • Il risque un placement en centre de rétention pour étrangers en attendant l’examen de sa demande d’asile.

Une traversée au bord du gouffre

Le canot a été repéré par le capitaine d’un bateau de pêche, tard dans la soirée du 25 mai. Le moteur de 9,9 chevaux tournait encore. Dong Guangping, lui, était inconscient.

Sheng Xue, activiste sino-canadienne, a relayé ses premières paroles sur le réseau social X. Dong Guangping lui a confié n’avoir pas dormi depuis plus de 50 heures. Il était en mer depuis plus de 30 heures au moment où les gardes-côtes l’ont localisé.

Il était parti de Weihai, dans la province du Shandong, à l’est de la Chine, après des préparatifs décrits comme minutieux. La traversée de la mer Jaune représente un défi redoutable, même pour un bateau motorisé. Pour un canot pneumatique, elle relève de l’exploit.

Chiffres clés

  • Plus de 300 km parcourus en canot pneumatique
  • Plus de 30 heures en mer
  • Plus de 50 heures sans sommeil pour Dong Guangping
  • 68 ans : l’âge du dissident au moment de la traversée
  • 2015 : année de son renvoi forcé en Chine depuis la Thaïlande
Contexte

  • Dong Guangping a été emprisonné une première fois après avoir signé une pétition commémorant la répression de Tiananmen en 1989, puis à nouveau en 2014.
  • Sa famille a obtenu le statut de réfugiés au Canada, mais lui a été remis aux autorités chinoises par la Thaïlande en 2015.
  • En août 2023, un autre dissident chinois, Kwon Pyong, avait fui la Chine en jet-ski vers la Corée du Sud.
Bateau des gardes-côtes sud-coréens en patrouille
Les gardes-côtes sud-coréens ont localisé le canot au large du comté de Taean. (image générée avec IA Gemini)

Un homme au bout du chemin

L’histoire de Dong Guangping dépasse largement cette traversée. Elle commence des décennies plus tôt, avec une pétition.

Cet ancien policier avait signé un texte dix ans après la répression du mouvement prodémocratique de la place Tiananmen en 1989. Cette signature lui a coûté sa liberté. Condamné, emprisonné, il a recommencé : une deuxième détention en 2014, avant sa libération en 2019.

Entre-temps, sa famille avait réussi à fuir. Elle s’est installée au Canada avec le statut de réfugiés. Lui n’a pas eu cette chance. Les autorités thaïlandaises l’ont remis à la police chinoise en 2015, alors qu’il espérait rejoindre les siens depuis Bangkok.

Libéré, il a tenté de fuir à nouveau. Vers le Vietnam d’abord. Puis il a essayé de nager jusqu’à l’archipel taïwanais de Kinmen. Ces tentatives ont échoué. Le canot pneumatique était son dernier recours.

Un statut juridique incertain en Corée du Sud

À son arrivée, Dong Guangping a été conduit en territoire sud-coréen pour être interrogé. Les autorités le soupçonnaient d’avoir enfreint les lois sur l’immigration. Le parquet a demandé un mandat d’arrêt.

Le 28 mai, le tribunal de district de Daejeon a rejeté cette demande. Les juges ont estimé qu’elle n’était pas nécessaire pour la poursuite de l’enquête.

Son avenir juridique reste suspendu à une distinction simple mais lourde de conséquences :

  • S’il est reconnu comme immigrant illégal, il sera transféré vers un centre de rétention pour étrangers.
  • S’il dépose une demande d’asile officielle, la loi sur les réfugiés s’appliquera.

Son avocat, Kim Joo-kwang, a indiqué que son client était « très probablement en situation de demande d’asile politique ». Mais la Corée du Sud n’est pas réputée pour sa générosité en la matière.

La Corée du Sud, mauvaise terre d’asile ?

Depuis 1994, date à laquelle Séoul a formellement commencé à traiter les demandes de réfugiés, le nombre de titres d’asile accordés reste extrêmement faible. Des dizaines de milliers de demandes ont pourtant été déposées.

Les organisations de défense des droits dénoncent des procédures longues et des critères exagérément stricts. Le gouvernement, lui, évoque des décisions au cas par cas, tenant compte de considérations de sécurité.

Dans ce contexte, le parti d’opposition conservateur Pouvoir au peuple a pris position. Son porte-parole Choo Hyun-chul a appelé à offrir à Dong Guangping une « protection totale » et à lui permettre de rejoindre sa famille au Canada « en toute sécurité ».

Un précédent qui résonne

Ce n’est pas la première fois qu’un dissident chinois choisit la voie maritime pour fuir vers la Corée du Sud. En août 2023, Kwon Pyong avait traversé les mêmes eaux à bord d’un jet-ski.

Condamné pour entrée illégale, il avait écopé d’une peine avec sursis avant de partir aux États-Unis. Son cas semble indiquer qu’une issue positive reste possible, même si le chemin est long et incertain.

L’affaire Dong Guangping soulève une question plus large. Elle interroge la capacité – ou la volonté – des démocraties asiatiques à offrir une protection réelle aux opposants qui fuient la Chine, au risque de froisser Pékin.

Ce qu’il faut retenir

  • Dong Guangping, 68 ans, a traversé 300 km en canot pneumatique pour fuir la Chine.
  • Il est arrivé inconscient après 30 heures en mer et 50 heures sans sommeil.
  • Sa demande d’asile en Corée du Sud reste incertaine dans un pays peu généreux en protection.
  • Sa famille est réfugiée au Canada depuis des années – il cherche à les rejoindre.
  • Ce cas soulève la question de la protection des dissidents chinois en Asie.
Côte ouest de la Corée du Sud
Les côtes ouest de la Corée du Sud, point d’arrivée de la traversée de Dong Guangping. (image générée avec IA Gemini)

Un homme, une famille, une frontière impossible

Dong Guangping n’a pas traversé 300 kilomètres pour une idée abstraite. Il cherche à rejoindre sa femme et ses enfants, qui attendent au Canada depuis des années. Cette traversée, périlleuse et solitaire, peut être lue comme le symbole d’un système où certains n’ont d’autre choix que de risquer leur vie pour retrouver les leurs.

Et vous, pensez-vous que la Corée du Sud devrait accorder l’asile à Dong Guangping ? Donnez votre avis en commentaire.

Sources : BFMTV

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Qui est Dong Guangping ?
Dong Guangping est un ancien policier chinois, défenseur des droits de l’Homme. Il a été emprisonné après avoir signé une pétition commémorant la répression de la place Tiananmen en 1989, puis à nouveau en 2014. Libéré en 2019, il a tenté plusieurs fois de fuir la Chine avant de traverser la mer Jaune en canot pneumatique en mai 2025.
Comment Dong Guangping a-t-il fui la Chine ?
Il a quitté la ville de Weihai, dans la province du Shandong, à bord d’un canot pneumatique équipé d’un moteur de 9,9 chevaux. Il a traversé plus de 300 kilomètres en mer Jaune pendant plus de 30 heures, sans dormir depuis 50 heures, avant d’être repéré inconscient au large des côtes ouest de la Corée du Sud.
Quel est son statut juridique en Corée du Sud ?
À son arrivée, il a été interrogé pour entrée illégale sur le territoire. Le tribunal de Daejeon a rejeté la demande de placement en détention. Son avocat indique qu’il est « très probablement » en situation de demande d’asile politique. Il devait être transféré dans un centre de rétention pour étrangers en attendant l’examen de son dossier.
La Corée du Sud accorde-t-elle facilement l'asile politique ?
Non. Depuis 1994, la Corée du Sud a accordé l’asile à un nombre très restreint de demandeurs, malgré des dizaines de milliers de demandes. Les organisations de défense des droits critiquent des procédures longues et des critères stricts. Le précédent de Kwon Pyong, dissident chinois arrivé en jet-ski en 2023, montre qu’une issue favorable reste possible mais incertaine.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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