Pétrole iranien : la Chine sort son arme anti-sanctions contre les États-Unis
Le 2 mai 2025, la Chine a activé pour la première fois une loi qui oblige ses entreprises à ignorer les sanctions américaines. La cible : cinq raffineries chinoises accusées par Washington d’importer du pétrole iranien. Ce geste inédit marque une escalade directe entre les deux puissances. Il place désormais les entreprises étrangères devant un choix impossible : respecter les sanctions américaines ou les chinoises.
- Pékin a activé sa « loi de blocage des sanctions extraterritoriales » pour la première fois.
- Cinq raffineries chinoises ont reçu l’ordre d’ignorer leur mise sur liste noire américaine.
- Les partenaires étrangers de ces raffineries se retrouvent pris en étau entre deux systèmes de sanctions.
- Un sommet Trump-Xi est prévu mi-mai, ce qui peut être lu comme un contexte de négociation musclée.
Une loi dormante depuis 2021, enfin activée
La « loi de blocage des sanctions extraterritoriales » existe depuis 2021. Pékin l’avait élaborée à la fin du premier mandat de Donald Trump, en réponse aux tensions commerciales croissantes. Mais jusqu’au 2 mai 2025, elle n’avait jamais été appliquée.
La Chine avait jusqu’ici préféré des ripostes plus ciblées : limiter certaines exportations de terres rares, imposer des droits de douane spécifiques. Cette loi, elle, agit différemment. Elle oblige purement et simplement les entreprises chinoises à passer outre les sanctions américaines. Les partenaires – banques, assureurs, fournisseurs, clients – doivent continuer à travailler avec les entités sanctionnées par Washington. Sinon, c’est la Chine qui sanctionne à son tour.
- 5 raffineries chinoises visées par la loi de blocage activée le 2 mai 2025.
- 4 raffineries déjà sanctionnées par les États-Unis en mars 2025 avant Hengli.
- La loi de blocage chinoise a été adoptée en 2021, mais jamais utilisée avant ce jour.
- Hengli Petrochemical, sanctionnée le 28 avril 2025, est l’une des plus grandes raffineries indépendantes de Chine.
- Depuis 2024, Washington renforce la pression sur les importations chinoises de pétrole iranien pour asphyxier financièrement Téhéran.
- Les « raffineries-théières » chinoises sont des structures indépendantes autorisées à importer du brut depuis 2015 – elles permettent aux grandes entreprises publiques chinoises d’éviter toute exposition aux sanctions américaines.
- Un sommet entre Donald Trump et les dirigeants chinois est prévu les 15 et 16 mai 2025.

Les raffineries-théières, au cœur du bras de fer
Le terme « raffineries-théières » désigne à l’origine une centaine de petites raffineries privées indépendantes. Longtemps considérées comme une concurrence indésirable aux géants publics Sinopec et China National Petroleum, elles ont changé de statut en 2015.
Cette année-là, Pékin leur a accordé le droit d’importer du brut directement. Elles sont devenues un outil stratégique pour acheter du pétrole à des pays sous sanctions – l’Iran, le Venezuela – sans exposer les grands groupes publics à des représailles américaines. Aujourd’hui, certaines de ces structures ne sont plus petites du tout. Hengli Petrochemical en est l’exemple le plus frappant.
Selon Xin Sun, spécialiste de l’économie chinoise au King’s College de Londres, la sanction américaine contre Hengli représente une vraie escalade. Contrairement aux raffineries visées précédemment, Hengli joue un rôle central dans la chaîne d’approvisionnement énergétique. De nombreux sous-traitants dépendent directement de son activité.
Pourquoi la Chine a choisi ce moment précis pour riposter
Le choix du moment n’est pas anodin. Deux facteurs se combinent. D’abord, la Chine estime ne pas pouvoir laisser passer la sanction contre Hengli. L’enjeu économique est trop important. Ensuite, Pékin se perçoit en position de force.
Marc Lanteigne, spécialiste de la Chine à l’université arctique de Norvège, souligne que la guerre en cours au Moyen-Orient a fragilisé l’économie américaine. Elle a aussi créé des tensions entre Washington et ses alliés européens. La Chine voit dans ce contexte une fenêtre d’opportunité.
Le sommet prévu mi-mai entre Trump et les dirigeants chinois renforce cette lecture. Les deux pays sortent leurs armes avant les négociations pour être en position de force. La loi de blocage peut ainsi être interprétée comme un signal envoyé à Washington avant la table des discussions.
Les entreprises étrangères prises en étau
C’est là que les conséquences deviennent concrètes pour le reste du monde. Un assureur européen qui cesse de couvrir Hengli Petrochemical pour respecter les sanctions américaines viole automatiquement la loi chinoise. Il s’expose alors à des plaintes déposées par les entités sanctionnées. Les autorités chinoises peuvent saisir ou geler ses actifs présents en Chine.
Le choix imposé aux entreprises tierces est donc brutal :
- Obéir à Washington et risquer des sanctions chinoises sur leurs actifs en Chine.
- Obéir à Pékin et risquer des sanctions américaines sur leurs activités aux États-Unis ou en dollar.
Ce mécanisme de double contrainte peut être lu comme l’objectif réel de la loi de blocage : forcer les acteurs internationaux à sortir de la neutralité.
Les pays du Golfe aussi dans l’embarras
Le bras de fer dépasse les frontières sino-américaines. Les pays du Golfe, alliés traditionnels des États-Unis et grands fournisseurs de pétrole à la Chine, se retrouvent dans une position délicate. Les Émirats arabes unis cherchent depuis plusieurs années à maintenir de bonnes relations avec les deux puissances. Cet équilibre devient plus difficile à tenir quand Washington et Pékin demandent ouvertement à chacun de choisir son camp.

Le pétrole iranien, levier de pression américain depuis un an
La politique américaine sur ce dossier est claire. Washington cherche à asphyxier l’Iran en tarissant ses revenus pétroliers. Pour cela, il sanctionne les acheteurs. La Chine, premier importateur de brut iranien via ses raffineries indépendantes, est la cible évidente.
En mars 2025, quatre raffineries chinoises avaient déjà été sanctionnées. Le 28 avril, Hengli Petrochemical a été ajoutée à cette liste. Le Trésor américain l’accuse de financer le programme nucléaire iranien et ce qu’il appelle des activités terroristes. Cette accumulation de sanctions a fini par provoquer la réponse chinoise.
Xin Sun qualifie cette politique américaine de « pression maximum pour un impact à très court terme ». L’hypothèse d’un retour en arrière de Washington existe : si un accord est trouvé sur le dossier iranien, les sanctions pourraient être levées rapidement.
- La Chine a activé pour la première fois sa loi anti-sanctions, le 2 mai 2025.
- Cinq raffineries chinoises ont reçu l’ordre d’ignorer leur mise sur liste noire américaine.
- Les partenaires étrangers de ces raffineries doivent choisir entre sanctions américaines et chinoises.
- Hengli Petrochemical, cœur du dossier, est une raffinerie majeure aux nombreux sous-traitants dépendants.
- Le sommet Trump-Xi de mi-mai peut être interprété comme l’horizon réel de ce rapport de force.
Un rapport de force calibré avant le sommet de mai
L’escalade actuelle semble davantage tactique que structurelle. Les deux pays savent que le sommet de mi-mai représente une occasion de négocier. Les sanctions américaines et la loi de blocage chinoise fonctionnent comme des leviers de pression destinés à maximiser le rapport de force avant les discussions. Si un accord émerge, les experts n’excluent pas un retour au statu quo antérieur. Sans accord, le paysage commercial mondial deviendra nettement plus complexe pour les entreprises opérant des deux côtés.
Que pensez-vous de cette escalade entre Pékin et Washington sur le pétrole iranien ? La Chine a-t-elle raison de sortir cette loi maintenant ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : France 24
