Les puces mémoire chinoises menacent le boom de l’IA : l’alerte d’un ex-dirigeant de Samsung
Le boom des puces mémoire alimenté par l’intelligence artificielle pourrait s’essouffler d’ici 2028. C’est l’avertissement lancé par Kyung Kye-hyun, ancien patron de la division semi-conducteurs de Samsung et conseiller de l’entreprise. En cause : l’expansion agressive des fabricants chinois de puces, qui menace directement les positions dominantes de Samsung et SK Hynix sur le marché mondial.
- Un conseiller de Samsung alerte sur un risque de retournement du marché des puces mémoire dès 2027-2028.
- Les fabricants chinois prévoient d’ajouter 300 000 plaquettes de capacité sur trois ans.
- La Chine détient déjà environ 20 % du marché NAND flash et pourrait dépasser 10 % sur le DRAM.
Un cycle haussier qui pourrait tourner court
Le secteur des puces mémoire vit actuellement une période faste. Samsung et SK Hynix enregistrent des résultats solides, portés par la demande explosive des centres de données IA. Ces puces – notamment la mémoire HBM (High Bandwidth Memory) – constituent un goulet d’étranglement critique pour l’infrastructure d’intelligence artificielle mondiale.
Mais Kyung Kye-hyun tempère l’enthousiasme. S’exprimant lors d’un forum de l’Académie nationale d’ingénierie de Corée, il a estimé que la situation reste favorable en 2025 et probablement en 2026. En revanche, il appelle à la prudence pour 2027, et surtout pour 2028.
- 20 % : part de marché déjà détenue par les fabricants chinois sur le NAND flash
- 10 % : seuil que la Chine pourrait franchir sur le marché DRAM grâce à CXMT
- 12-13 % : part de marché que Kyung redoute de voir la Chine atteindre
- 300 000 plaquettes supplémentaires prévues par les Chinois sur les trois prochaines années
- Samsung et SK Hynix dominent le marché mondial des puces mémoire DRAM et NAND flash.
- Les puces mémoire sont indispensables aux serveurs d’IA, ce qui alimente la demande depuis 2023.
- Les fabricants chinois comme Yangtze Memory Technologies (YMTC) et ChangXin Memory Technologies (CXMT) bénéficient de subventions étatiques massives pour rattraper leur retard technologique.

La montée en puissance de CXMT et YMTC, le vrai défi
Les deux acteurs chinois à surveiller sont Yangtze Memory Technologies, spécialisé dans le NAND flash, et ChangXin Memory Technologies, qui monte en puissance sur le DRAM. Ce dernier segment est le plus stratégique pour les applications d’IA.
Kyung a insisté sur le rôle de CXMT. Grâce aux subventions de l’État chinois et à des coûts de production inférieurs, cette entreprise accélère sa montée en gamme. La combinaison d’un soutien public massif et d’avantages tarifaires peut être lue comme une stratégie délibérée de conquête de parts de marché à long terme.
Les firmes chinoises planifient collectivement une augmentation de capacité de 300 000 wafers – soit 300 000 plaquettes de silicium – sur trois ans. Un wafer est la base sur laquelle on grave des centaines de puces. Cette expansion se traduirait par un afflux massif de mémoire sur le marché mondial.
Un risque de suroffre qui pèse sur les prix
L’histoire du secteur des semi-conducteurs se répète souvent selon le même schéma : une phase de pénurie fait monter les prix, attire les investissements, puis une surproduction fait s’effondrer les marges. La crainte de Kyung suit cette logique.
Si la Chine atteint 12 à 13 % du marché DRAM tout en maintenant des prix bas, la pression sur Samsung et SK Hynix deviendrait significative. Ces derniers investissent massivement dans les technologies de pointe comme le HBM3E. Mais des prix en baisse sur les segments standards réduiraient leurs revenus globaux et leur capacité à financer la R&D.
Par ailleurs, Kyung mentionne un second facteur de risque : la modération des dépenses des grandes entreprises technologiques mondiales. Si les géants du cloud réduisent leurs commandes de serveurs IA, la demande de mémoire haut de gamme pourrait plafonner avant même que l’offre chinoise n’inonde le marché.
Samsung et SK Hynix face à une fenêtre de tir limitée
Les fabricants coréens disposent encore d’une avance technologique notable, notamment sur les puces HBM et sur les nœuds de gravure les plus fins. Cette avance leur donne une marge de manœuvre pour les deux à trois prochaines années.
Mais l’avertissement de Kyung semble indiquer que cette fenêtre ne durera pas indéfiniment. Les entreprises coréennes doivent accélérer leur montée en gamme et réduire leur dépendance aux segments de mémoire standardisée, là où la concurrence par les prix est la plus brutale.
- Accélérer le développement des puces HBM de prochaine génération
- Diversifier leurs clients au-delà des grands fournisseurs cloud américains
- Renforcer leur positionnement sur les segments où la Chine ne peut pas encore rivaliser
Une compétition qui redessine l’industrie mondiale des semi-conducteurs
Au-delà du cas coréen, l’expansion chinoise dans les puces mémoire soulève des questions plus larges. Les restrictions américaines sur les exportations de technologies de pointe vers la Chine n’ont pas stoppé cette dynamique. Elles ont peut-être même accéléré les investissements domestiques chinois dans ce secteur jugé stratégique.
L’industrie des semi-conducteurs entre dans une phase où la géographie de la production se redessine. La domination coréenne sur la mémoire, acquise en plusieurs décennies, semble désormais soumise à une pression structurelle. Ce changement de phase ne se mesurera pas en mois, mais ses contours commencent à apparaître clairement.
- Le boom des puces mémoire lié à l’IA pourrait s’essouffler dès 2027-2028 selon Samsung.
- La Chine prévoit 300 000 wafers supplémentaires, menaçant les prix mondiaux.
- CXMT pourrait dépasser 10 % du marché DRAM grâce aux subventions étatiques.
- Samsung et SK Hynix doivent accélérer leur montée en gamme pour préserver leurs marges.
- Les restrictions technologiques occidentales n’ont pas freiné l’expansion chinoise dans la mémoire.

L’avertissement qui change la lecture du marché des semi-conducteurs
Quand un ancien patron de la division semi-conducteurs de Samsung tire la sonnette d’alarme depuis l’intérieur du système, le signal mérite attention. Le marché des puces mémoire vit aujourd’hui sur la dynamique de l’IA. Mais la Chine construit patiemment une capacité de production qui pourrait transformer cette euphorie en correction brutale d’ici la fin de la décennie.
Et vous, pensez-vous que les fabricants coréens peuvent maintenir leur avance face à l’expansion chinoise dans les semi-conducteurs ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : South China Morning Post
