L’abbé du temple Shaolin condamné à 24 ans de prison pour corruption et détournement de fonds
Liu Yingcheng, connu sous son nom de moine Shi Yongxin, a été condamné le 29 mai à 24 ans de prison. L’ancien abbé du temple Shaolin, figure mondiale du kung-fu et du bouddhisme chinois, répond de trente ans de malversations financières. Ce verdict met en lumière une contradiction saisissante : un chef spirituel bouddhiste accusé d’avoir pillé l’institution qu’il dirigeait.
- Liu Yingcheng, ancien abbé du temple Shaolin, condamné à 24 ans de prison le 29 mai.
- Détournement de fonds et corruption sur près de trente ans, entre 1995 et 2025.
- Plus de 293 millions de yuans détournés au total, soit environ 36 millions d’euros.
- Le tribunal de Xinxiang a qualifié les faits de « particulièrement graves » avec un « impact social énorme ».
Un abbé au-dessus des soupçons pendant trois décennies
Liu Yingcheng avait pris les rênes du temple Shaolin en 1999. Sous son nom monastique Shi Yongxin, il avait acquis une notoriété mondiale. Il avait aussi aidé le temple à créer des dizaines d’entreprises. Mais cette commercialisation du bouddhisme lui avait valu de vives critiques.
En juillet 2025, il est démis de ses fonctions pour « très » mauvaise conduite. Il a alors 59 ans. Une enquête s’ouvre. Il est défroqué. Le masque tombe sur une fraude systématique qui couvrait plusieurs décennies.
- 131 millions de yuans (environ 16,4 millions d’euros) d’actifs détournés entre 2003 et 2025.
- 151 millions de yuans de fonds organisationnels détournés à titre personnel entre 2012 et 2022.
- 11 millions de yuans de biens reçus illégalement depuis 2006 dans le cadre de projets de construction.
- 5 millions de yuans versés à des fonctionnaires pour obtenir des avantages entre 1995 et 2022.
- 3,5 millions de yuans d’amende prononcée en plus de la peine de prison.
- Le temple Shaolin, situé dans la province du Henan, est reconnu mondialement comme le berceau du kung-fu et du bouddhisme chan.
- En Chine, les responsables religieux peuvent diriger des fondations caritatives et des structures économiques liées à leurs institutions.
- La lutte contre la corruption menée par Pékin depuis 2012 s’étend progressivement aux sphères religieuses et associatives.

Des fonds détournés sur plusieurs fronts à la fois
Le tableau dressé par le tribunal de Xinxiang est accablant. Liu Yingcheng a opéré sur plusieurs canaux en même temps. Il a d’abord détourné des actifs de l’organisation d’une valeur de plus de 131 millions de yuans entre 2003 et 2025, agissant seul ou avec des complices.
En parallèle, il a utilisé plus de 151 millions de yuans de fonds de l’organisation à des fins personnelles entre 2012 et 2022. Ces deux flux représentent déjà plus de 282 millions de yuans, soit environ 35 millions d’euros.
Mais ce n’est pas tout. Depuis 2006, il avait accepté des biens d’une valeur de plus de 11 millions de yuans en lien avec des projets de construction de temples. Et de 1995 à 2022, il avait versé plus de 5 millions de yuans à des fonctionnaires pour obtenir des faveurs. Un système corruptif complet, de la réception d’avantages à la redistribution.
Le temple Shaolin, entre héritage spirituel et empire commercial
Le temple Shaolin n’est pas une simple institution religieuse. Il constitue une marque mondiale, un symbole culturel et une destination touristique majeure en Chine. Sous la direction de Liu Yingcheng, il est devenu un vaste empire économique avec des dizaines d’entreprises affiliées.
Cette transformation a toujours suscité des débats. Des voix critiquaient la marchandisation du bouddhisme. Le verdict judiciaire semble donner rétrospectivement une dimension supplémentaire à ces inquiétudes. Ce que certains lisaient comme une dérive commerciale abritait peut-être aussi une fraude organisée.
Un verdict sans appel, au sens propre comme au figuré
Le tribunal de Xinxiang a été direct dans ses conclusions. Les circonstances de la corruption étaient « particulièrement graves ». L' »impact social » qualifié d' »énorme ». La peine de 24 ans de prison est lourde. L’amende de 3,5 millions de yuans s’y ajoute.
Liu Yingcheng n’a pas indiqué vouloir faire appel du verdict, selon le tribunal. Ce choix peut être lu comme une acceptation du jugement, ou comme une stratégie pour éviter un examen plus approfondi des faits.
Un signal envoyé au-delà des murs du temple
Ce procès semble indiquer que la campagne anticorruption chinoise ne connaît plus de zones d’exception. Les institutions religieuses, même les plus emblématiques, ne sont pas à l’abri d’une enquête judiciaire.
Le temple Shaolin jouit d’une aura internationale unique. Condamner son ancien dirigeant avec une telle sévérité renforce l’hypothèse que Pékin souhaite montrer l’étendue de son action anticorruption, y compris dans des sphères symboliquement sensibles.
- Liu Yingcheng, ancien abbé du temple Shaolin, condamné à 24 ans de prison le 29 mai.
- Les détournements ont porté sur environ 36 millions d’euros cumulés sur trois décennies.
- Il a aussi corrompu des fonctionnaires d’État entre 1995 et 2022.
- Le temple Shaolin, berceau mondial du kung-fu, se retrouve au cœur d’un scandale financier majeur.
- Liu Yingcheng n’a pas fait appel du verdict.

Une chute qui dépasse le simple fait divers judiciaire
La condamnation de Shi Yongxin ne concerne pas seulement un homme. Elle touche l’une des institutions bouddhistes les plus connues au monde. Elle pose une question simple : comment une fraude de cette ampleur a-t-elle pu durer trente ans sans être arrêtée ? La réponse à cette question intéresse sans doute autant les observateurs de la religion que ceux de la politique chinoise.
Et vous, que pensez-vous de ce verdict ? La sévérité de la peine vous semble-t-elle justifiée ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : BFMTV
