Chine – Nouvelle-Zélande : Pékin interdit de séjour quatre parlementaires pour avoir visité Taïwan
Pékin a interdit de séjour quatre parlementaires néo-zélandais pendant un an, en raison de leur visite à Taïwan en mai 2025. C’est une première dans l’histoire des relations entre la Chine et la Nouvelle-Zélande. Cette décision surprend Wellington, qui maintient une politique d’échanges réguliers avec Taïwan depuis des décennies – tout en reconnaissant officiellement la politique d’une seule Chine.
- Quatre députés néo-zélandais ont été bannis de Chine après une visite à Taïwan en mai 2025.
- C’est une première : Pékin n’avait jamais pris une telle mesure contre des élus néo-zélandais.
- L’ambassade chinoise conditionne la levée du ban à des excuses officielles.
- Wellington refuse de s’excuser et qualifie la mesure d’ingérence étrangère.
Une rupture inédite dans la relation Chine – Nouvelle-Zélande
Les quatre parlementaires concernés sont Maureen Pugh, David Wilson et Laura McClure, membres de la coalition gouvernementale, ainsi que Duncan Webb, élu du Parti travailliste dans l’opposition. Leur visite à Taïwan en mai les a amenés à rencontrer le ministre des Affaires étrangères taïwanais, Lin Chia-lung.
À leur retour, l’ambassade de Chine en Nouvelle-Zélande leur a notifié l’interdiction d’entrée sur le territoire chinois pour une durée d’un an. La mesure peut être réduite ou levée, mais à une condition : des excuses publiques. Wellington a jusqu’ici refusé catégoriquement.
Le chef de la diplomatie néo-zélandaise, Winston Peters, a dit être « surpris » par cette décision. Son ministère a indiqué avoir demandé des explications aux autorités chinoises, qualifiant la mesure de « rupture avec la pratique habituelle ».
- 4 parlementaires néo-zélandais interdits de séjour en Chine
- 1 an : durée de l’interdiction imposée par Pékin
- 1972 : année où la Nouvelle-Zélande a établi des relations diplomatiques officielles avec Pékin
- 2022 : Nancy Pelosi, ancienne présidente de la Chambre des représentants, sanctionnée par la Chine après une visite à Taïwan
- La Nouvelle-Zélande reconnaît la politique d’une seule Chine depuis 1972, mais maintient des échanges réguliers avec Taïwan.
- Des parlementaires néo-zélandais se rendent à Taïwan depuis des décennies, sans que Pékin n’ait jamais réagi par des sanctions.
- En 2024, un groupe de députés néo-zélandais avait rencontré le président taïwanais Lai Ching-te lors d’une visite similaire.

Pékin dénonce une ingérence, Wellington défend la liberté de déplacement
Dans sa déclaration officielle, l’ambassade de Chine à Wellington a justifié la décision par le refus des élus de tenir compte des « graves préoccupations » chinoises. Selon Pékin, leur visite aurait envoyé de « mauvais signaux » au Parti progressiste démocratique – le parti au pouvoir à Taïwan – et aux forces favorables à l’indépendance de l’île.
Pékin considère Taïwan comme partie intégrante de son territoire. Tout contact officiel entre des élus étrangers et les autorités taïwanaises est systématiquement dénoncé comme une ingérence dans ses affaires intérieures.
Laura McClure, élue du parti ACT, a rejeté cette logique. Elle a qualifié l’interdiction de « forme d’ingérence étrangère » et affirmé clairement qu’elle ne présenterait aucune excuse pour avoir visité Taïwan. Elle a rappelé que de telles visites avaient lieu depuis des années sans la moindre sanction.
« Les élus néo-zélandais ont le droit de se déplacer librement dans le monde », a-t-elle déclaré sur Radio New Zealand. « C’est ce que signifie vivre dans une démocratie libre. »
Un signal fort vers les alliés de Taïwan
Cette décision dépasse le cadre bilatéral entre Wellington et Pékin. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de pression sur les pays qui maintiennent des liens officieux avec Taïwan.
La Chine a déjà sanctionné plusieurs élus américains pour des visites similaires. En 2022, l’ancienne présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi avait été visée. En 2023, c’est le représentant Michael McCaul qui avait subi des sanctions identiques, Pékin dénonçant un « signal gravement erroné envoyé aux forces séparatistes ».
Mais sanctionner des parlementaires néo-zélandais constitue un tournant. La Nouvelle-Zélande n’est pas considérée comme un adversaire stratégique de la Chine. Ce choix semble indiquer que Pékin élargit son périmètre de pression au-delà de ses rivaux directs.
Taïwan au centre des tensions diplomatiques régionales
Le contexte taïwanais est particulièrement tendu ces derniers mois. En juin, le président taïwanais Lai Ching-te s’est rendu au Swaziland – seul allié africain officiel de Taïwan. Ce voyage avait eu lieu après que Pékin avait fait pression sur des pays africains pour refuser le survol de leur territoire à l’avion présidentiel.
C’est précisément ce voyage que le ministre taïwanais des Affaires étrangères a évoqué en commentant la visite des élus néo-zélandais. Lin Chia-lung a souligné que cette délégation « montrait le soutien du Parlement néo-zélandais à Taïwan » et renforçait les liens entre les deux pays.
Ces épisodes répétés illustrent une même dynamique : Pékin cherche à réduire progressivement l’espace diplomatique de Taïwan, y compris en faisant pression sur des pays qui ne remettent pas en cause la politique d’une seule Chine.
La Nouvelle-Zélande dans une position délicate
Wellington se retrouve dans une situation inconfortable. D’un côté, la Chine est l’un de ses principaux partenaires commerciaux. De l’autre, la Nouvelle-Zélande est membre des Five Eyes – le réseau de renseignement anglophone qui comprend les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et le Canada.
Le gouvernement a choisi de ne pas céder à la pression. Son refus d’exiger des excuses des parlementaires concernés est un signal clair. Wellington entend préserver à la fois sa politique d’engagement avec Taïwan et sa crédibilité démocratique.
Le ministère des Affaires étrangères a précisé que des visites à Taïwan ne contredisent pas la politique d’une seule Chine reconnue par la Nouvelle-Zélande. Cette distinction – reconnaître la position de Pékin sans pour autant s’interdire tout contact avec Taipei – est celle que pratiquent la grande majorité des démocraties occidentales.
- Pékin sanctionne pour la première fois des parlementaires néo-zélandais pour une visite à Taïwan.
- L’ambassade de Chine lie la levée du ban à des excuses que Wellington refuse de formuler.
- La mesure marque une escalade : la Chine élargit ses pressions bien au-delà de ses adversaires directs.
- Wellington maintient sa position : les visites à Taïwan sont compatibles avec la politique d’une seule Chine.
- Ce précédent pourrait concerner d’autres pays aux relations similaires avec Taïwan.

Un précédent qui va au-delà de la Nouvelle-Zélande
Cette affaire peut être lue comme un avertissement adressé à l’ensemble des démocraties qui entretiennent des liens officieux avec Taïwan. Si Pékin est prêt à sanctionner un pays aussi peu conflictuel que la Nouvelle-Zélande, aucun partenaire ne semble à l’abri de ce type de pression. La question est désormais de savoir combien de gouvernements choisiront, eux aussi, de ne pas s’excuser.
Et vous, pensez-vous que les démocraties doivent maintenir leurs échanges avec Taïwan malgré les pressions chinoises ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : BBC News
