BYD, Alibaba, Baidu : pourquoi le Pentagone les accuse de liens avec l’armée chinoise
Le Pentagone a ajouté BYD, Alibaba et Baidu à sa liste de sociétés présumées liées à l’armée chinoise. Cette décision ne déclenche pas de sanctions immédiates, mais envoie un signal fort aux entreprises américaines. Elle soulève une question centrale : Washington cible-t-il des géants commerciaux chinois pour des raisons de sécurité réelle, ou cherche-t-il à contenir économiquement la Chine ?
- BYD, Alibaba et Baidu figurent désormais sur la liste Section 1260H du Département de la Défense américain.
- 188 entreprises chinoises sont classées comme « sociétés militaires chinoises » à risque pour la sécurité nationale.
- Aucune sanction automatique n’est prévue, mais l’inscription alerte les partenaires commerciaux américains.
- Pékin pourrait répondre par des mesures de rétorsion contre des entreprises américaines.
Une liste qui cible les champions industriels de la Chine
Le Département de la Défense américain a publié lundi une mise à jour de sa liste dite Section 1260H dans le Federal Register. Elle recense désormais 188 entreprises chinoises jugées comme une menace pour la sécurité nationale américaine. Parmi les nouvelles entrées : BYD, premier constructeur mondial de véhicules électriques, le géant du e-commerce Alibaba, et le moteur de recherche Baidu.
Ces trois groupes sont accusés d’agir comme contributeurs à la stratégie de « fusion militaro-civile » de Pékin. Ce concept désigne la politique chinoise qui vise à faire bénéficier les forces armées des avancées technologiques du secteur privé. Les entreprises réfutent fermement cette accusation.
- 188 entreprises chinoises classées sur la liste Section 1260H du Pentagone.
- BYD a dépassé Tesla en 2024 pour devenir le premier fabricant mondial de véhicules électriques.
- Plusieurs dizaines de ces sociétés fournissent directement ou indirectement des services commerciaux aux États-Unis.
- La liste Section 1260H existe depuis plusieurs années. Elle signale des risques aux organisations américaines, sans déclencher de sanctions automatiques.
- Des groupes comme Huawei, Tencent, DJI et CATL figuraient déjà sur cette liste avant cette mise à jour.
- BYD ne commercialise pas ses voitures aux États-Unis, mais reste un concurrent direct de Tesla à l’échelle mondiale.

Pas de sanctions directes, mais une pression réelle
L’inscription sur cette liste n’entraîne pas de sanctions immédiates. Elle sert d’avertissement aux entreprises et investisseurs américains qui travaillent avec ces groupes. Le risque politique et réputationnel peut toutefois peser sur leurs relations commerciales.
Pour Alibaba, l’impact potentiel est significatif. Le groupe reste actif dans les services cloud et le commerce international, avec des partenaires américains. Son porte-parole a été catégorique : « Alibaba n’est pas une entreprise militaire chinoise, ni partie à une stratégie de fusion militaro-civile. » Le groupe a annoncé qu’il engagerait toutes les voies légales disponibles.
Baidu a adopté le même ton. Son représentant a affirmé qu’il n’existait « aucune justification crédible » à son inclusion et qu’il userait de « toutes les options disponibles » pour être retiré de la liste.
Des accusations basées sur des programmes d’État, pas des contrats militaires
La chercheuse Stefanie Kam, analyste politique à l’Université technologique de Nanyang, pointe une fragilité dans le raisonnement américain. Selon elle, Washington a ciblé ces entreprises pour leur participation à des programmes étatiques chinois, et non sur la base de preuves claires de contrats avec l’armée. Cette distinction semble importante pour comprendre la nature réelle du risque invoqué.
Cette approche peut être lue comme une extension du champ de la « sécurité nationale » à des secteurs purement commerciaux. Les véhicules électriques et l’intelligence artificielle sont précisément des domaines où la Chine rivalise directement avec les États-Unis. BYD a surpassé Tesla cette année pour devenir le premier fabricant mondial de véhicules électriques.
Pékin dénonce une démarche discriminatoire
L’ambassade de Chine à Washington a qualifié la liste de « discriminatoire ». Elle a assuré que les entreprises chinoises respectent strictement les lois des pays où elles opèrent. La réaction officielle reste mesurée pour l’instant, mais le potentiel de riposte existe.
Stefanie Kam estime que Pékin pourrait interpréter cette décision comme une forme de « containment économique ». Plusieurs scénarios de rétorsion sont envisageables : des contre-sanctions, l’ajout d’entreprises américaines à une liste équivalente, ou une pression diplomatique ciblée. Aucune mesure concrète n’a encore été annoncée.
Une liste qui s’allonge, un signal qui se répète
La mise à jour de cette liste s’inscrit dans une tendance longue. Huawei, Tencent, DJI et le fabricant de batteries CATL y figurent déjà depuis des années. Huawei a régulièrement contesté ces accusations, affirmant son indépendance vis-à-vis du gouvernement chinois.
L’accumulation de noms sur cette liste renforce l’hypothèse d’une stratégie américaine plus large. Il ne s’agit plus de quelques sociétés aux activités militaires identifiées, mais de pans entiers de l’industrie chinoise high-tech. Ce glissement peut être interprété comme un changement de phase dans la rivalité technologique sino-américaine.
- BYD, Alibaba et Baidu rejoignent 185 autres entreprises sur la liste des sociétés militaires chinoises du Pentagone.
- Aucune sanction immédiate, mais un signal fort aux partenaires commerciaux américains de ces groupes.
- Les accusations reposent sur la participation à des programmes d’État, pas sur des preuves de contrats militaires directs.
- Pékin dénonce une démarche discriminatoire et conserve des options de rétorsion.
- Cette liste s’étend progressivement aux leaders mondiaux de la tech et de l’industrie chinoise.

Une guerre commerciale qui avance masquée
L’élargissement de la liste Section 1260H à BYD, Alibaba et Baidu marque une étape dans la rivalité économique entre les deux premières puissances mondiales. Ces entreprises ne vendent pas d’armes. Elles vendent des voitures, des services cloud et des algorithmes. Leur présence sur une liste militaire américaine soulève des questions légitimes sur les frontières entre sécurité nationale et protectionnisme économique. Le débat ne fait que commencer.
Et vous, pensez-vous que ces inscriptions relèvent de la sécurité nationale ou d’une stratégie de containment économique ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : BBC News
