Alibaba, Baidu, BYD sur liste noire américaine : Pékin contre-attaque

Alibaba, Baidu, BYD sur liste noire américaine : Pékin contre-attaque

Le Pentagone a ajouté lundi 9 juin 2025 trois géants chinois à sa liste noire des « compagnies militaires chinoises » : Alibaba, Baidu et BYD. Pékin a réagi le lendemain en exigeant que Washington « cesse de réprimer » les entreprises chinoises. La manœuvre intervient pourtant dans une période de relative détente entre les deux puissances, ce qui soulève une contradiction difficile à ignorer.

En bref

  • Le Pentagone a publié lundi une liste actualisée de 80 compagnies considérées comme des « entreprises militaires chinoises ».
  • Alibaba, Baidu et BYD y figurent pour la première fois officiellement.
  • Pékin a répondu en menaçant de « défendre vigoureusement » les intérêts de ses entreprises.
  • Cette décision intervient moins d’un mois après la visite de Donald Trump en Chine.

Une liste noire qui fait du bruit à Pékin

Le ministère américain de la Défense a publié lundi une nouvelle version de sa liste d’entités considérées comme des « compagnies militaires chinoises ». Cette liste recense des entreprises qui, selon Washington, opèrent directement ou indirectement au profit de l’armée chinoise sur le sol américain.

Trois noms ont retenu l’attention : Alibaba, le géant du commerce en ligne ; Baidu, le moteur de recherche dominant en Chine ; et BYD, le premier fabricant mondial de véhicules électriques. Leur inscription officialise ce qui avait été brièvement annoncé puis retiré en février 2025.

Chiffres clés

  • 80 compagnies figurent sur la liste du Pentagone, auxquelles s’ajoutent de nombreuses filiales.
  • La liste a été publiée moins d’un mois après la visite de Donald Trump en Chine.
  • Une première version avait été publiée puis retirée en février 2025, en plein préparatif de sommet entre Xi et Trump.
  • ChangXin Memory Technologies et Yangtze Memory Technologies réapparaissent sur la liste après en avoir été absentes en février.
Contexte

  • La liste des « compagnies militaires chinoises » est un outil légal américain. Elle sert à alerter les entreprises, les administrations et le public américains sur des partenaires commerciaux jugés liés à l’armée chinoise.
  • Elle ne déclenche pas automatiquement des sanctions ni des restrictions à l’export, mais elle crée une pression symbolique et juridique forte.
  • Les relations sino-américaines traversent une période de détente relative depuis octobre 2025, après une longue guerre commerciale. Le président Xi Jinping est attendu aux États-Unis cet automne.
Le bâtiment du Pentagone à Washington
Le Pentagone a publié une liste actualisée de 80 compagnies chinoises jugées liées à l’armée. (image générée avec IA Gemini)

Pékin monte au créneau et brandit la menace d’actions légales

La réaction de Pékin n’a pas tardé. Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a demandé aux États-Unis de « corriger leurs pratiques erronées ». Il a aussi dénoncé l’usage du concept de sécurité nationale pour établir des « listes discriminatoires sous différentes dénominations ».

La formulation est précise et politique. Elle semble indiquer que Pékin perçoit cette liste comme un outil de guerre économique déguisé en impératif sécuritaire. La Chine a averti qu’elle prendrait « les mesures nécessaires » pour défendre ses entreprises.

Les entreprises visées, elles, ont réagi avec une vigueur inhabituelle. Baidu a qualifié l’accusation de « totalement infondée » et se dit prête à « employer tous les moyens » pour obtenir son retrait. Alibaba conteste également, affirmant n’avoir aucun lien avec les marchés publics militaires américains. Le groupe assure que son inscription n’affectera pas ses activités courantes aux États-Unis ni ailleurs.

WuXiAppTec et les fabricants de puces dans le viseur

Le groupe pharmaceutique WuXiAppTec figure aussi sur la liste. Il nie toute affiliation militaire ou gouvernementale et promet des « mesures immédiates » pour contester sa désignation. Ses arguments sont détaillés : ni détention, ni contrôle, ni service rendu à l’armée chinoise.

Deux fabricants de puces mémoire réapparaissent sur la liste. ChangXin Memory Technologies et Yangtze Memory Technologies avaient été retirés de la version éphémère de février. Leur retour peut être lu comme un signal fort envoyé au secteur des semi-conducteurs chinois, déjà sous pression depuis plusieurs années.

Une tension qui résiste à la détente diplomatique

Le timing de cette publication soulève des questions. Trump venait de se rendre en Chine. Xi Jinping est invité à Washington cet automne. Les deux économies semblaient engagées sur une trajectoire d’apaisement depuis l’automne 2025.

Pourtant, la liste a bien été publiée. Et elle intègre des noms retirés en février précisément pour ne pas compromettre le sommet. Ce retour en arrière renforce l’hypothèse que certains acteurs à Washington souhaitent maintenir une pression structurelle sur les entreprises chinoises, indépendamment du contexte diplomatique du moment.

John Moolenaar, député républicain et responsable d’une commission parlementaire sur la Chine, a été explicite. Il a exhorté les entreprises américaines à « cesser de faire des affaires » avec ces groupes qui, selon lui, « menacent la sécurité nationale ».

Ce que risquent concrètement les entreprises listées

Figurer sur cette liste n’entraîne pas automatiquement de sanctions ni de restrictions à l’export. Alibaba l’a précisé dans son communiqué. Mais la désignation crée une pression réelle sur les partenaires américains de ces groupes. Elle complique les discussions commerciales, fragilise les partenariats et expose les entreprises à des contentieux.

Elle signale surtout une intention politique. Les entreprises américaines qui maintiennent des liens avec les entités listées s’exposent à des critiques politiques intenses. Dans un contexte de surveillance accrue du Congrès américain, ce risque de réputation n’est pas négligeable.

Ce qu’il faut retenir

  • Alibaba, Baidu, BYD et WuXiAppTec sont officiellement inscrits sur la liste noire militaire américaine.
  • Pékin a réagi en exigeant l’arrêt des « répressions » et en menaçant des mesures de défense.
  • L’inscription ne déclenche pas de sanctions automatiques, mais crée une pression politique et commerciale forte.
  • La publication intervient en pleine période de détente sino-américaine, ce qui souligne la fragilité de cet apaisement.
  • Deux fabricants de puces mémoire réapparaissent après avoir été retirés de la version de février 2025.
Véhicule électrique BYD dans une rue chinoise
BYD, premier fabricant mondial de véhicules électriques, conteste fermement son inscription sur la liste. (image générée avec IA Gemini)

Un signal stratégique difficile à ignorer

La liste du Pentagone n’est pas qu’un document administratif. Elle reflète la compétition technologique et stratégique entre Washington et Pékin, qui se poursuit même quand les diplomates se serrent la main. Les entreprises chinoises nommées sont parmi les plus visibles dans leurs secteurs respectifs. Les cibler envoie un message fort à l’ensemble de l’écosystème économique chinois.

Et vous, pensez-vous que cette liste noire est un outil légitime de sécurité nationale ou un instrument de guerre commerciale déguisé ? Donnez votre avis en commentaire.

Sources : France 24

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Qu'est-ce que la liste des 'compagnies militaires chinoises' du Pentagone ?
Il s’agit d’une liste publiée par le ministère américain de la Défense recensant des entreprises chinoises considérées comme travaillant, directement ou indirectement, au profit de l’armée chinoise sur le sol américain. Elle sert à alerter les acteurs économiques américains, mais n’entraîne pas automatiquement de sanctions ni de restrictions à l’exportation.
Pourquoi Alibaba, Baidu et BYD ont-ils été ajoutés à cette liste ?
Le Pentagone estime que ces groupes ont des liens, directs ou indirects, avec l’armée chinoise. Ces trois entreprises contestent fermement cette désignation et affirment n’avoir aucun lien avec les marchés publics militaires ou les programmes de fusion civilo-militaire chinois.
Quelles conséquences concrètes cette inscription entraîne-t-elle ?
L’inscription sur cette liste ne déclenche pas automatiquement des sanctions ou des restrictions à l’export. Elle crée néanmoins une pression politique et commerciale importante. Les entreprises américaines partenaires de ces groupes s’exposent à des critiques politiques, ce qui peut compliquer les partenariats et fragiliser les relations d’affaires.
Comment cette décision s'inscrit-elle dans les relations sino-américaines actuelles ?
La publication intervient moins d’un mois après la visite de Donald Trump en Chine et alors que Xi Jinping est attendu aux États-Unis cet automne. Elle souligne la fragilité de la détente diplomatique en cours : même en période d’apaisement, la compétition technologique et stratégique entre les deux puissances se poursuit.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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