Robotaxis : pourquoi la Chine domine là où l’Europe stagne
La Chine déploie déjà des flottes de robotaxis commerciales dans plusieurs grandes villes. L’Europe, elle, peine encore à sortir de la phase expérimentale. Ce décalage révèle un rapport de force technologique et réglementaire qui s’installe durablement entre les deux continents.
- Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz accumulent les retards sur leurs projets de robotaxis en Europe.
- La Chine opère des flottes commerciales 24h/24 à Wuhan, Pékin, Shenzhen et Shanghai.
- Le cadre réglementaire européen et les coûts matériels freinent tout déploiement à grande échelle avant 2027.
Des projets européens freinés dès le départ
Plusieurs constructeurs automobiles ont annoncé des projets de robotaxis avec enthousiasme. La plupart ont ensuite reculé discrètement. Tesla, souvent présenté comme le fer de lance du secteur, voit lui-même son déploiement ralentir sous la pression des exigences de sécurité et de problèmes logiciels non résolus.
Les acteurs européens ne sont pas en meilleure posture. Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz avancent, mais à un rythme qui tranche nettement avec celui de leurs concurrents chinois.
- Volkswagen a lancé un premier service pilote à Hambourg en juillet 2025, via sa filiale Moia.
- BMW a suspendu la fonctionnalité « eyes off » Personal Pilot de niveau 3 sur ses modèles phares.
- La certification commerciale pour des robotaxis sans conducteur en Europe est peu probable avant 2027.
- La Chine exploite des flottes opérationnelles dans au moins 5 grandes métropoles.
- La conduite autonome est classée en niveaux : le niveau 3 permet au conducteur de ne plus surveiller la route dans certaines conditions, le niveau 4 fonctionne sans conducteur dans des zones définies.
- En Europe, les réglementations allemandes et européennes imposent la présence d’un opérateur de sécurité formé lors des essais publics.
- En Chine, la conduite autonome fait partie des priorités technologiques nationales soutenues directement par l’État.

Volkswagen et BMW : des retraits qui en disent long
Volkswagen a créé sa filiale dédiée à la conduite autonome, VW ADMT, en juillet 2023. En avril 2025, le groupe annonce un partenariat avec Uber. Puis vient le service pilote de Hambourg. Mais la trajectoire vers un déploiement commercial reste semée d’embûches.
Les obstacles sont multiples :
- Des calendriers réglementaires stricts qui imposent un opérateur humain à bord lors des tests.
- Des coûts matériels élevés, qui ont conduit Volkswagen à rompre son alliance avec Bosch.
- Une demande consommateur insuffisante pour justifier les investissements.
BMW a, de son côté, abandonné la fonctionnalité « eyes off » de niveau 3 sur ses modèles premium. La raison est simple : les coûts ont explosé et les acheteurs ne sont pas prêts à payer pour des fonctionnalités d’autonomie limitées. Le constructeur bavarois recentre ses efforts sur des systèmes d’aide à la conduite de niveau 2, où le conducteur garde le contrôle et les yeux sur la route.
Un cadre réglementaire européen qui penche vers la prudence
L’Europe applique une logique de précaution face aux logiciels non éprouvés. Cette approche diffère nettement de celle adoptée aux États-Unis ou en Chine. Elle se traduit concrètement par des délais plus longs dans l’entraînement des algorithmes en conditions réelles.
Les autorités locales de sécurité et les protocoles d’enquête sur les accidents posent aussi un problème de capacité. Ils ne sont pas dimensionnés pour suivre un déploiement commercial rapide. Cela ajoute une couche de complexité que les opérateurs ne peuvent pas simplement contourner.
Par ailleurs, la densité des réseaux de transports en commun dans les villes européennes déplace les priorités. L’intégration des robotaxis dans ces systèmes existants semble plus réaliste que leur déploiement concurrent.
La Chine, déjà en phase commerciale dans plusieurs villes
Pendant que l’Europe teste, la Chine opère. Des robotaxis circulent déjà à Pékin, Wuhan, Shenzhen, Canton et Shanghai. Ces services ne sont pas cantonnés à des circuits fermés : les usagers les réservent via WeChat ou Alipay, comme n’importe quel VTC.
Des villes comme Wuhan et Shenzhen disposent de flottes qui tournent 24h/24. Ces zones pilotes restent délimitées par géorepérage – une technologie qui définit des périmètres géographiques virtuels – mais leur étendue est déjà significative.
Un incident notable a eu lieu en avril dernier : une perturbation technique du trafic à Wuhan a conduit à une suspension temporaire des licences. Mais les autorisations ont repris progressivement dès juillet. La Chine ne laisse pas un accident isolé remettre en cause une trajectoire nationale.
Les facteurs structurels qui donnent l’avantage à Pékin
Le soutien massif de l’État constitue le premier levier. La conduite autonome s’inscrit dans les objectifs technologiques nationaux chinois. Ce cadre politique se traduit par des autorisations plus rapides et des conditions d’expérimentation plus larges.
La filière des véhicules électriques joue aussi un rôle clé. Elle fournit des composants moins chers et permet d’augmenter les volumes de production. Les constructeurs de robotaxis chinois bénéficient ainsi d’un écosystème industriel que les Européens n’ont pas encore.
Les villes chinoises offrent également un terrain d’entraînement incomparable. La densité du trafic, la complexité des comportements piétons et la diversité des situations routières accélèrent l’apprentissage des algorithmes dans des conditions réelles.
Enfin, les consommateurs chinois se montrent plus ouverts à monter à bord de véhicules sans conducteur. Cette acceptation sociale facilite le déploiement et alimente les données dont les systèmes ont besoin pour progresser.
- L’Europe ne devrait pas obtenir de certification commerciale pour des robotaxis sans conducteur avant 2027.
- BMW et Volkswagen ont tous deux reculé sur leurs ambitions de niveau 3 face aux coûts.
- La Chine combine soutien étatique, filière industrielle intégrée et acceptation sociale pour avancer plus vite.
- Les incidents techniques en Chine n’arrêtent pas la dynamique globale du secteur.
- L’écart entre les deux zones se creuse à mesure que les flottes chinoises accumulent des données réelles.

Un retard qui pourrait coûter cher à l’industrie européenne
Le décalage actuel entre l’Europe et la Chine sur les robotaxis semble indiquer une bifurcation technologique durable. Les constructeurs européens restent compétitifs sur d’autres segments, mais sur la conduite autonome commerciale, ils accumulent du retard face à des acteurs qui opèrent déjà à grande échelle. La question n’est plus de savoir si l’Europe rattrapera son retard, mais à quel prix.
Et vous, feriez-vous confiance à un robotaxi pour vos déplacements quotidiens ? Dites-le en commentaire.
Sources : Euronews
