Puces intelligentes : la guerre technologique que se livrent les constructeurs chinois de voitures électriques

Puces intelligentes : la guerre technologique que se livrent les constructeurs chinois de voitures électriques

Li Auto, BYD, Nio, Xpeng : les grands constructeurs chinois de véhicules électriques ne se battent plus seulement sur les prix ou l’autonomie des batteries. Ils se lancent dans la conception de leurs propres puces d’intelligence artificielle pour la conduite autonome. Derrière cette course au silicium, un enjeu stratégique majeur : réduire leur dépendance à Nvidia et Horizon Robotics, tout en abaissant drastiquement leurs coûts de production.

En bref

  • Li Auto a dévoilé la puce Mach M100, gravée en 5 nm, avec une puissance de 1 280 TOPS.
  • BYD a lancé sa puce Xuanji A3 en 4 nm, capable de dépasser 2 100 TOPS en configuration triple.
  • Nio et Xpeng développent également leurs propres puces propriétaires.
  • La pénétration des systèmes d’aide à la conduite avancés a presque doublé en un an en Chine.

Li Auto et BYD ouvrent le feu avec leurs propres puces

Li Auto a franchi un cap symbolique en dévoilant la puce Mach M100. Gravée en 5 nanomètres, elle affiche une puissance de calcul de 1 280 TOPS – soit 1 280 billions d’opérations par seconde. Ce chiffre mesure la vitesse à laquelle un cerveau électronique peut traiter les données reçues en temps réel. La puce atteint un taux d’utilisation de 82 %, ce que Li Auto présente comme un indicateur d’efficacité remarquable. Elle équipe le nouveau SUV L9 Livis du constructeur.

Quelques semaines plus tôt, BYD avait déjà frappé fort. Son Xuanji A3, gravé en 4 nm, est entré en production de masse. En configuration triple – trois puces fonctionnant en parallèle -, il dépasse 2 100 TOPS. Cette architecture permet de prendre en charge les niveaux 3 et 4 de conduite autonome, où le véhicule peut gérer seul la quasi-totalité des situations de conduite.

Chiffres clés

  • 1 280 TOPS : puissance de la puce Mach M100 de Li Auto (5 nm)
  • 2 100 TOPS : puissance en configuration triple de la Xuanji A3 de BYD (4 nm)
  • 67,6 % : taux d’équipement en aide à la conduite intelligente dans les voitures neuves en 2025
  • 42,6 % : part des nouveaux véhicules dotés de systèmes NOA avancés en 2025, contre 21,6 % un an plus tôt
  • 10 000 yuans : économie réalisée par Nio sur chaque véhicule grâce à sa puce maison
Contexte

  • Nvidia et Horizon Robotics dominent aujourd’hui le marché des puces pour véhicules intelligents en Chine, avec des marges brutes respectives de 75 % et 65 % en 2025.
  • La conduite autonome de niveau 3 signifie que le véhicule peut gérer la conduite dans certaines conditions sans intervention du conducteur.
  • Le marché chinois des voitures électriques est le plus grand au monde, ce qui amplifie l’impact de chaque évolution technologique.
Puce semiconducteur automobile en gros plan sur circuit imprimé
La course aux puces maison redéfinit la chaîne technologique du véhicule intelligent. (image générée avec IA Gemini)

Nio et Xpeng rejoignent la course au silicium

Ce mouvement ne se limite pas à BYD et Li Auto. Nio a introduit sa propre puce NX9031, également gravée en 5 nm. Xpeng, de son côté, développe la puce Turing pour ses systèmes de conduite intelligente de nouvelle génération. Le signal est clair : concevoir son propre silicium devient une nécessité stratégique pour tout constructeur ambitieux.

Chaque puce maison permet une intégration plus étroite entre le matériel et le logiciel. Elle donne aussi aux constructeurs un contrôle direct sur leur feuille de route technologique, sans dépendre des calendriers ou des contraintes d’un fournisseur externe.

Une démocratisation brutale de la conduite intelligente

Ce n’est pas seulement une guerre entre constructeurs premium. La conduite intelligente envahit désormais le marché de masse. Le taux de pénétration des systèmes d’aide à la conduite dans les voitures neuves a atteint 67,6 % en 2025, selon le rapport annuel d’Horizon Robotics. Plus frappant encore : la part des véhicules équipés de systèmes avancés – incluant les fonctions NOA sur autoroute et en ville – a presque doublé en un an, passant de 21,6 % à 42,6 %.

Ce basculement s’est produit à une vitesse inhabituellement rapide dans le segment des voitures à moins de 200 000 yuans – soit environ 29 500 dollars. Ce segment représente 65 % des ventes de voitures particulières en Chine. Dans cette tranche de prix, le taux d’équipement en systèmes d’aide avancés est passé de 5 % en début d’année à plus de 50 % fin 2025.

BYD God’s Eye : la conduite autonome à 78 800 yuans

BYD illustre à lui seul cette bascule vers le bas de gamme. Son système God’s Eye B, qui intègre la navigation automatique en ville, est désormais disponible en option sur tous ses modèles pour 12 000 yuans. Résultat : le prix d’entrée d’une BYD avec conduite autonome urbaine descend à 78 800 yuans. Goldman Sachs note que plus de 60 % des acheteurs des modèles Seagull et autres ont opté pour ce pack.

Ce mouvement tarifaire semble indiquer une stratégie délibérée. En maîtrisant sa propre puce, BYD peut réduire les coûts des composants tout en améliorant ses marges. Goldman Sachs souligne que Nvidia et Horizon Robotics affichent des marges brutes de 75 % et 65 % respectivement. Autant de marge que BYD souhaite internaliser.

La dépendance à Nvidia : un risque stratégique à éliminer

Nvidia reste un acteur incontournable sur le marché des puces pour véhicules autonomes. Horizon Robotics, son principal challenger local, cotée à Hong Kong, n’en reste pas moins très exposée à cette concurrence des constructeurs intégrés. En développant leurs propres puces, les constructeurs chinois cherchent à ne plus dépendre de fournisseurs dont les prix, les marges et les priorités leur échappent.

Cette volonté d’autonomie technologique s’inscrit dans un contexte plus large. Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis ont renforcé la prise de conscience que toute dépendance critique envers un fournisseur étranger constitue une vulnérabilité. Le silicium automobile devient ainsi un terrain de souveraineté industrielle.

Chaîne d'assemblage d'une usine de véhicules électriques chinoise vue du dessus
BYD produit désormais sa puce Xuanji A3 en masse pour équiper ses véhicules à grande échelle. (image générée avec IA Gemini)

Des économies concrètes sur chaque véhicule produit

Les analystes de Huatai Securities estiment que la puce Xuanji A3 de BYD devrait améliorer les capacités de conduite intelligente du groupe tout en réduisant les coûts de production. L’exemple de Nio est éclairant : l’introduction de sa puce maison a permis une réduction directe de 10 000 yuans par véhicule.

Sur des volumes de production industrielle, ce type d’économie change radicalement l’équation financière. Pour un constructeur qui vend plusieurs millions de véhicules par an, 10 000 yuans d’économie par unité représente plusieurs milliards de yuans d’avantage compétitif.

Ce qu’il faut retenir

  • Li Auto, BYD, Nio et Xpeng conçoivent leurs propres puces IA pour réduire leur dépendance à Nvidia et Horizon Robotics.
  • La conduite intelligente avancée équipe désormais plus de 50 % des véhicules neufs à moins de 200 000 yuans en Chine.
  • La puce maison permet aux constructeurs d’économiser jusqu’à 10 000 yuans par véhicule.
  • BYD propose la conduite autonome urbaine dès 78 800 yuans, avec plus de 60 % de prise d’option sur certains modèles.
  • Le silicium automobile devient un enjeu de souveraineté industrielle autant qu’un levier de compétitivité.

Le silicium, nouvel avantage concurrentiel de l’industrie automobile chinoise

La course aux puces maison dans l’industrie automobile chinoise révèle un changement de phase profond. Ce n’est plus seulement une question de technologie : c’est une question de contrôle. Contrôle des coûts, contrôle de la feuille de route, contrôle de la chaîne d’approvisionnement. Les constructeurs chinois transforment une dépendance subie en avantage stratégique construit. Cette dynamique renforce l’hypothèse que la Chine ne cherche pas seulement à concurrencer Tesla ou BMW sur le design ou la batterie – mais à redéfinir les règles du jeu sur l’ensemble de la chaîne technologique du véhicule intelligent.

Et vous, pensez-vous que les constructeurs européens peuvent encore rattraper ce retard technologique ? Donnez votre avis en commentaire.

Sources : South China Morning Post

(Les illustrations de cet article ont été générées avec Gemini)
Qu'est-ce qu'un TOPS et pourquoi ce chiffre est-il important pour la conduite autonome ?
Le TOPS – Trillion Operations Per Second – mesure la vitesse à laquelle une puce peut traiter des données en une seconde. Plus ce chiffre est élevé, plus la puce peut analyser rapidement les informations provenant des capteurs radar, lidar et caméras du véhicule. Dans la conduite autonome, cela se traduit par des décisions plus rapides et plus précises en situations d’urgence.
Pourquoi les constructeurs chinois veulent-ils se passer de Nvidia ?
Nvidia affichait une marge brute de 75 % en 2025 sur ses puces pour véhicules intelligents. En développant leurs propres composants, les constructeurs récupèrent une partie de cette marge, réduisent leurs coûts par véhicule et s’affranchissent de toute dépendance envers un fournisseur étranger dont les priorités peuvent diverger des leurs.
Qu'est-ce que la conduite de niveau 3 ou niveau 4 ?
Le niveau 3 signifie que le véhicule peut gérer seul la conduite dans certaines conditions définies, mais que le conducteur doit rester prêt à reprendre le contrôle. Le niveau 4 va plus loin : le véhicule peut se conduire seul sans intervention humaine dans un périmètre géographique ou de conditions donné.
Comment BYD rend-il la conduite autonome accessible aux petits budgets ?
BYD propose son système God’s Eye B – qui intègre la navigation automatique en ville – en option à 12 000 yuans sur tous ses modèles. Cela abaisse le prix d’entrée d’un véhicule BYD avec conduite autonome urbaine à 78 800 yuans. Plus de 60 % des acheteurs de certains modèles comme le Seagull ont choisi cette option.

Pierre Woo

Je m'appelle Pierre, diplômé d'un MBA en affaires internationales. Je suis passionné par la Chine. J'ai étudié et travaillé dans l'empire du milieu pendant plusieurs années. Cette expérience a non seulement approfondi ma compréhension de la Chine moderne, mais elle m'a aussi permis de saisir les nuances complexes de son économie en rapide évolution.

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