Un livreur de repas chinois remporte le prestigieux prix Lu Xun de littérature
Wang Jibing livre des repas à vélo depuis des années. À 56 ans, il vient de recevoir le prix Lu Xun, l’une des plus grandes distinctions littéraires de Chine. Son recueil « Low Flight » raconte de l’intérieur la vie des travailleurs de la livraison. Cette reconnaissance soulève une question simple mais forte : qui peut prétendre à la parole littéraire en Chine aujourd’hui ?
- Wang Jibing, livreur de repas de 56 ans, a reçu le prix Lu Xun pour son recueil « Low Flight ».
- Le livre s’appuie sur ses expériences personnelles et des centaines d’entretiens avec d’autres livreurs.
- Le prix Lu Xun est l’une des plus hautes distinctions littéraires en Chine.
Un homme de terrain au sommet de la littérature chinoise
Wang Jibing n’est pas un écrivain de salon. Il parcourt les rues, livre des repas, observe, écoute. C’est de ce quotidien qu’est né « Low Flight ». Le titre lui-même évoque un vol rasant – celui des livreurs qui zigzaguent entre les voitures, sous les radars.
Le prix Lu Xun porte le nom de l’un des plus grands écrivains chinois du XXe siècle. Lu Xun était lui-même connu pour décrire sans détour la réalité sociale de son époque. Décerner ce prix à un livreur de repas n’est pas anodin. Cela peut être lu comme une forme de reconnaissance institutionnelle d’une littérature venue d’en bas.
- 56 ans : l’âge de Wang Jibing au moment de recevoir le prix Lu Xun.
- Des centaines d’entretiens menés avec d’autres livreurs pour nourrir le recueil.
- 1 recueil : « Low Flight », pierre angulaire de cette reconnaissance littéraire.
- Le prix Lu Xun est l’une des quatre plus hautes distinctions littéraires officielles en Chine.
- La Chine compte plusieurs dizaines de millions de travailleurs des plateformes de livraison, un secteur en forte croissance depuis dix ans.
- La littérature ouvrière connaît un regain d’intérêt en Chine, portée par des auteurs issus du monde du travail manuel.

« Low Flight » : une enquête autant qu’un recueil
Wang Jibing n’a pas seulement écrit sur lui-même. Il a conduit des centaines d’entretiens avec des collègues livreurs. Le résultat est un recueil à la croisée du témoignage, du reportage et de la littérature. Chaque texte capte une réalité vécue : la pression des délais, la fatigue, les accidents, les petites victoires invisibles.
Ce travail de collecte de paroles semble indiquer une ambition qui dépasse l’autobiographie. Wang Jibing voulait donner une voix à toute une catégorie de travailleurs que la Chine moderne tend à rendre invisibles, même si elle dépend d’eux chaque jour.
Une rupture dans le paysage littéraire chinois
La distinction entre « écrivain professionnel » et « voix du peuple » est ancienne en Chine. Le prix Lu Xun est généralement associé à des auteurs reconnus, souvent liés à des institutions culturelles. Wang Jibing représente un profil radicalement différent.
Son sacre renforce l’hypothèse d’un changement de phase dans la reconnaissance littéraire chinoise. Les jurys semblent s’ouvrir à des formes d’écriture nées hors des cercles académiques. Cette évolution n’est pas isolée : d’autres auteurs issus du monde ouvrier ont émergé ces dernières années, suscitant un débat sur ce que la littérature chinoise doit raconter et à qui elle appartient.
Le livreur comme figure sociale contemporaine
En Chine, les livreurs de repas sont partout. Meituan et Ele.me, les deux géants du secteur, emploient des millions de travailleurs. Ces hommes et ces femmes alimentent la vie urbaine quotidienne. Pourtant, leur condition réelle reste peu documentée dans l’espace public.
« Low Flight » comble en partie ce vide. Le recueil place ces travailleurs au centre du récit, pas en marge. C’est précisément ce que le prix Lu Xun semble saluer : non pas un exercice de style, mais une littérature utile, ancrée dans le présent.
Pourquoi cette reconnaissance dépasse la littérature
Le prix décerné à Wang Jibing a rapidement circulé sur les réseaux sociaux chinois. La réaction du public semble indiquer un écho fort. Beaucoup de lecteurs se reconnaissent dans ces portraits, ou reconnaissent quelqu’un qu’ils croisent chaque jour sans vraiment le voir.
Cette visibilité soudaine d’un travailleur de la livraison au sommet de la hiérarchie culturelle chinoise peut être interprétée comme un signal. Elle dit quelque chose sur les tensions entre la Chine de la croissance technologique et la Chine des travailleurs invisibles qui la font fonctionner.
- Wang Jibing, livreur de 56 ans, a remporté le prix Lu Xun pour « Low Flight ».
- Son recueil repose sur des centaines d’entretiens avec des travailleurs de la livraison.
- Le prix Lu Xun est l’une des plus hautes distinctions littéraires chinoises.
- Cette récompense semble marquer une ouverture vers une littérature issue du monde ouvrier.
- Elle met en lumière la condition des millions de livreurs qui structurent la vie urbaine chinoise.

Une voix qui monte de la rue
Wang Jibing n’a pas attendu d’être reconnu pour écrire. Il a écrit parce qu’il avait quelque chose à dire. Le prix Lu Xun lui donne maintenant une audience nationale. Son parcours rappelle que la littérature ne naît pas seulement dans les universités ou les maisons d’édition. Elle naît aussi sur les routes, entre deux livraisons.
Et vous, pensez-vous que la littérature ouvrière mérite davantage de place dans les grandes distinctions culturelles ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : BFMTV
