Pétrole ultra-profond : la Chine fore à 8 300 mètres pour s’affranchir des crises mondiales
À plus de 8 300 mètres sous le désert du Taklamakan, PetroChina extrait du pétrole dans des conditions extrêmes de pression et de température. Le gisement de Fuman, dans le Xinjiang, a déjà produit plus de 26 millions de tonnes d’équivalent pétrole depuis ses réservoirs ultra-profonds. Derrière cette performance technique spectaculaire se joue un enjeu stratégique majeur : la Chine veut réduire sa vulnérabilité face aux turbulences mondiales de l’énergie, notamment depuis que le détroit d’Ormuz perturbe les approvisionnements en pétrole du Golfe. La course à l’autosuffisance énergétique est lancée, et elle passe par des technologies que la Chine a dû développer elle-même.
- PetroChina fore à plus de 8 300 mètres en moyenne dans le gisement de Fuman (Xinjiang), l’un des plus profonds au monde.
- La Chine cible 440 millions de tonnes d’équivalent pétrole de production domestique d’ici 2030.
- Les perturbations autour du détroit d’Ormuz accélèrent la priorité donnée à l’autosuffisance énergétique.
- L’expansion offshore progresse aussi, avec le redéveloppement du gisement de Liuhua au large de Guangdong.
Fuman : un gisement qui redéfinit les limites du forage
Le champ pétrolier de Fuman, découvert en 2021, est officiellement le plus grand gisement ultra-profond de Chine. Ses ressources en pétrole et gaz dépassent un milliard de tonnes. Il est situé sous le désert du Taklamakan, dans le Xinjiang, à plus de 6 000 mètres de profondeur – la limite officielle à partir de laquelle un puits est classé « ultra-profond ».
Pour atteindre ces réservoirs, PetroChina a développé des outils de forage spécialisés. Les puits atteignent en moyenne 8 300 mètres de profondeur. C’est à peu près la hauteur de l’Everest. À ces profondeurs, les pressions et les températures sont si extrêmes qu’aucun équipement standard ne résiste.
Le gisement est en réalité composé de deux champs distincts : Hade et Fuman. Ensemble, ils constituent le complexe Hade-Fuman, qui a déjà produit plus de 26 millions de tonnes d’équivalent pétrole. Ce chiffre témoigne d’une montée en puissance rapide depuis la découverte il y a cinq ans.
- 26 millions de tonnes d’équivalent pétrole déjà extraites du gisement Hade-Fuman.
- 8 300 mètres : profondeur moyenne des puits forés dans le champ de Fuman.
- 1 milliard de tonnes : ressources estimées en pétrole et gaz du seul champ de Fuman.
- 420 millions de tonnes d’équivalent pétrole : production nationale totale de la Chine en 2025, un record historique.
- 440 millions de tonnes : objectif de production domestique fixé pour 2030.
- 220 000 km : longueur totale du réseau de pipelines visée d’ici 2030, contre 200 000 km aujourd’hui.
- Les perturbations autour du détroit d’Ormuz, passage clé du pétrole du Golfe, ont mis en évidence les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement mondiales en énergie.
- La Chine a publié un plan quinquennal dédié au secteur pétrolier et gazier, fixant des objectifs précis de production et d’infrastructure pour 2030.
- En 2025, la production nationale de pétrole brut a atteint 216 millions de tonnes, un niveau record.

Pourquoi le forage ultra-profond est une priorité stratégique
La Chine est le premier importateur de pétrole au monde. Cette dépendance est une vulnérabilité réelle, particulièrement visible depuis que les routes maritimes du Golfe sont perturbées. Les difficultés autour du détroit d’Ormuz ont rappelé à Pékin que même les chaînes d’approvisionnement les plus établies peuvent s’interrompre brutalement.
La réponse de Pékin est double : maintenir des réserves stratégiques de pétrole pour absorber les chocs à court terme, et développer massivement la production domestique pour réduire la dépendance structurelle à long terme. Le forage ultra-profond s’inscrit dans la seconde logique.
L’objectif est clair : atteindre 440 millions de tonnes d’équivalent pétrole de production domestique par an d’ici 2030. La Chine était à 420 millions de tonnes en 2025. L’écart à combler est donc de 20 millions de tonnes en quatre ans. Le développement de gisements comme Fuman est l’un des leviers principaux.
Une technologie que la Chine a dû bâtir elle-même
Forer à 8 300 mètres dans un désert ne s’improvise pas. PetroChina a dû concevoir des outils spécifiques capables de résister aux conditions extrêmes des réservoirs ultra-profonds. Les températures et les pressions à ces profondeurs dégradent ou détruisent les équipements conventionnels.
La percée a été rendue possible par des avancées dans deux domaines : la compréhension géologique des réservoirs complexes enfouis très profondément, et le développement de technologies d’exploration et d’extraction adaptées. Ces deux progrès sont le fruit de plusieurs années de recherche menées par PetroChina.
C’est précisément cette capacité à transformer une connaissance scientifique en outil industriel opérationnel qui explique la découverte de 2021. Sans ces percées technologiques internes, les ressources de Fuman seraient restées inaccessibles, quelle que soit leur abondance.
L’offshore, deuxième front de l’expansion pétrolière
Le développement continental n’est pas le seul axe. La Chine accélère aussi son exploration et sa production en mer. Le gisement de Liuhua, situé au large de Zhuhai dans la province du Guangdong, illustre cette dynamique.
Découvert à la fin du XXe siècle, Liuhua a bénéficié d’un programme de redéveloppement engagé fin 2024. Les avancées dans les technologies chinoises de forage en eaux profondes ont permis d’améliorer l’efficacité d’extraction dans des conditions offshore difficiles. La production cumulée du champ a dépassé deux millions de tonnes de brut.
L’expansion offshore complète la stratégie continentale. Elle permet de diversifier les zones de production et de réduire la concentration des risques sur une seule région géographique.
Un réseau de pipelines qui doit suivre la montée en puissance
Extraire plus de pétrole et de gaz ne suffit pas si les infrastructures de transport ne suivent pas. C’est pourquoi le plan quinquennal chinois prévoit l’ajout de 20 000 km de nouveaux pipelines longue distance. Le réseau national atteindrait ainsi 220 000 km, soit plus de cinq fois le tour de la Terre.
Ce chantier est colossal. Il conditionne directement la capacité de la Chine à acheminer la production des gisements reculés – comme ceux du Xinjiang – vers les centres industriels et urbains côtiers. Sans ce réseau, la production additionnelle ne peut pas être valorisée.
L’enjeu dépasse la simple logistique. Un réseau dense réduit la dépendance aux importations maritimes et sécurise l’approvisionnement intérieur en cas de crise internationale prolongée.
- Le gisement de Fuman, dans le Xinjiang, est le plus grand gisement ultra-profond de Chine, avec plus d’un milliard de tonnes de ressources.
- PetroChina fore en moyenne à 8 300 mètres, grâce à des technologies développées en interne.
- La Chine vise 440 millions de tonnes d’équivalent pétrole de production domestique d’ici 2030.
- L’expansion offshore et le doublement des pipelines complètent la stratégie de sécurité énergétique.
- Les perturbations du détroit d’Ormuz ont accéléré cette priorité nationale.
La percée de Fuman n’est pas un exploit technique isolé. Elle traduit une logique de long terme : la Chine investit massivement dans les technologies les plus difficiles – forage ultra-profond, eaux profondes offshore – précisément parce que les ressources faciles d’accès s’épuisent et que la dépendance aux importations est un risque politique et économique réel.
La capacité à développer ses propres outils de forage, plutôt que d’en importer, est au cœur de cette stratégie. Pour l’Europe et la France, ce mouvement est un signal. Pékin construit méthodiquement une autonomie énergétique fossile pendant sa transition vers les renouvelables – les deux en parallèle.
Les Européens, eux, ont réduit leur production fossile sans avoir encore sécurisé leur autonomie en énergie propre. C’est un pari risqué dans un monde où les crises d’approvisionnement se multiplient. Ce que le lecteur français devrait en retenir : la sécurité énergétique n’est pas une option. La Chine le sait depuis longtemps. Elle agit en conséquence.

Une ambition 2030 qui repose sur des bases solides
L’objectif de 440 millions de tonnes annuelles d’ici 2030 paraît ambitieux. Mais il est ancré dans des réalités tangibles : des gisements déjà en production, des technologies maîtrisées, un plan d’infrastructure détaillé. La Chine était déjà à 420 millions de tonnes en 2025. Le cap 2030 représente une hausse de moins de 5 % supplémentaires.
Ce n’est pas un objectif politique déconnecté de la réalité industrielle. C’est une projection calculée, appuyée sur des investissements déjà engagés et des technologies déjà opérationnelles. Le risque principal n’est pas technique – il est géopolitique : une résolution des tensions autour d’Ormuz pourrait réduire la pression à court terme sur la production domestique.
Mais Pékin ne parie pas sur l’apaisement géopolitique. La stratégie d’autosuffisance se construit pour durer, indépendamment du contexte international du moment.
Que pensez-vous de la stratégie chinoise d’autosuffisance énergétique ? La course au forage ultra-profond est-elle une réponse durable aux crises d’approvisionnement ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post
