38 000 baskets contrefaites venues de Chine détruites au Havre après 15 ans de procédure
En juin 2025, près de 38 000 paires de baskets contrefaites saisies en 2011 au port du Havre ont été broyées puis incinérées. Derrière cette opération se cache l’une des plus longues procédures douanières de l’histoire récente française : quinze ans de bataille judiciaire pour un trafic venu de Chine. Ce dossier illustre à la fois la lenteur du système judiciaire face à la contrefaçon et l’ampleur d’un trafic qui ne faiblit pas.
- 38 000 paires de baskets contrefaites saisies en 2011 au Havre, finalement détruites en juin 2025.
- L’importateur condamné en décembre 2025 à 1,56 million d’euros d’amende et 3 ans de prison.
- Plus de 20 millions de produits contrefaits saisis en France en 2024, dont 1,2 million au Havre.
Quinze ans pour en finir avec trois conteneurs chinois
Tout commence en 2011. Les douanes du Havre interceptent trois conteneurs en provenance de Chine. À l’intérieur : des dizaines de milliers de baskets imitant des grandes marques. Les marchandises sont saisies, mises sous scellés, entreposées dans un lieu tenu secret.
La procédure judiciaire qui s’ouvre alors va durer quinze ans. Un délai exceptionnel, même pour des affaires de contrefaçon. En décembre 2025, l’importateur français est finalement condamné à une amende douanière de 1,56 million d’euros, 260 000 euros pour blanchiment douanier, et trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis.
Une fois le jugement rendu, les 38 000 paires attendaient encore leur sort dans les entrepôts douaniers. Le 3 juin dernier, elles ont été détruites dans un centre spécialisé du Havre, sous contrat avec les douanes.
- 38 000 paires de baskets contrefaites saisies en 2011 et détruites en juin 2025.
- 1,56 million d’euros d’amende douanière prononcée contre l’importateur.
- 3 ans d’emprisonnement, dont 2 avec sursis, pour l’importateur condamné en décembre 2025.
- Plus de 20 millions de produits contrefaits saisis en France en 2024.
- 1,2 million de produits contrefaits saisis au seul port du Havre en 2024.
- Le Havre est le principal port à conteneurs français et l’un des points d’entrée majeurs pour les contrefaçons en provenance d’Asie.
- La loi française interdit la revente ou la redistribution de produits contrefaits saisis : leur destruction est systématique.
- La contrefaçon touche tous les secteurs : vêtements, chaussures, jouets, produits technologiques, pièces automobiles et produits de consommation courante.

Un broyeur industriel comme point final
Le 3 juin, deux grues mobiles ont saisi les cartons de chaussures à l’aide de leur grappin. Elles les ont écrasés, puis jetés dans une broyeuse industrielle. Les morceaux déchiquetés seront soit incinérés, soit transformés en combustible solide.
Stéphane Peterson, directeur régional chez UNIFER Environnement, précise que les résidus obtenus peuvent alimenter les chaudières de cimenteries : une matière très calorifique issue de déchets broyés. Dans ce cas précis, c’est la voie de l’incinération qui a été retenue, en partenariat avec un acteur local.
Un destin industriel pour des chaussures qui auront passé plus de temps dans un entrepôt douanier que sur n’importe quel étalage.
Détruire ou redistribuer : un débat qui revient régulièrement
La destruction de 38 000 paires de chaussures a relancé une question récurrente. Pourquoi ne pas redistribuer ces produits à des personnes dans le besoin plutôt que de les broyer ?
Les douanes apportent une réponse constante. La loi interdit toute réintroduction de produits contrefaits dans les circuits commerciaux ou humanitaires. Mais il y a une autre raison, moins connue : ces chaussures, produites hors normes, peuvent contenir des matériaux toxiques ou dangereux. Leur conformité aux standards de sécurité n’est pas garantie.
Anthony, douanier basé au Havre, résume le problème :
- Les produits de luxe et les grandes marques françaises sont les premières cibles.
- Les produits de consommation courante – savons, shampoings – sont aussi copiés massivement.
- Les jouets représentent une menace particulière, car ils peuvent être contrefaits très rapidement et touchent directement les enfants.
Le Havre, porte d’entrée d’un trafic massif
Le port du Havre est au cœur du dispositif de lutte contre la contrefaçon en France. En 2024, plus de 1,2 million de produits contrefaits y ont été interceptés. Sur l’ensemble du territoire français, ce sont plus de 20 millions de produits saisis en une seule année.
Ces chiffres soulignent une réalité : la contrefaçon n’est pas un phénomène marginal. Elle attire des réseaux criminels organisés, capables d’inonder les marchés européens via les grands ports conteneurisés.
Le Havre reçoit chaque semaine des centaines de conteneurs venus d’Asie. Les douaniers ne peuvent pas tout scanner. Les saisies ne représentent qu’une fraction du volume réel qui circule.
Une condamnation qui soulève la question de l’efficacité dissuasive
L’affaire des baskets chinoises pose une question de fond. Quinze ans de procédure pour aboutir à une condamnation : est-ce suffisamment dissuasif ?
L’importateur a écopé de 1,56 million d’euros d’amende et de trois ans de prison. Une peine significative sur le papier. Mais pendant quinze ans, les marchandises saisies ont mobilisé des ressources douanières considérables : entrepôts, personnels, frais de stockage, procédures judiciaires.
La longueur de cette procédure semble indiquer que le système judiciaire reste peu adapté à la cadence du trafic de contrefaçons, qui se renouvelle en permanence.
- 38 000 baskets contrefaites venues de Chine en 2011 ont été détruites en juin 2025 au Havre.
- L’importateur a été condamné à 1,56 million d’euros d’amende et 3 ans de prison après 15 ans de procédure.
- La loi interdit toute redistribution des contrefaçons saisies, même à des fins humanitaires.
- En 2024, plus de 20 millions de produits contrefaits ont été saisis en France.
- La durée exceptionnelle de cette procédure soulève des questions sur la capacité du système judiciaire à répondre à ce trafic.

Un trafic qui ne montre aucun signe de ralentissement
Quinze ans après la saisie, les baskets chinoises ont fini dans un broyeur. Mais d’autres conteneurs continuent d’arriver. Les douanes du Havre le savent mieux que quiconque.
Les réseaux de contrefaçon s’adaptent vite. Ils diversifient les produits, les itinéraires et les circuits de distribution. Tant que la demande de produits copiés reste forte – et elle l’est – le trafic se recomposera autour des saisies.
Cette affaire vous interpelle ? Avez-vous déjà acheté un produit contrefait sans le savoir ? Partagez votre expérience en commentaire.
Sources : Euronews
