SpaceX exclut les investisseurs chinois de son introduction en Bourse : entre sécurité nationale et calcul politique
SpaceX entre en Bourse le 12 juin avec une valorisation attendue de plus de 1 000 milliards de dollars. Une opération historique – la plus grande introduction boursière jamais réalisée – dont les investisseurs chinois et hongkongais sont formellement exclus. Ce choix, rarissime dans l’histoire des marchés financiers, soulève une question : s’agit-il vraiment d’une exigence de sécurité nationale, ou d’un signal politique adressé à Donald Trump ?
- SpaceX vise une levée de fonds d’environ 75 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse le 12 juin 2025.
- Les ressortissants chinois et hongkongais sont explicitement exclus de l’opération, une première historique.
- SpaceX invoque la réglementation américaine sur le trafic d’armes (Itar) pour justifier cette décision.
- Des experts estiment que le geste répond autant à un calcul politique qu’à une contrainte juridique réelle.
L’IPO du siècle, sans la Chine
SpaceX s’apprête à battre tous les records boursiers. Avec une levée de fonds estimée à 75 milliards de dollars, l’opération dépasse largement les plus grandes introductions en Bourse de l’histoire.
Pour comparaison, Saudi Aramco avait levé 29,4 milliards de dollars en 2019. Alibaba avait récolté 25 milliards lors de son entrée au New York Stock Exchange en 2014. SpaceX ferait donc plus que doubler le précédent record mondial.
Pourtant, la société d’Elon Musk a choisi d’exclure un pays entier de l’opération. Les ressortissants de Chine continentale et de Hong Kong ne peuvent pas acheter d’actions. Un message d’erreur s’affichait directement sur le site officiel de SpaceX pour quiconque tentait de remplir un formulaire depuis ces territoires.
- 75 milliards de dollars : montant estimé de la levée de fonds de SpaceX, un record mondial absolu.
- 1 000 milliards de dollars : valorisation cible visée par Elon Musk pour SpaceX.
- 250 millions : nombre d’investisseurs boursiers en Chine selon China Daily.
- 29,4 milliards de dollars : précédent record mondial détenu par Saudi Aramco depuis 2019.
- 38 % : hausse du cours d’Alibaba lors de son premier jour de cotation en 2014.
- SpaceX travaille avec le Pentagone et les agences de renseignement américaines, notamment via le programme de satellites militaires Starshield.
- La réglementation Itar encadre strictement le commerce de technologies sensibles liées à la défense, dont les lanceurs spatiaux.
- Les relations économiques sino-américaines restent marquées par des restrictions croissantes dans les secteurs technologiques sensibles.

L’argument Itar : solide sur le fond, discutable sur la forme
SpaceX justifie l’exclusion par la réglementation Itar – International Traffic in Arms Regulations. Cette loi américaine encadre strictement le commerce de technologies sensibles pour la défense nationale.
Les fusées Falcon et Starship, ainsi que le programme Starshield, sont clairement concernés. SpaceX n’est pas un simple acteur commercial de l’aérospatiale. Le groupe travaille directement avec le Pentagone et les agences de renseignement américaines.
Mais l’argument juridique a ses limites. Comme le souligne Grégoire Kounowski, conseiller en stratégie d’investissement chez Norman K : « une société cotée a l’obligation de partager des données financières avec ses actionnaires, mais pas sa technologie ni ses secrets de fabrication. » Devenir actionnaire de SpaceX ne donne pas accès aux informations les plus sensibles.
Autrement dit, l’argument sécuritaire ne suffit pas à lui seul à expliquer une exclusion aussi radicale. D’autres entreprises cotées travaillant avec la défense n’ont jamais franchi ce pas.
Un geste politique autant que juridique
Plusieurs experts interrogés par France 24 voient dans cette décision un calcul politique clair. Elon Musk chercherait à « marquer des points auprès de Donald Trump », selon leurs termes.
Washington surveille de près l’accès de la Chine aux entreprises américaines dans les secteurs clés. L’aéronautique et l’intelligence artificielle figurent en tête de liste. SpaceX est actif dans ces deux domaines.
L’opération se fait à peu de frais pour Musk. La demande mondiale dépasse largement l’offre disponible. SpaceX n’a tout simplement pas besoin des investisseurs chinois pour boucler son opération. Exclure la Chine ne coûte rien financièrement, mais envoie un signal fort à Washington.
Une exclusion difficile à appliquer vraiment
En pratique, cette interdiction reste poreuse. Louise Girard, analyste chez XTB, le dit clairement : SpaceX peut refuser de vendre directement à des investisseurs chinois, mais il est beaucoup plus difficile d’empêcher leur participation indirecte.
Des comptes de courtage offshore, des produits financiers complexes incluant SpaceX parmi d’autres valeurs, ou des fonds d’investissement intermédiaires – autant de voies de contournement possibles. Les banques gérant l’opération ne peuvent pas vérifier l’identité réelle de chaque investisseur final dans ces structures.
Grégoire Kounowski le résume sobrement : les investisseurs chinois qui le veulent vraiment trouveront des moyens de participer malgré tout.
Les investisseurs chinois prêts à prendre tous les risques
L’engouement en Chine pour SpaceX est réel et parfois inquiétant. Le Financial Times a documenté un phénomène préoccupant : des cryptomonnaies présentées comme adossées à des actions SpaceX circulent activement sur le marché chinois. Des investisseurs s’y sont précipités sans vérifier la solidité réelle de ces produits.
Par ailleurs, les achats d’actions d’entreprises chinoises de l’aérospatiale ont explosé. Certains boursicoteurs ont misé sur des fabricants d’antennes satellites qui pourraient théoriquement travailler pour SpaceX. Un comportement que les experts qualifient d’inquiétant.
La prudence s’impose pourtant. La valorisation cible de 1 000 milliards de dollars semble déconnectée de la valeur économique réelle de SpaceX selon plusieurs analystes. Kounowski et Dryden partagent ce diagnostic : l’aventure boursière risque de mal se terminer pour une partie des investisseurs non avertis.

SpaceX, premier d’une série d’IPO géopolitiquement sensibles ?
Ce précédent pourrait faire école. OpenAI et Anthropic devraient entrer en Bourse dans les prochains mois. Les deux entreprises développent des outils d’intelligence artificielle utilisés par le ministère américain de la Défense.
Elles devront se poser exactement les mêmes questions que SpaceX. Autorisent-elles des investisseurs chinois ? À quelles conditions ? Sur quelle base légale ?
Pour Alex Dryden, spécialiste des marchés à l’université de Londres, SpaceX marque peut-être le début d’une nouvelle catégorie d’introductions en Bourse – celles où la géopolitique pèse autant que les fondamentaux financiers.
- SpaceX vise la plus grande IPO de l’histoire avec 75 milliards de dollars levés.
- Les investisseurs chinois et hongkongais sont exclus, une première dans l’histoire boursière mondiale.
- L’argument Itar est réel mais insuffisant à lui seul pour expliquer une exclusion aussi totale.
- La décision semble répondre autant à un calcul politique envers Washington qu’à une obligation légale.
- OpenAI et Anthropic devront probablement affronter les mêmes dilemmes géopolitiques lors de leurs entrées en Bourse.
Un tournant pour les marchés financiers mondiaux
L’exclusion de la Chine de l’IPO SpaceX n’est pas qu’un détail technique. Elle illustre une transformation profonde des marchés financiers mondiaux. La finance n’échappe plus aux tensions géopolitiques entre Washington et Pékin. Les introductions en Bourse deviennent elles aussi un terrain de rivalité stratégique.
Pensez-vous que d’autres grandes entreprises technologiques américaines vont suivre l’exemple de SpaceX et exclure la Chine de leurs prochaines introductions en Bourse ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : France 24, South China Morning Post
