Trump et Xi à Pékin : partenaires affichés, dossiers brûlants sous la table
Donald Trump a atterri à Pékin le 13 mai pour une visite d’État de deux jours, la première d’un président américain depuis sa propre visite en 2017. Xi Jinping a déroulé le tapis rouge. Mais derrière le faste du protocole, les sujets de tension sont nombreux : Taïwan, l’Iran, le commerce, les semi-conducteurs. Ce sommet peut être lu comme une tentative des deux puissances de gérer leurs crises sans les aggraver – pas nécessairement de les résoudre.
- Xi Jinping a accueilli Trump avec les honneurs au Palais du peuple, canon, soldats et enfants brandissant les drapeaux.
- Xi a lancé un avertissement direct sur Taïwan : « Si ce dossier est mal traité, les deux pays entreront en conflit. »
- Trump a affirmé que Xi lui avait proposé son aide sur le détroit d’Ormuz et promis de ne pas livrer d’armes à l’Iran.
- Boeing repart avec un engagement d’achat d’environ 200 avions – un chiffre inférieur aux attentes.
Un accueil en grande pompe pour masquer les fractures
Xi Jinping n’a rien laissé au hasard. À l’arrivée de Trump au Palais du peuple, les canons ont retenti. Des cordons de soldats impeccables ont défilé. Des enfants ont agité les drapeaux des deux pays en criant « bienvenue ».
Xi a ensuite emmené Trump visiter le temple du Ciel, site historique et emblématique de Pékin. Il a organisé un grand banquet en son honneur. À table, Trump est resté inhabituellement silencieux. Il a qualifié ses échanges avec Xi d' »extrêmement positifs » et présenté le président chinois comme son « ami ».
Dans ses rares déclarations face aux caméras, Trump a promis un « avenir fabuleux » aux relations sino-américaines. Xi, lui, a fixé le cap en une formule : « Nous devons être des partenaires, pas des rivaux. »
- 2017 : dernière visite d’un président américain en Chine – c’était déjà Trump.
- Environ 200 avions : engagement de Pékin d’acheter des appareils Boeing, selon Trump sur Fox News.
- -5 % : chute de l’action Boeing après l’annonce, jugée décevante par les marchés.
- Près de 1 000 milliards de dollars : déficit commercial américain que Washington veut réduire.
- 24 septembre : date à laquelle Trump a invité Xi Jinping et son épouse à la Maison Blanche.
- En 2025, les deux pays ont livré une guerre commerciale intense, à coups de droits de douane exorbitants et de restrictions multiples.
- Une trêve commerciale avait été conclue en octobre, mais ses suites restent à définir.
- Depuis le retour de Trump à la Maison Blanche, la Chine est aussi touchée par les manœuvres américaines au Venezuela et au Moyen-Orient.

Taïwan : Xi Jinping hausse le ton d’entrée de jeu
Avant même la fin des entretiens, les médias d’État chinois ont publié les propos de Xi sur Taïwan. Le message est direct. Taïwan est « la question la plus importante dans les relations sino-américaines », selon Xi Jinping.
« Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit », a-t-il prévenu. Le mot utilisé en mandarin ne renvoie pas nécessairement à un conflit militaire – mais l’avertissement reste sans ambiguïté.
La Maison Blanche, elle, n’a pas évoqué Taïwan dans son compte-rendu officiel des discussions. Le ministre américain des Finances, Scott Bessent, a simplement indiqué que Trump s’exprimerait sur le sujet « dans les prochains jours ». Un silence qui sème lui aussi des questions.
Iran et détroit d’Ormuz : Xi offre un levier à Trump
Trump a affirmé, dans un extrait d’interview accordée à Fox News depuis Pékin, que Xi lui avait « affirmé avec force » qu’il n’enverrait pas d’équipement militaire à l’Iran. Une déclaration notable, même si Pékin n’en a pas fait mention dans son propre résumé des échanges.
Sur le détroit d’Ormuz, Xi se serait dit prêt à aider à sa réouverture. Ce détroit est stratégique pour la Chine : une grande partie de ses importations de pétrole y transite. Sa quasi-fermeture, sous l’effet des blocus iranien et américain, pèse directement sur l’économie chinoise.
L’agence iranienne Tasnim a indiqué, le jour même du sommet, que des forces iraniennes avaient autorisé depuis la veille le passage de « plusieurs navires » chinois. Coïncidence ou signal diplomatique, l’information est venue renforcer l’atmosphère de détente.
Selon la Maison Blanche, Xi aurait aussi exprimé son intérêt pour acheter davantage de pétrole américain, afin de réduire sa dépendance au détroit. Pékin n’a pas confirmé cet intérêt dans ses propres communications.
Intelligence artificielle : un terrain de méfiance mutuelle
Scott Bessent a indiqué que les deux pays allaient « discuter de garde-fous » concernant l’intelligence artificielle. L’objectif affiché : éviter que l’IA ne serve de vecteur à des cyberattaques entre les deux puissances.
Ce point semble indiquer une prise de conscience partagée des risques technologiques. Mais les divergences restent profondes sur l’accès aux semi-conducteurs et aux technologies sensibles. Ces questions n’ont pas fait l’objet d’annonces concrètes lors du premier jour du sommet.
Une armada de patrons américains dans les bagages de Trump
Trump n’est pas venu seul. Il a emmené avec lui Elon Musk, le PDG d’Apple et celui de Nvidia, géant des puces électroniques. Le PDG de Boeing, Kelly Ortberg, était aussi du voyage.
Boeing repart avec un engagement de Pékin d’acheter environ 200 « gros » avions, selon Trump. Mais ce chiffre a déçu les marchés. L’action de l’avionneur a plongé de plus de 5 % après l’annonce. Les attentes étaient visiblement bien au-delà.
Cette délégation de grands patrons illustre l’un des objectifs américains du voyage : réduire un déficit commercial qui dépasse les 1 000 milliards de dollars. Xi, de son côté, a promis devant ces mêmes dirigeants que les portes de la Chine allaient « s’ouvrir toujours plus grand ».

Des déclarations fortes, peu d’accords concrets
Le premier jour du sommet a produit surtout du symbole. Les formules ont fusé des deux côtés. Les gestes de bonne volonté ont été nombreux. Les résultats tangibles, eux, restent rares.
C’est peut-être la réalité de ce type de sommet entre superpuissances. Les deux dirigeants ont choisi de soigner l’atmosphère. Ils semblent vouloir éviter une escalade supplémentaire, après une guerre commerciale déjà très coûteuse des deux côtés.
- Xi a accueilli Trump avec un protocole d’exception, signe d’une volonté d’apaisement affiché.
- L’avertissement de Xi sur Taïwan reste le moment le plus fort politiquement du sommet.
- Sur l’Iran et Ormuz, les positions chinoises semblent plus souples – mais sans engagement écrit.
- Les annonces commerciales restent en deçà des attentes, Boeing en tête.
- Le deuxième jour de discussions déterminera si ce sommet débouche sur des engagements réels.
Le vrai test commence au deuxième jour
Les amabilités échangées entre Trump et Xi le 13 mai posent un cadre. Elles ne règlent rien. Les dossiers Taïwan, Iran, commerce et technologie restent ouverts et sensibles. Le deuxième jour de ce sommet – et surtout les semaines qui suivront – diront si cette atmosphère cordiale se traduit en gestes concrets ou reste un exercice de communication.
Et vous, pensez-vous que ce sommet Trump-Xi peut réellement changer la dynamique entre les deux puissances ? Dites-le en commentaire.
Sources : France 24, Franceinfo
