Trump fragilise l’Occident : la Chine en profite pour s’imposer sur la scène mondiale
Donald Trump entame le 13 mai une visite d’État de trois jours à Pékin. Il s’y rend après une pause d’un an dans la guerre commerciale sino-américaine. Mais derrière l’apparente détente, Xi Jinping aborde ce sommet en position de force. Depuis son retour à la Maison Blanche, le président américain a involontairement offert à la Chine une opportunité stratégique rare : éroder la crédibilité américaine sans que Pékin ait à changer quoi que ce soit à sa politique.
- Trump entame une visite d’État à Pékin le 13 mai, après une trêve commerciale décidée en octobre.
- Ses tensions avec les alliés occidentaux ont affaibli l’image des États-Unis et renforcé celle de la Chine.
- Pékin se positionne en puissance stable face à une Amérique imprévisible, sans avoir modifié sa stratégie.
Xi Jinping en position de force avant le sommet
Steve Tsang, directeur de l’Institut Chine à l’Université de Londres, est direct : depuis son retour au pouvoir, « Donald Trump a fait plus que quiconque pour réaliser les ambitions de Xi Jinping ». Une formule qui résume un paradoxe central. Le président américain est, selon le même expert, « à la fois une bénédiction et un cauchemar » pour Pékin.
Une bénédiction, parce que Trump a fracturé les alliances occidentales que la Chine ne parvenait pas à fissurer seule. Un cauchemar, parce que la guerre commerciale et le blocage du détroit d’Ormuz ont tout de même pesé sur l’économie chinoise. Mais le bilan net penche clairement d’un côté.
- 66 organisations internationales quittées par les États-Unis depuis janvier 2025, dont une majorité liées à l’ONU.
- En janvier 2026, quatre dirigeants alliés de Washington – présidents ou Premiers ministres – se sont rendus à Pékin en un seul mois.
- Une enquête Politico de mars 2026 révèle qu’une part croissante des Français, Allemands, Canadiens et Britanniques jugent la Chine plus fiable que les États-Unis.
- Les États-Unis et la Chine ont décidé en octobre 2025 une pause d’un an dans leur guerre commerciale.
- Le blocage du détroit d’Ormuz a provoqué une crise énergétique touchant notamment le Japon, l’Australie et la Corée du Sud.
- Pékin mène depuis des années une stratégie d’influence au sein des organisations onusiennes, que le retrait américain amplifie.

Les alliés de Washington font la queue à Pékin
Le signal est visible. En janvier 2026, le président sud-coréen, les Premiers ministres canadien, finlandais et britannique se sont succédé dans la capitale chinoise. Macron, Merz et Sánchez ont aussi effectué le voyage. Ces déplacements ne sont pas anodins.
Pour Marc Julienne, directeur du centre Asie à l’Ifri, deux lectures coexistent. Certains dirigeants cherchent à « se rapprocher virtuellement » de Pékin pour faire pression sur Trump. D’autres estiment simplement qu’ils ne peuvent pas se permettre un troisième front conflictuel – avec la Chine – alors qu’ils font déjà face à la Russie et aux pressions américaines.
Résultat : une « politique plus prudente » envers Pékin s’impose dans plusieurs capitales. Ce n’est pas de la naïveté. C’est du calcul.
Une image améliorée sans effort diplomatique réel
Ce changement de perception profite à Pékin. Pourtant, la Chine n’a accordé aucune concession à ses visiteurs européens. Ni sur les questions commerciales, ni sur la guerre en Ukraine. Jean-Pierre Cabestan, chercheur à l’Asia Centre Paris, le note sans détour : les dirigeants européens sont repartis les mains vides.
Ryan Hass, de la Brookings Institution, l’explique clairement. La Chine « se positionne comme celle qui peut combler les vides » laissés par une Amérique absente ou agressive. Face à la crise énergétique issue du blocage d’Ormuz, Pékin a pris contact avec la Thaïlande, l’Australie et d’autres pays en se présentant comme une solution possible. Sans que Washington propose quoi que ce soit.
L’absentéisme américain dans les instances internationales, un cadeau pour Pékin
La Maison Blanche a annoncé en janvier le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales. Ce mouvement a eu un effet immédiat. Selon Jean-Pierre Cabestan, il a « renforcé l’activisme chinois » et, plus précisément, « une volonté de prendre la direction de plus d’agences onusiennes ».
Xi Jinping poursuit ainsi un objectif de longue date : devenir le leader du « Sud global », terme qui désigne les pays remettant en cause un ordre mondial à dominante occidentale. Le retrait américain ne crée pas cet objectif. Il l’accélère.
En Asie aussi, Pékin exploite les incertitudes
Les alliés asiatiques de Washington ne sont pas épargnés. Steve Tsang relève que la Première ministre japonaise n’a pas obtenu de garantie américaine sur Taïwan. Les Sud-Coréens observent le redéploiement de moyens de défense américains vers le Moyen-Orient, sans concertation. La crise énergétique liée au détroit d’Ormuz touche durement le Japon, l’Australie et la Corée du Sud – sans réunion d’urgence américaine pour coordonner une réponse.
Dans ce vide, Pékin agit. Et son positionnement comme puissance stable et disponible produit un effet de contraste avec une Amérique perçue comme imprévisible.

Une crédibilité renforcée, mais pas une confiance totale
L’image de la Chine « s’est améliorée considérablement » depuis un an, résume Alicja Bachulska, du Conseil européen pour les relations internationales. La Chine apparaît désormais « comme un acteur prévisible ». Cela renforce, selon elle, la conviction de Pékin que « le temps joue en sa faveur » dans sa rivalité stratégique avec Washington.
Mais la chercheuse met en garde contre une lecture trop rapide. « C’est la même Chine qui soutient la Russie en Ukraine, inonde les marchés occidentaux de biens produits avec des moyens déloyaux et a massivement recours à la coercition économique. » L’amélioration d’image ne signifie pas un pivot vers Pékin. L’objectif de réduire les dépendances aux marchés chinois « reste le même pour de nombreux pays, notamment en Europe ».
Certains États cherchent d’ailleurs une troisième voie. Les appels canadiens à une « alliance des puissances moyennes » ou les voyages de Macron au Japon et en Corée du Sud semble indiquer qu’une recomposition est en cours – sans Pékin comme pivot central.
- Trump visite Pékin le 13 mai dans un contexte d’apaisement commercial, mais Xi Jinping tient la meilleure main.
- Les tensions entre Washington et ses alliés ont offert à la Chine une opportunité stratégique sans précédent récent.
- Pékin améliore son image mondiale sans changer de politique, en profitant du vide laissé par les États-Unis.
- Les alliés occidentaux se rapprochent de la Chine par calcul, pas par conviction – et sans obtenir de concessions réelles.
- La perception d’une Chine « prévisible » renforce sa position dans la rivalité de long terme avec Washington.
Une fenêtre d’opportunité que Pékin n’avait pas ouverte elle-même
La Chine n’a pas créé ce moment. Elle l’a trouvé, et s’efforce de l’exploiter méthodiquement. Xi Jinping accueille Trump à Pékin avec, dans le dos, une série de visites de dirigeants occidentaux et asiatiques, un retrait américain des institutions multilatérales, et une opinion publique mondiale qui doute. Ce sommet bilatéral marque peut-être une trêve. Mais il semble indiquer surtout que le rapport de force a évolué – discrètement, mais durablement.
Et vous, pensez-vous que la Chine peut durablement profiter des revirements de la politique étrangère américaine ? Donnez votre avis en commentaire.
Sources : France Info
