La Chine encadre les lunettes connectées IA après une vague de filmages clandestins
La Chine vient de publier son premier code de conduite pour les lunettes intelligentes dotées d’intelligence artificielle. Ce texte intervient après une vague d’indignation publique : des utilisateurs filmaient discrètement des inconnus dans des espaces publics, parfois à leur insu. Derrière cette initiative se pose une question de fond : peut-on laisser proliférer ces appareils sans un cadre juridique contraignant ?
- La Chine publie son premier code de conduite sectoriel pour les lunettes IA.
- Des vidéos montrant des filmages clandestins dans le métro et des centres commerciaux ont déclenché la controverse.
- Le texte, encore volontaire, appelle à minimiser la collecte de données et à signaler clairement les enregistrements.
Des lunettes qui filment à l’insu de tous
Tout a commencé sur un forum en ligne. Des utilisateurs de lunettes intelligentes Rokid, marque basée à Hangzhou, ont posté des vidéos filmées discrètement dans des espaces du quotidien.
Les images montraient des passagers dans le métro, des promeneurs dans des parcs, des clients dans des centres commerciaux, tous filmés sans le savoir. L’une des vidéos les plus partagées montrait une hôtesse de l’air en plein service, manifestement inconsciente d’être enregistrée.
Ces contenus ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux chinois. L’indignation a été immédiate et massive.
- 1er code de conduite sectoriel : jamais la Chine n’avait encadré spécifiquement les lunettes IA.
- Plusieurs vidéos de filmages clandestins supprimées par Rokid en mai 2025.
- Des enregistrements réalisés dans au moins 5 types d’espaces publics : métro, parcs, plages, centres commerciaux, avions.
- Les lunettes intelligentes IA combinent caméra, microphone et traitement automatique des données en temps réel.
- Rokid est l’un des fabricants chinois les plus connus dans ce segment, en forte croissance depuis 2024.
- Le code a été publié par le CAICT, un institut de recherche sous tutelle du ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information.

Un code volontaire, mais un signal politique fort
Le texte a été publié jeudi par le China Academy of Information and Communications Technology (CAICT). Cet organisme dépend directement du ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information.
Le code n’est pas contraignant. Il s’agit d’un ensemble de recommandations sectorielles, adressées aux fabricants. Mais dans le système réglementaire chinois, ce type de document précède souvent une norme obligatoire.
Trois axes principaux structurent ces recommandations :
- Adopter une approche de collecte minimale des données.
- Afficher clairement quand la caméra ou le microphone est actif.
- Obtenir le consentement explicite de l’utilisateur avant tout enregistrement.
Ces principes rappellent les standards internationaux en matière de protection des données. Mais leur application concrète sur un appareil de la taille d’une paire de lunettes reste un défi technique réel.
Rokid sous pression, mais pas sanctionnée
Face au scandale, Rokid a réagi rapidement. La société a supprimé plusieurs vidéos de son forum et bloqué les comptes à l’origine des publications. Aucune communication officielle n’a suivi dans l’immédiat.
L’entreprise n’a pas répondu aux demandes de commentaires formulées vendredi dernier. Cette absence de prise de parole peut être lue comme une stratégie d’évitement dans un contexte sensible.
Pour autant, Rokid n’a fait l’objet d’aucune sanction formelle à ce stade. La responsabilité a été reportée sur les utilisateurs ayant posté les vidéos, non sur le fabricant lui-même.
Le vrai problème : la discrétion est une fonctionnalité
C’est là que réside la tension centrale. Les lunettes intelligentes sont conçues pour être portées naturellement, sans attirer l’attention. Cette discrétion est précisément ce qui les rend attrayantes – et dangereuses.
Contrairement à un smartphone brandi à bout de bras, une paire de lunettes caméra ne signale pas son usage. La personne filmée n’a aucun moyen de savoir qu’elle est enregistrée. C’est ce qui différencie cette technologie de tout ce qui existait avant.
Les indicateurs lumineux préconisés par le code – une petite lumière signalant un enregistrement actif – semblent difficiles à imposer dans la pratique. Rien n’empêche techniquement de les désactiver ou de les couvrir.
Un marché en pleine expansion, une régulation en retard
Le timing de ce code de conduite n’est pas anodin. Les expéditions de lunettes intelligentes IA ont fortement progressé ces derniers mois en Chine. Plusieurs fabricants locaux concurrencent désormais les modèles occidentaux sur ce segment.
L’encadrement réglementaire arrive donc après la montée en puissance du marché, non avant. C’est un schéma récurrent dans le secteur technologique chinois : d’abord laisser croître, puis réguler face à la pression publique.
L’enjeu désormais est de savoir si ce code volontaire sera suivi d’une norme obligatoire. Et surtout, si les mécanismes de contrôle seront suffisants pour changer les comportements des utilisateurs – pas seulement ceux des fabricants.
- La Chine publie son premier code sectoriel pour les lunettes intelligentes IA, en réponse à des scandales de filmages clandestins.
- Le texte est volontaire, mais représente un signal politique en direction des fabricants.
- Rokid a supprimé les vidéos litigieuses sans faire l’objet de sanctions formelles.
- La discrétion des lunettes IA rend difficile l’application de tout mécanisme de consentement.
- La régulation arrive après la croissance du marché, ce qui soulève des questions sur son efficacité réelle.

Entre innovation et surveillance inversée
Ce que révèle cet épisode dépasse le simple scandale de vie privée. Les lunettes intelligentes IA redistribuent le pouvoir d’observation : n’importe quel individu peut désormais surveiller discrètement son environnement, sans équipement visible. C’est une inversion partielle du modèle de surveillance centralisée.
La Chine, qui a largement développé les infrastructures de surveillance publique, se retrouve à devoir protéger ses citoyens d’une surveillance horizontale, entre particuliers. Le paradoxe est réel.
Et vous, comment réagiriez-vous si vous appreniez avoir été filmé à votre insu par un inconnu portant des lunettes connectées ? Partagez votre avis en commentaire.
Sources : South China Morning Post
