ZTE multiplie son bénéfice par cinq en un trimestre grâce à l’IA et au calcul
Un bond de 395 % en un seul trimestre : ZTE a publié lundi soir des résultats qui ont pris le marché par surprise. Le bénéfice net du troisième trimestre 2026 atteint 1,31 milliard de yuans, soit environ 196 millions de dollars. Derrière ce chiffre se cache un virage industriel assumé : ZTE a quitté sa zone de confort de l’équipement télécom pour devenir un acteur de l’infrastructure IA. Ce changement de cap révèle quelque chose de plus large – la bataille pour l’IA en Chine se joue désormais autant sur les serveurs et les data centers que sur les modèles.
- Bénéfice net T3 2026 : +395 % sur un an, à 1,31 milliard de yuans.
- Le calcul représente désormais 38 % du chiffre d’affaires total de ZTE sur neuf mois.
- Les revenus liés aux data centers ont progressé de près de 130 % sur la même période.
- L’international tire la croissance, avec +30 % sur neuf mois.
Un virage IA qui redessine l’identité de ZTE
ZTE était connu comme un équipementier télécom. C’est en train de changer vite. Sur les neuf premiers mois de 2026, les revenus liés au calcul ont bondi de plus de 70 % et représentent désormais 38 % des ventes totales. C’est dix points de plus qu’il y a un an.
La montée en puissance est rapide et cohérente. Au premier semestre 2026, ce segment pesait 35,1 % du chiffre d’affaires. La tendance s’accélère trimestre après trimestre. À l’intérieur du segment calcul, les serveurs et le stockage ont progressé de plus de 70 %. Les produits pour data centers, eux, ont bondi de près de 130 %.
ZTE ne minimise pas ce tournant. Depuis le début de 2026, la société dit avoir fait de l’IA « une priorité stratégique ». Concrètement, cela se traduit par le développement de systèmes capables d’accueillir jusqu’à 128 GPU, comme son OEX SuperPod, et de solutions qui coordonnent calcul, énergie et refroidissement dans les centres de données.
- Bénéfice net T3 2026 : 1,31 milliard de yuans (+395 % sur un an)
- Chiffre d’affaires T3 : 38,81 milliards de yuans (+34 %)
- Revenus calcul sur 9 mois : +70 %, soit 38 % du total
- Revenus data centers sur 9 mois : +130 %
- Revenus internationaux sur 9 mois : +30 %
- Flux de trésorerie opérationnel T3 : +76 %, à 841,6 millions de yuans
- En septembre 2026, le Conseil d’État chinois a appelé à renforcer le réseau national de calcul et à accélérer le déploiement des technologies et équipements clés pour l’IA.
- Les États-Unis maintiennent des restrictions sur les exportations de puces avancées vers la Chine, ce qui pousse les équipementiers locaux à développer leurs propres solutions d’infrastructure. ZTE concurrence notamment Alibaba Cloud sur le terrain des data centers modulaires pour l’IA, un segment en pleine effervescence en Chine.
- ZTE a annoncé des gains de parts de marché dans plusieurs secteurs clés en Chine : internet, services financiers, énergie et secteur public.

La tension entre une croissance trimestrielle spectaculaire et une année difficile
Les résultats du troisième trimestre sont impressionnants. Mais ils ne doivent pas masquer une réalité plus nuancée. Sur les neuf premiers mois de 2026, le bénéfice net recule de 23,7 % par rapport à l’an dernier, à 4,06 milliards de yuans. Le chiffre d’affaires, lui, progresse de 16,2 % sur la même période.
Cette contradiction s’explique. En début d’année, ZTE a accéléré ses investissements dans le calcul. Ces charges ont pesé sur la profitabilité des deux premiers trimestres. Le rebond du T3 suggère que les fruits de ce pari commencent à mûrir.
Les marges brutes restent sous pression. ZTE le reconnaît lui-même : les cycles industriels et les changements dans la composition des ventes contraignent sa rentabilité. La société dit renforcer sa « discipline sur les dépenses ». C’est un signal que l’entreprise est consciente du risque de croissance sans rentabilité.
La trésorerie opérationnelle illustre cette tension. Au T3, elle progresse de 76 %. Mais sur neuf mois, elle chute de près de 60 %, à 715 millions de yuans, sous l’effet de sorties de cash plus élevées pour les achats de biens et services.
L’international, deuxième moteur de la reprise
ZTE ne mise pas uniquement sur la demande domestique. Sur les neuf premiers mois de 2026, les revenus internationaux ont progressé de plus de 30 %. La société cite trois leviers : la 5G, la montée en débit des réseaux fibre, et l’infrastructure de calcul IA à l’étranger.
L’entreprise accompagne des groupes internet chinois et des industriels qui s’internationalisent. Elle vise notamment les marchés émergents. C’est une stratégie cohérente avec la dynamique plus large des entreprises chinoises à l’étranger : elles exportent leur écosystème technologique complet, pas seulement des équipements.
À l’intérieur de la Chine, la situation est plus contrastée. Les opérateurs télécom domestiques ont réduit leurs dépenses d’investissement. ZTE compense ce ralentissement grâce à ses terminaux grand public et aux acteurs des secteurs financier, énergétique et public qui s’équipent en infrastructure IA.
Vers une compétition sur l’efficacité, pas sur la puissance brute
ZTE formule un constat stratégique net : la compétition dans l’IA bascule de la capacité de calcul vers l’efficacité sur l’ensemble de la chaîne de traitement des tokens. Autrement dit, l’ère des bras de fer sur qui possède le plus de GPU touche à sa fin. La prochaine phase se jouera sur qui traite le plus efficacement chaque unité de calcul.
Cette lecture rejoint ce que d’autres acteurs de l’infrastructure chinoise anticipent. Réduire le coût par token est devenu une obsession dans le secteur. ZTE dit travailler à une meilleure coordination entre ses systèmes de calcul et ses équipements réseau pour atteindre cet objectif.
Son offre OEX SuperPod, qui peut accueillir jusqu’à 128 GPU, et ses solutions de data center intégrées – calcul, électricité, refroidissement – sont conçues pour répondre à cette logique d’efficacité globale. L’enjeu n’est plus de vendre des briques séparées, mais des systèmes complets optimisés.
Un équipementier qui change de catégorie
L’action ZTE a terminé la journée de mardi en hausse de 4,4 % à Hong Kong, à 19,94 dollars de Hong Kong. Elle avait même dépassé 7 % en matinée avant de consolider. C’est une réaction mesurée pour des résultats aussi forts. Elle reflète peut-être que les investisseurs suivent de près l’écart entre la performance trimestrielle et les neuf mois plus compliqués.
Ce que révèle ce trimestre va au-delà des chiffres. ZTE n’est plus seulement un fournisseur de réseaux mobiles. En moins de deux ans, la part du calcul dans son chiffre d’affaires a doublé. L’entreprise se repositionne sur un segment à forte valeur : l’infrastructure physique qui fait tourner l’IA chinoise.
Ce n’est pas un tournant anodin. Pendant des années, ZTE a été surtout visible pour ses démêlés avec Washington. Aujourd’hui, la société construit une identité industrielle nouvelle, dans un secteur que Pékin considère comme critique pour sa souveraineté technologique.
- Le bénéfice de ZTE a été multiplié par près de cinq au T3 2026, grâce au calcul et à l’international.
- Le calcul représente désormais 38 % des ventes sur neuf mois, contre 35 % au premier semestre.
- Les revenus liés aux data centers ont bondi de 130 % sur neuf mois.
- Sur l’année, le bénéfice reste en recul : la transformation a un coût à court terme.
- ZTE anticipe une compétition IA sur l’efficacité du traitement, pas sur la puissance brute.
ZTE illustre ce que la politique industrielle chinoise peut produire quand elle s’appuie sur une concurrence intérieure féroce et une demande domestique massive. Le pivot vers l’infrastructure IA n’est pas une réponse improvisée aux restrictions américaines sur les puces : c’est une stratégie construite sur plusieurs années, qui commence à produire des résultats mesurables.
Pour l’Europe, ce signal mérite attention. ZTE n’est pas seul : Huawei, Alibaba, ByteDance et d’autres acteurs chinois investissent simultanément dans l’infrastructure IA physique. L’Europe, elle, n’a pas d’équivalent visible dans ce segment. La question n’est pas de copier le modèle chinois, mais de comprendre pourquoi des entreprises comme ZTE changent de catégorie en moins de deux ans.
La rentabilité de ZTE reste fragile sur neuf mois. La vraie question est de savoir si l’efficacité du calcul – son prochain pari – suffira à rétablir des marges durables dans un marché où la guerre des prix est aussi intense qu’en Chine.

Un pari à confirmer dans la durée
ZTE a démontré sa capacité à accélérer. Le T3 2026 marque une inflexion claire. Mais la société doit encore prouver que ce modèle est rentable dans le temps, pas seulement explosif sur un trimestre. Les marges sous pression et la chute de la trésorerie sur neuf mois sont des signaux à surveiller.
La prochaine étape sera de vérifier si la demande en infrastructure IA – en Chine et à l’international – reste aussi soutenue en 2027. Et si ZTE parvient à réduire son coût par token avant ses concurrents.
Pensez-vous que ZTE peut s’imposer durablement comme un acteur clé de l’infrastructure IA mondiale face à des géants comme Nvidia ou les grands clouds américains ? Dites-le en commentaire.
Sources : South China Morning Post
